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Décolonisation, guerre froide et anti- impérialisme : Les paradoxes du retrait impérial

Vous êtes ici : » » Décolonisation, guerre froide et anti- impérialisme : Les paradoxes du retrait impérial ; écrit le: 13 mai 2012 par La rédaction

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L’approche américaine de la décolonisation est pragmatique. Le dispositif militaire britannique au Moyen- Orient est indispensable pour contenir l’Union soviétique, voire pour reconquérir l’Europe si elle devait être envahie par l’Armée rouge. Après une brève période de contestation des « privilèges » britanniques, on en revient à une coopération fondée sur le financement de la présence militaire britannique qui permet d’éviter d’avoir à déployer des forces américaines dans cette région. Ailleurs, on soutient la France en Indochine dans sa lutte contre le communisme international et, avec plus de succès, les Britanniques en Malaisie. Ces derniers réussiront à éliminer une guérilla communiste, succès toujours cité de contre-insurrection, mais jamais égalé.

L’affaire palestinienne ne s’inscrit que secondairement dans le contexte de la guerre froide puisque l’Union soviétique et les États-Unis, pour des raisons totalement différentes, soutiennent la création de 1 ’État d’Israël. Pour la première fois dans l’histoire de la région, les Arabes n’arrivent pas à impliquer de leur côté une grande puissance extérieure, d’où leur faiblesse sur le terrain (pénurie d’armements) et dans les arènes diplomatiques. Néanmoins, le retrait britannique du mandat palestinien porte à moyen terme un coup mortel aux projets de défense occidentale de la région. La colère arabe s’exerce sous la forme d’un anti-impérialisme condamnant toute tentative de solidarité militaire avec l’Occident.

Les Occidentaux mettent du temps pour comprendre que le dispositif militaire n’est pas viable s’il s’exerce contre la volonté des sociétés concernées. Comme le montrent les vicissitudes de la base militaire de Suez (la plus grande base britannique à l’extérieur de la Grande- Bretagne), sa principale mission devient de se protéger contre les Égyptiens. Dans un second temps, les Américains multiplient les médiations pour trouver des compromis raisonnables. Ils font porter les responsabilités de la situation sur les maladresses des Britanniques, incapables de se sortir des ornières coloniales. Mais ils échouent à leur tour, créant le contexte qui conduit à la crise de Suez de 1956. L’administration Eisenhower s’oppose alors à ses alliés européens parce que leur conduite anachronique risque de faire basculer dans l’orbite soviétique ce que l’on commence à appeler le Tiers-Monde.

Il en est de même en Afrique du Nord. Les Français ont voulu faire de leur présence dans cette région du monde un de leurs rares atouts dans les discussions stratégiques avec les Américains. Rapidement, Washington s’est montré plutôt disposé à favoriser les indépendances du fait que le maintien de la domination directe se traduit par une vulnérabilité croissante aux ingérences soviétiques. Les États-Unis adoptent ainsi une position réservée durant la guerre d’Algérie et refusent d’y impliquer l’OTAN dont le champ d’intervention est alors défini comme ne concernant que l’espace européen. Les Européens sauront s’en rappeler le moment venu.

Si, dans un premier temps, les Etats-Unis ont ainsi contribué au maintien des structures coloniales, ils se convertissent clairement dans les années 1950 au principe d’une décolonisation ordonnée et responsable, rejoignant les préoccupations des techniciens de la décolonisation. Deux types de politique impériale sont alors en action. La première est celle qui accompagne le retrait des puissances européennes. France et Grande- Bretagne conservent temporairement des bases militaires et des alliances dans les régions du monde qu’elles sont en train d’évacuer. Parfois ce système peut perdurer, comme le montrent les cas de la France en Afrique ou de la Grande-Bretagne à Chypre. La seconde est la politique impériale américaine de la guerre froide, qui collectionne les alliances et étend de façon continue son domaine d’intervention. Pour Raymond Aron, les guerres de Corée et du Vietnam sont, en ce sens, des guerres « impériales ».

