L’anti-impérialisme, stade suprême du communisme

> > L’anti-impérialisme, stade suprême du communisme ; écrit le: 2 mai 2012 par La rédaction

Historiquement, le mouvement communiste constitué à partir de la Révolution russe est passé par plusieurs stades successifs. Le premier a été de représenter le moment révolutionnaire par excellence. Explicitement, ses acteurs se sont en permanence référés à la Révolution française, qui, par ses ambitions universelles, était le seul précédent historique pouvant être invoqué. Ils avaient l’angoisse d’un «thermidor» à venir. Il n’en était pas de même des révolutions bourgeoises européennes du XIXe siècle, qui toutes avaient abouti à la répression du mouvement ouvrier (juin 1848, la Commune de 1871) et à l’établissement de démocraties libérales et parlementaires. Les premières révolutions extra-européennes (Mexique, Perse) s’étaient inscrites dans un cadre national et particulier.

Moscou est devenue ainsi le centre de la révolution mondiale. Après l’échec des tentatives de révolution en Europe centrale, le mouvement communiste s’était tourné vers la Chine où pour la première fois la référence anti-impérialiste était utilisée systématiquement. C’est d’ailleurs dans cette région du monde que sont réellement implantés des mouvements communistes capables de s’annexer la revendication nationale (Chine, Indochine).

Après la prise de pouvoir de Hitler en Allemagne, facilitée par la stratégie de lutte antibourgeoise et anti- sociale-démocrate des communistes, l’internationale a renoncé temporairement à la lutte classe contre classe au profit du front commun avec les démocrates dans l’antifascisme. L’antifascisme a été le deuxième moment du mouvement communiste et lui a apporté un élan puissant au temps de la Seconde Guerre mondiale, lui permettant sa plus grande expansion en Europe.

L’anti-impérialisme a été le troisième moment de l’histoire du communisme international en lui procurant une nouvelle force au temps de la décolonisation et en lui offrant une nouvelle expansion territoriale, cette fois dans le Tiers-Monde. Il a permis de fédérer l’ensemble des forces dites « progressistes » constituant un trait d’union entre plusieurs mondes. Il a servi ainsi la politique impériale de l’Union soviétique. Quand l’attraction de Moscou a commencé à décliner, il a autorisé l’émergence temporaire de pôles de substitution, que ce soit Cuba avec Castro, la Chine avec Mao ou le Vietnam avec l’oncle Ho. Les différentes formes de gauchisme se retrouvaient avec les communistes dans cette lutte annonçant comme toujours l’avènement d’un monde meilleur. Dans l’histoire, l’anti-impérialisme pèse autant que l’antifascisme et partage avec lui la capacité de disqualifier l’anticommunisme. Les « révolutionnaires sans révolution » occidentaux, pris dans une nouvelle illusion lyrique, ont participé aux révolutions du Tiers-Monde et les ont promues. Quelques- uns ont pris les armes pour les défendre, d’autres se sont lancés dans la « guérilla urbaine » dans leur propre pays.

Les théories de la modernisation ont été la grande faiblesse du camp des démocraties durant la guerre froide. Il a pu y avoir une « intelligence de l’anticommunisme » en Europe, refondant la démocratie libérale, comme en témoignent la vie et l’œuvre d’un Raymond Aron, mais le projet libéral démocratique a échoué largement à s’implanter en dehors du monde industrialisé parce qu’il a été considéré comme inexplorable. Dans une grande part du Tiers-Monde, l’Occident s’est allié à des régimes autoritaires et militaristes dont la grande vertu était de pratiquer l’anticommunisme et la grande faiblesse de correspondre à la carica­ture de l’ennemi défini à la fois par l’antifascisme et l’anti-impérialisme. Un exemple aussi tardif que le Chili de Pinochet en est une bonne illustration. L’expression proverbiale était de dire « ce sont des salopards,

mais les nôtres ». On se rassurait en prétendant à son tour que le bilan était globalement positif… Il faudra attendre l’émergence des néoconservateurs dans les États-Unis des années 1980 pour modifier les termes de référence.

Dans cette dernière phase de la guerre froide, la référence démocratique, destinée prioritairement au bloc communiste, revient à l’ordre du jour. On commence à sentir la faiblesse du système soviétique dans ce domaine. S’il reste fermé, il limite drastiquement la circulation de l’information et sera impuissant devant l’émergence de la nouvelle modernité numérique. S’il s’ouvre, il risque de s’effondrer.

