Tout savoir sur l'Impérialisme


L’impérialisme désigne la politique par laquelle un État étend sa domination sur d’autres territoires ou d’autres peuples, par la conquête, la colonisation, la pression économique ou l’influence politique et culturelle. Dérivé du mot « empire », le terme s’est répandu à la fin du XIXe siècle pour qualifier l’expansion des puissances européennes en Afrique et en Asie, avant de devenir l’un des concepts les plus discutés de la pensée politique du XXe siècle. Il suppose toujours une inégalité : un centre qui décide et des périphéries qui subissent, directement ou par le biais de sphères d’influence.
Des empires anciens à un mot moderne
Les empires sont aussi vieux que l’histoire écrite : Perse achéménide, Rome, Chine des Han, califats, empire mongol, empires espagnol et portugais de l’époque moderne. Mais le mot impérialisme est récent. Il apparaît en France sous le Second Empire, puis en Grande-Bretagne, où il désigne d’abord la politique d’expansion et de prestige de l’Empire britannique. À la fin du XIXe siècle, il prend son sens actuel de domination exercée par les grandes puissances industrielles sur le reste du monde.
L’âge de l’impérialisme (1870-1914)
Entre 1870 et la Première Guerre mondiale, les puissances européennes se partagent l’Afrique presque entière et une grande partie de l’Asie. La conférence de Berlin (1884-1885) fixe les règles de cette course aux colonies. Le Royaume-Uni et la France constituent les deux plus vastes empires ; l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et le Portugal prennent leur part, tandis que les États-Unis et le Japon s’affirment comme puissances impériales en Amérique et dans le Pacifique. Les motivations se mêlent : recherche de matières premières et de débouchés pour l’industrie, rivalités stratégiques et prestige national, mais aussi convictions idéologiques, comme la « mission civilisatrice » invoquée par les Européens ou les théories racistes inspirées d’une lecture dévoyée de Darwin.
Les grandes interprétations
- L’économiste britannique John A. Hobson, dans Imperialism: A Study (1902), voit dans l’expansion coloniale la conséquence d’une épargne excédentaire cherchant des placements hors des métropoles.
- Lénine, dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), en fait l’aboutissement du capitalisme monopoliste et l’origine des guerres entre grandes puissances.
- L’économiste Joseph Schumpeter y voit au contraire une survivance de mentalités guerrières précapitalistes.
- Hannah Arendt, dans Les Origines du totalitarisme (1951), analyse l’impérialisme comme l’une des matrices des régimes totalitaires du XXe siècle.
Les formes de la domination
L’impérialisme ne se réduit pas à la colonie administrée directement. Il prend aussi la forme du protectorat, où un État conserve ses institutions sous tutelle étrangère, de la sphère d’influence, où une puissance se réserve un territoire sans l’occuper, ou de l’empire informel, fondé sur la dépendance économique, les prêts et le contrôle des voies commerciales. L’impérialisme culturel, par la langue, l’école et les médias, prolonge ces mécanismes. Après la décolonisation, le terme s’applique aux relations de domination qui subsistent entre pays riches et pays anciennement colonisés, ainsi qu’aux rivalités entre grandes puissances pendant la guerre froide.
Décolonisation et anti-impérialisme
Contesté dès ses débuts par des mouvements ouvriers, des intellectuels et des élites des pays dominés, l’impérialisme européen recule après 1945. La conférence de Bandung (1955) rassemble les États d’Asie et d’Afrique nouvellement indépendants autour du refus de la domination coloniale ; en 1960, dix-sept États africains accèdent à l’indépendance. L’anti-impérialisme devient un thème central du tiers-monde et des mouvements de libération nationale, tandis que le débat se poursuit aujourd’hui sur les formes contemporaines de domination, du néocolonialisme économique à l’influence des grandes puissances.
Pour aller plus loin
- Le déclin de l’impérialisme classique
- L’anti-impérialisme, stade suprême du communisme
- Décolonisation, guerre froide et anti-impérialisme : les paradoxes du retrait impérial
- Impérialisme, anti-impérialisme et empire aujourd’hui : la question de Palestine
- Impérialisme, anti-impérialisme et empire aujourd’hui : la contestation de l’ordre de Bandung
- Impérialisme, anti-impérialisme et empire aujourd’hui : la république impériale
- Décolonisation, guerre froide et anti-impérialisme : le Tiers-Monde, enjeux et acteurs
- Décolonisation, guerre froide et anti-impérialisme : la mission sacrée
- Décolonisation, guerre froide et anti-impérialisme : l’universalisation du droit
- Décolonisation, guerre froide et anti-impérialisme : la projection coloniale


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