Le retrait impérial s’accompagne paradoxalement de la tentative de constituer une « citoyenneté d’empire » qui obéit à une double logique. La première est dans la nature même du phénomène impérial qui, sur la longue durée, tend à rechercher l’égalisation des conditions des peuples soumis à une autorité identique. Quand les populations dominées sont maintenues à un statut de « sujets », elles bénéficient à l’extérieur de la protection de la puissance impériale qui octroie les passeports et garantit la liberté de circulation. Ainsi les migrations ont tendance à être plus faciles à l’intérieur du domaine impérial, avantage d’autant plus appréciable que la fin de la première mondialisation s’est traduite par une limitation puis une interdiction de la circulation des personnes. Mais la migration de main-d’œuvre ou d’élite intéresse aussi de façon croissante les métropoles. Si les « trente glorieuses » sont celles de la décolonisation, elles sont aussi celles de l’arrivée en masse d’anciens colonisés en Europe. Cela ne va pas sans une forte tension qu’avivent les guerres de décolonisation et qui conduit aussi à un transfert en métropole du différentialisme, voire du racisme colonial.

Les premiers temps des indépendances sont ainsi marqués par une liberté de circulation inégalée, d’autant que l’ancienne puissance coloniale y trouve à la fois son intérêt économique et le moyen de conserver son influence politique.



Le projet européen s’oppose rapidement à la citoyenneté d’empire. À partir de la fin des années 1960, la liberté de circulation des décolonisés est progressivement restreinte, alors que celle des Européens de la Communauté puis de l’Union est élargie. La citoyenneté d’empire se disloque à mesure que la citoyenneté européenne se construit. Par de multiples aspects, le projet européen fondé sur le consentement se veut l’antithèse de l’ancien projet colonial établi par la force. Avec le passage des générations se construit la problématique nouvelle du multiculturalisme qui, en ce qui concerne les anciennes puissances coloniales, reprend en intériorisant toute l’histoire impériale antérieure, d’où la multiplicité des troubles identitaires qui l’accompagne. La France et la Grande-Bretagne sont particulièrement exemplaires à ce propos.

Si le multiculturalisme européen se fonde largement sur l’héritage colonial, il est aussi un dédoublement du multiculturalisme américain qui renvoie tout aussi bien à la constitution des sociétés nord-américaines comme sociétés d’immigration, qu’au passé de ces sociétés (esclavage des Noirs), aux rapports conflictuels avec l’environnement latino-américain, et à l’ouverture vers l’Asie par l’océan Pacifique. La culture populaire multi- culturelle européenne se nourrit bien plus du modèle américain que d’une hypothétique culture d’origine.

La tendance lourde des sociétés européennes ou d’origine européenne va vers un pluralisme qui reproduit à l’intérieur des métropoles la bigarrure ethnique des anciens empires coloniaux. Le retrait impérial n’implique pas les seuls colons et administrateurs, il entraîne avec lui une fraction de la population anciennement colonisée. Comme les Etats européens n’ayant pas ou plus depuis longtemps d’empires coloniaux suivent la même évolution, l’Europe nouvelle connaît pour le moins une similitude de problèmes, sinon de solutions. Cette fois, l’unité juridique s’oppose à la création d’une multiplicité de statuts et de personnalités des lois contrairement à la situation coloniale, d’où la confusion des références entre assimilation, intégration, vie publique et vie privée, défense de la laïcité, liberté d’expression et liberté religieuse. L’empire par consentement qu’est l’Europe y ajoute une autre dimension, puisque les immigrés légaux y trouvent une liberté de circulation mettant en relation directe les immigrations de même provenance géographique sans barrière linguistique. Un originaire d’Afrique du Nord peut ainsi directement parler avec ses parentèles dans différents pays européens aussi bien qu’avec la famille restée au pays. Paradoxalement, la langue d’origine extra-européenne, le plus souvent sous forme dialectale, devient un idiome européen…

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