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Le quotidien des femmes au XIXe siècle : La bourgeoise, un modèle vivant

Vous êtes ici : » » Le quotidien des femmes au XIXe siècle : La bourgeoise, un modèle vivant ; écrit le: 2 janvier 2013 par La rédaction

La bourgeoisie triomphante impose son modèle socioculturel. Le couple fondateur de la famille s’inscrit dans les règles édictées par cette classe sociale. Couple illégitime, célibat, homosexualité sont condamnés par la morale bourgeoise.

Le quotidien des femmes au XIXe siècle : La bourgeoise, un modèle vivant



Le mariage bourgeois :

De raison plus que d’amour :

L’homogamie est la règle en milieu bourgeois, règle d’autant plus stricte que l’intérêt pécuniaire en jeu est important; l’alliance est avant tout économique, et le désir et l’amour sont souvent sacrifiés par des stratégies matrimoniales, mises en place par les parents des futurs conjoints, avec l’aide de la famille élargie et des amis. Dans la petite bourgeoisie, l’homogamie est moins forte, il s’agit là davantage de consolidation des fortunes que de recherche de promotion. Celle-ci concerne surtout les hommes qui, par un mariage avec une femme dotée, espèrent s’élever dans la hiérarchie sociale ; cette pratique désavantage donc les filles sans dot et gomme, à l’inverse, les éventuels désagréments physiques des jeunes filles argentées.

Si les hommes peuvent compenser un manque de fortune par une richesse potentiellement contenue dans leur formation, les femmes n’ont aucun moyen de pallier l’absence de dot; seule leur beauté peut parfois atténuer ce- handicap.

L’importance du contrat, dans ce milieu, va croissant au fil du siècle, le bal donné le soir de la signature tend même à remplacer celui des noces, mettant ainsi l’accent sur l’alliance entre deux fortunes; en retour, se marier sans contrat révèle une situation économique peu favorable.

Les étapes de l’alliance :

Elles sont soigneusement codifiées : après la rencontre, notamment au bal sous le regard de chaperons, la conquête – tout le vocabulaire amoureux masculin relève du champ lexical guerrier – revient au jeune homme qui fait avances et cadeaux à la jeune fille, passive pour l’essentiel, preuve de sa pudeur, garante de sa pureté ; première visite, quotidienneté des rendez-vous en présence d’une tierce personne, fiançailles d’une durée de deux mois (le fiancé donne une bague, la fiancée peut donner un médaillon contenant son portrait ou une mèche de cheveux) bannissent la fantaisie. Après la signature du contrat ont lieu les cérémonies civile et religieuse ; dans l’imaginaire fémi-nin, il n’est pas de « vrai mariage » sans le faste et la solennité que confère l’Eglise, et ce même à la fin du siècle, car l’anticléricalisme touche peu les femmes de la bourgeoisie. La pratique du voyage de noces, d’origine anglaise, se répand à partir de 1830, avec l’Italie comme destination de prédilection; il offre enfin au couple l’intimité qu’inaugure la nuit de noces, concrétisation des rêves mais aussi des peurs de la jeune fille.

La bourgeoise, maîtresse de maison :

Le renforcement des sphères, le culte de la famille et celui du bonheur de l’individu nécessitent que la maison soit un havre de paix et de repos, de chaleur pour l’homme, guerrier du capitalisme conquérant, confronté aux difficultés du monde des affaires, au froid du dehors, et un nid pour les enfants en passe de devenir les rois de la maisonnée dans le cadre de l’ébauche d’une parenté volontaire, liée en partie à la baisse de la mortalité infantile.

La bourgeoise, une mère éducatrice :

La mère est la principale éducatrice. Les heurts révolutionnaires qui secouent le XIXe siècle renforcent ce rôle tout en le diversifiant. L’éducation maternelle et religieuse des filles domine les deux tiers du siècle, elle est jugée bien plus importante que leur instruction : la mère transmet à sa fille des valeurs religieuses, l’Église s’appuie sur les femmes chrétiennes dans son œuvre de reconquête des âmes ; les mères, aidées par les manuels de piété, les catéchismes et les ouvrages de morale, se chargent d’éveiller chez leurs enfants le sentiment religieux, puis de l’entretenir par la quotidienneté des prières et l’application d’une morale rigoureuse où la notion de péché est centrale. La formation en pensionnat œuvre dans le sens de cette religiosité. Les congrégations enseignantes de femmes se multiplient, avec la renaissance des ordres dispersés par la Révolution (Augustines, Ursulines) ou la création (Sacré-Cœur en 1801, Assomption en 1841). Leur but premier est la rechristianisation des filles, qui va de pair avec une éducation appropriée à leur vie occupée aux soins de la famille. Aussi l’administration et l’Université ne doivent-elles pas s’en mêler. Certes, les congrégations n’ont pas le monopole de l’enseignement féminin, mais les institutions et pensionnats laïques, nés d’initiatives privées, subissent l’influence cléricale par le poids des traditions. Aussi les filles sont-elles bel et bien élevées « sur les genoux de l’Église ».