Quand, en 1985, la dictature de Marcos aux Philippines se trouve contestée, l’entourage de Ronald Reagan réussit à convaincre celui-ci d’accepter la chute du dictateur et le retour aux pratiques démocratiques. Cette expérience réussie, elle est étendue à la Corée du Sud l’année suivante. Comme l’affirmera plus tard Paul Wolfowitz, si vous voulez faire de la démocratie un instrument de combat contre l’Union soviétique, il faut vous résoudre à l’accepter à l’intérieur de votre propre camp. Il s’agit seulement d’agir au moment approprié pour éviter une catastrophe à l’iranienne. L’encouragement est donné à l’ensemble de l’Amérique latine ; on assiste à la naissance d’une nouvelle branche de la science politique : la transitologie, ou étude comparative du passage du régime autoritaire à la démocratie. L’effondrement de l’Union soviétique donne une force neuve au mouvement en laissant entendre que la démocratie est la nouvelle fin de l’histoire, comme le montraient précédemment les théories de la modernisation. Aux techniciens de la décolonisation succèdent les techniciens de la transition. La démarche reste néanmoins fondée sur le postulat plus ou moins implicite que la démocratie pluraliste débouche sur des régimes favorables à la libre entreprise, au libre- échange et à la politique étrangère américaine. Dans le cas contraire, on est en face d’un dangereux populisme d’inspiration nationaliste.

Si l’anti-impérialisme a pris une telle ampleur, pour devenir tout simplement le stade ultime du communisme, c’est qu’il s’inscrit dans le double paradigme, dominant de 1914 à 1975, de la lutte et de la libération. La culture de guerre qui avait émergé durant la Première Guerre mondiale a duré jusque-là. La violence du léninisme est la continuation de la guerre nationale par la guerre des classes (comme le nazisme l’était par la guerre des races). Dans cette logique, le but ultime de la libération autorise l’usage de tous les moyens, y compris les plus destructeurs, pour arriver à cette fin – puisqu’il faut anéantir l’ennemi diabolisé.

En tant qu’idéologie mondiale de libération, l’anti-impérialisme capte naturellement à son profit les différents mouvements de libération nationale et les luttes de décolonisation. Même les meilleurs alliés des États- Unis, comme la Jordanie du roi Hussein et l’Arabie Saoudite du roi Faysal, sont obligés d’adopter cette référence.

Pour les peuples dominés, voire colonisés, l’anti-impérialisme n’est pas premièrement cette action de solidarité et de libération mondiales. Il est d’abord l’expression de leur affranchissement propre. Ils n’ont pas besoin d’une grande clarté conceptuelle pour savoir ce qu’est l’impérialisme, ils l’ont ressenti et le ressentent encore chez eux dans les symboles de la domination étrangère. Leur histoire se construit largement autour de la lutte de libération nationale pour aboutir au jour de l’indépendance, devenu souvent une fête nationale commémorée chaque année.

L’anti-impérialisme mondial offre autre chose aux peuples libérés. Il donne le sentiment de participer aux affaires du monde dans l’union fusionnelle des mouvements de libération et présente une forme d’universel différente de celle promue par l’Occident capitaliste. Ni le Commonwealth ni l’Union française ne proposent un tel sentiment de solidarité internationale. La lutte pour l’indépendance se poursuit dans le combat pour l’affranchissement de tous les peuples colonisés. D’afro- asiatique la solidarité devient tricontinentale et Che Guevara va un moment participer aux guérillas africaines.

Le dirigisme économique défini par Moscou comme voie non capitaliste de développement correspond au projet volontariste de rattrapage d’un retard par rapport à l’Occident industrialisé. La revendication révolutionnaire unit les membres du bloc de l’Est et bien des pays nouvellement indépendants. La guerre du Vietnam suscite la multiplication des guérillas anti-impérialistes destinées à faire proliférer les « Vietnam ». De nouveau, les intellectuels vont au peuple, ici des paysanneries pauvres, pour le mobiliser dans ces luttes.

L’unité politique du Tiers-Monde est celle des peuples de couleur. Le discours le plus unificateur est l’antiracisme qui a de fortes répercussions émotionnelles renvoyant à de multiples expériences individuelles. Les non-alignés en font leur arme principale. Le moment le plus significatif est la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU en 1975, définissant le sionisme comme « une forme de racisme et de discrimination raciale ».

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