États-Unis

> > États-Unis ; écrit le: 11 avril 2012 par La rédaction

Les États-Unis, hyperpuissance de la fin du xxe siècle, ne sont-ils pas piégés par leur hégémonie ?

 Politique

Sources puritaines et faillite du bipartisme traditionnel

Les différences entre les deux grands partis politiques américains se sont considérablement estompées, au profit de la « victoire sans faille »’ d’un vague conservatisme. L’une des conséquences est le retour aux sources puritaines de la nation. « Avec une pureté doctrinale que les années n’ont pas altérée, presque toutes les grandes idées de la droite américaine renvoient aux origines du pays. Ordre moral, croyance en la justice immanente, rôle de la peine de mort, dénonciation du caractère blasphématoire de la culture, démocratie qui exclut les pauvres et les autres “perdants”.

Princes sudistes et républicains président dorénavant aux destinées du Congrès (et des États-Unis ?) Mais leur idéologie n’est ni originale ni novatrice. Elle n’est que l’accentuation droitière de la “pensée unique” qui règne depuis la présidence de Ronald Reagan, et [elle] est dans la droite ligne de la tradition cléricale, qui constitue une des caractéristiques fondamentales de la République américaine : on peut aisément en retracer les origines jusqu’aux fondateurs.

Les choses n’ont guère changé quelque trois siècles et demi plus tard. L’État continue à punir sévèrement le “péché” au nom d’une morale toute puritaine. Les condamnations sont sans pitié, la peine de mort libéralement appliquée, y compris aux mineurs handicapés mentaux, et les prisons débordent : 1,4 million d’Américains passent chaque année dans les prisons américaines, [dont certains Américains pensent qu’ils sont l’équivalent des chômeurs européens de longue durée…].Il faut aussi punir le péché, et les pécheresses. L’une des “grandes” idées du Contrat avec l’Amérique, le programme républicain, est de réformer le

wclfarc (allocations familiales réservées aux familles monoparentales pauvres) en en refusant le paiement (en moyenne 377 dollars, soit 2 000 francs environ, par mois et par foyer pour 17 milliards de dollars par an) aux mères célibataires de moins de dix-huit ans. Et pour les contraindre au travail, qui seul rachète, comme il n’v a ni crèches ni garderies, l’argent épargné serait utilisé pour ouvrir des… orphelinats, au coût de 3 000 dollars ( 15 000 francs) par mois et par enfant, où leur progéniture serait “correcte­ment” éduquée.

La perversité quasiment générale imputée aux programmes sociaux se lônde largement sur le cléricalisme puritain. Le puritanisme, en effet, explique largement le monde par la prédestination : Dieu a par avance élu celles de ses créatures qui seront sauvées — et rejeté celles qui seront damnées ; la réussite est le signe de l’élection, et l’échec, celui de la damna­tion. Le pauvre, loin de mériter assistance, est haïssable comme incarnation du péché. En revanche, la prospérité récompense l’élu de Dieu, qui n’a, par définition, pas besoin d’être aidé, et que l’État ne saurait en aucun cas contraindre à la générosité ou à la solidarité. Celle-ci bénéficierait en fait au diable, puisque le pauvre est sa créature. »

Une autre conséquence est la facilité avec laquelle un troisième larron peut brouiller le jeu et s’immiscer dans la rivalité duale et traditionnelle entre les ileux grands partis politiques, non pas tant une organisation politique, mais un individu, à condition de posséder la richesse.

« La popularité de l’éventuel candidat indépendant à la présidence des Ktats-Unis, Ross Perot [dont le populisme s’inscrit dans la tradition améri­caine, résume Serge Halimi], traduit l’exaspération de l’opinion devant la faillite des deux grands partis traditionnels. Peu convaincus par une modeste reprise économique qui n’empêche pas la progression du chômage, les Américains se laissent pour le moment séduire par les sirènes d’un milliardaire texan auréolé de son image d’homme d’action autoritaire. La vacuité du débat politique nourrit toutes les démagogies, le culte de la réussite financière autorise toutes les convoitises…