Ce système éducatif dominé par le religieux est peu à peu remis en cause par une morale familiale laïque, propre à soustraire les femmes à l’autorité de l’Église. Cette volonté aboutit à la loi Victor Duruy (1867). Elle s’inscrit dans le cadre d’un mouvement de reconquête étatique de l’enseignement, celui-ci se poursuit et s’amplifie sous la République, qui veut inculquer ses valeurs.

Une tâche lourde et exclusive :

Le quotidien des femmes au XIXe siècle : La bourgeoise, un modèle vivantLa maison accapare l’épouse, maîtresse des lieux, qui doit obtenir le résultat escompté sans que soient visibles le travail et les efforts qu’il nécessite; ainsi disparaissent, dans la seconde moitié du siècle, les épouses qui travaillaient aux côtés de leur mari, telles les femmes du Nord qui participaient pleinement à la gestion de l’entreprise.

Tous les manuels de savoir-vivre destinés à la bourgeoisie (Manuel de la maîtresse de maison, de Mme Pariset, 1821) égrènent les multiples occupations – le terme travail est banni – d’une bourgeoise qui ne doit jamais être oisive, défaut aristocratique; ils fournissent des modèles d’emploi du temps, l’instrument de base de la bonne maîtresse de maison qui l’impose à sa (ou ses) domestique(s), puisque la bourgeoise n’entre pas directement en contact avec le sale, honni par sa classe qui défend l’hygiène et fait du propre un symbole. Du regard, la bourgeoise doit tout contrôler, du lever matinal au coucher : la tenue et l’éducation des enfants, la propreté du linge, une valeur de ce siècle, les courses, la qualité des repas, expression de la convivialité familiale, les dépenses. Le travail domestique, dévalorisé et dévalorisant, revient à des employés dont le nombre indique le statut social de l’employeur. Mais l’inflation de la demande s’accompagne au cours du siècle d’une diminution des effectifs de la domesticité par famille ; la spécialisation tend à disparaître au profit d’une employée unique qui, assurant l’ensemble des tâches autrefois partagées, reçoit le surnom de « bonne à tout faire ».

Un maillon de la sociabilité bourgeoise :

Les devoirs de société :

Ils sont tout aussi importants que les devoirs du foyer ; ils appartiennent à la vie sociale de la bourgeoisie, ils relèvent du rôle charitable des femmes qui ont « leurs bonnes œuvres » ou s’apparentent aux mondanités si critiquées de l’aristocratie, dont ils dénoncent une muette nostalgie. Cette stratégie des apparences repose sur les épaules des femmes : le strict costume noir, uniforme des bourgeois après 1830, signifie l’ordre moral et politique de cette classe, la beauté et la richesse des toilettes de la bourgeoise sont le symbole et la mesure du luxe que peut offrir le chef de famille. La bourgeoise devient l’emblème de la réussite masculine, à partir de l’après-midi, temps des réceptions réciproques, quasi officialisées par la pratique, à partir de 1830, d’un jour de réception hebdomadaire. Par les multiples visites codifiées, les femmes entretiennent un efficace réseau de sociabilité qui peut fortifier l’assise sociale de leur époux. Les réceptions en soirée, la présence au théâtre ou à l’opéra pour être aperçu, si possible dans une loge, seconde vitrine d’un chez-soi qui se donne à voir, participent de la civilité bourgeoise, souvent enviée.

Un rôle valorisé :

Les devoirs de société et les devoirs de charité créent des appels d’air qui rendent moins hermétique qu’on pourrait le croire la sphère du privé. La philanthropie inscrit les femmes dans la cité et peut être l’apprentissage du public. Par ailleurs, le rôle de la bourgeoise est socialement important, elle en a pleinement conscience, ce qui valorise à ses yeux la gestion du domestique et renforce un éventuel sentiment de pouvoir. Le foyer est bien son domaine et la maternité, sa raison d’être. Le modèle imposé dépasse les rangs de la bourgeoisie, l’ouvrier dans la seconde moitié du siècle nomme son épouse « ma bourgeoise » et la rêve en son foyer, dans l’attente de son retour.

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