Magie en Afrique : Action de grâces envers la divinité municipale d’Atito

> > Magie en Afrique : Action de grâces envers la divinité municipale d’Atito ; écrit le: 27 avril 2012 par La rédaction

Les Éwé-Anlo habitent l’extrême sud-ouest du territoire éwé qui s’étend du sud-est du Ghana jus¬qu’au sud du Bénin en passant par le sud du Togo. Originaires de régions situées dans la boucle du Niger, les Anlo ont amené dans leur patrie actuelle différents dieux. S’y sont jointes des divinités locales « plus anciennes ». Ces trowo, qui habitent les sommets des montagnes et les parois rocheuses, les gorges et les cavernes, les arbres, les sources et les rivières, occupent une place importante dans la vie des hommes. Mawu-Lisa, dieu céleste lointain, les a créées pour servir d’intermédiaires entre lui et les humains, dont elles sont restées très proches. Veillant inlassablement à ce que les commandements soient suivis, elles punissent les transgressions par des sécheresses ou des tempêtes destructrices, des maladies ou des décès inattendus. Ceux qui respectent les traditions sont en revanche récompensés : qu’il s’agisse d’individus ou de familles, de villages ou de villes, tous
doivent leur santé et leur prospérité à l’assistance des trowo. Au cours d’une révélation, celles-ci appellent à leur service certaines personnes par le biais desquelles elles communiquent leurs désirs et leurs ordres. Ces prêtres et prêtresses restent en contact permanent avec elles alors que le commun des mortels n’a recours à elles qu’en cas d’extrême urgence. En tant que divinités familiales ou claniques, les trowo protègent les individus, mais aussi les groupes de parenté ou de voisinage, qui les honorent d’une grande fête annuelle pour les remercier.
La divinité municipale d’Atito réside dans un vieux tronc d’arbre, trouvé jadis dans l’eau d’une lagune proche, et dont on voulait d’abord se servir comme bois de feu. Mais les trowo annoncèrent à travers leurs prêtres : « Cet arbre est le père de toute la ville et une divinité importante qu’il faut servir. » En raison du lieu de la découverte, ce furent d’abord les pêcheurs qui firent de cette divinité leur protectrice.

Ils lui offraient des sacrifices au bord de la lagune ou près du tronc d’arbre, en y déversant du sang ou en lui présentant de la bouillie de maïs et du vin de palme. A ces occasions, le prêtre de la divinité énonçait les paroles suivantes : « Tes enfants n’ont plus péché de poissons et, pour cette raison, ont trouvé pour toi ces choses. Voici les dons qu’ils t’ont apportés ! S’ils vont au loin avec les poissons, que ce lointain leur soit favorable ! » Puis il aspergeait les filets d’une «médecine» et, en général, la divinité récompensait ces attentions par une bonne pêche.
L’action de grâces envers cette divinité municipale a lieu le mardi après Pâques, jour où les pêcheurs du Ghana ont coutume de ne pas aller à la pêche. Celui qui a sollicité au cours de l’année passée une faveur auprès de la divinité et l’a obtenue vient alors s’acquitter de sa dette. Au son des tambours, la foule se rend au siège de la divinité, puis l’appelle à l’aide d’une crécelle en fer, surnommée la « sonnette des dieux ». Le prêtre lui souhaite la bienvenue par une libation et abat rapidement l’un après l’autre les nombreux animaux offerts en sacrifice.
Un grand repas commun clôt la cérémonie, puis le prêtre donne aux assistants la bénédiction de la divinité. Pour ce faire, il délayait autrefois de la boue en signe du salut annoncé et en enduisait le front et les tempes des croyants. Le retour vers la ville est à nouveau accompagné du battement des tambours et on peut entendre des cris répétés : « La vie, oui, la vie ! » La fête ne renforce pas uniquement les liens au sein de la communauté, mais veut aussi donner espoir et confiance en l’avenir. Toutefois, le relâchement des liens de parenté et de voisinage, lié à des contraintes extérieures, de même que l’introduction d’autres « divinités étrangères » et, pour une part importante, l’extension du christianisme ont fait que la divinité municipale d’Atito n’a plus aujourd’hui le monopole de l’attention de la communauté.

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