Les politologues sont parfois moins utiles que les cinéphiles pour comprendre la politique américaine et ses élans. Les premiers ne manquent pas de rappeler que tous les candidats indépendants sérieux venaient de l’un des deux grands partis, qu’aucun d’eux ne fut jamais élu président des États- Unis et que les outsiders partis très fort au printemps s’essoufflent souvent en été avant de disparaître en novembre. Les cinéphiles ont d’autres références, sans doute mieux adaptées à l’Amérique profonde séduite par cet homme  Serge Halimi, « La vie politique au plus bas aux États-Unis. Quand la Maison-Blanche est à vendre », Le Monde diplomatique> juill. 1992, p. 5, à qui j’emprunte les paragraphes qui suivent. Candidat à la présidence en 1992, le milliardaire texan Ross Perot se lance à nouveau en 1996 dans la compétition, après avoir créé un nouveau parti en 1995, le Parti de la Réforme. r> En 1912, Theodore Roosevelt, candidat indépendant issu du Parti républicain, obtint 27,4 % des voix et permit l’élection du démocrate Woodrow Wilson. En 1968, George Wallace, candidat indépendant issu du Parti démocrate, obtint 13,5 % des suffrages lors de l’élection remportée de justesse par le répu-

d’affaires qui s’engage à “prendre une pelle pour nettoyer l’écurie de Washington”. Perot, c’est tout à la fois le novice politique incarné par James Stewart dans Smith au Sénat, le Gary Cooper capitaliste rebelle dans le film de King Vidor et le tyran médiatique de Citizen Kane. […]

Le soutien des grosses “machines politiques” ne vaut plus rien. D’abord, parce qu’elles sont complètement discréditées. Ensuite, en raison du fait que, depuis quinze ans au moins, un petit groupe de consultants, de sondeurs et de conseillers en communication s’est emparé du contrôle des partis et des campa­gnes et a soumis les candidats à ses techniques de marketing, à son rituel coûteux et médiocre. […]

Perot ne dispose pas seulement de son message d’indépendant disant ce qu’il pense. Alors que ses deux concurrents sont tenus de ne pas dépenser plus de 50 millions de dollars pour leurs campagnes respectives, lui s’est promis d’investir “ce que cela coûtera”. Il en a les moyens, et la loi est ainsi faite que, depuis 1976, un candidat peut dépenser ce qu’il veut pour asseoir ses ambitions politiques, à condition que l’argent soit le sien et que le candidat se dispense de tout financement public. Il s’agirait là, d’après la Cour suprême, d’une “liberté d’expression protégée par le premier amendement de la Constitution”.

La colère de l’opinion devant le poids écrasant de l’argent dans la vie publique joue, paradoxalement, en faveur de Perot. C’est parce que les Améri­cains n’ignorent plus rien de la corruption institutionnalisée qui ronge leur système qu’ils font confiance à un milliardaire, par définition moins vulnérable, pour y mettre un terme.  Perot dénonce les “insidersde Washington”, mais il a bâti sa fortune sur des contrats publics. Il se fait photographier avec Jesse Jackson, mais il a contribué financièrement aux campagnes de Nixon et de Bush.

Il  décrit le déficit budgétaire comme un “cancer”, mais il prétend qu’il serait possible de l’éliminer “sans effort” : il suffirait de “localiser les gâchis” et de “réduire les dépenses inutiles”. Un mois avant le Sommet de Rio, il ne savait encore qu’en penser : il n’avait “pas la moindre idée de ce que c’est”. Et lorsqu’on lui demande si l’État est “trop fort, trop faible ou mal employé”, il répond que “la question est intéressante” mais qu’il n’y a “jamais réfléchi”. Cette ignorance — ou cette suite d’ambiguïtés calculées — lui permet, pour le moment, de satisfaire simultanément les aspirations au changement les plus diverses. »

  La présidentielle de 1996

Le candidat républicain à la présidentielle de 1996 est Robert (Bob) Dole, ancien sénateur du Kansas, 73 ans, associé à Jack Kemp comme colistier. Son concurrent républicain à la convention du parti est le général (noir) Colin Powell. Investi, Bob Dole, essaie de ressusciter l’Amérique de Reagan, il promet une nouvelle ère de prospérité. L’élection américaine se joue une nouvelle fois à trois : Dole, William Bill Clinton et Perot. Mais en réalité il y a d’autres candidats, dont Ralph Nader, candidat vert, sans aucune chance d’accéder à la Maison-Blanche, mais dont le résultat peut affecter la campagne en Californie. Albert Arnold [Al] Gore est le colistier de Clinton.

Le 5 novembre 1996, l’élection présidentielle a lieu et c’est aussi l’élection des 435 Représentants, de 34 sénateurs, de 11 gouverneurs, etc.). Bill Clinton est aisément réélu avec plus de 50 % des suffrages (Dole : 42 %, Perot : 8 % seule­ment, loin derrière son résultat de 1992). Il l’emporte dans 31 Etats (Dole : 19) et devient le premier président démocrate réélu, depuis Roosevelt. Mais le longrès continue (les Républicains avaient pris en 1994 le contrôle des deux . .’.ambres, pour la première fois depuis 40 ans) à être dominé par les républicains ians les deux chambres (55 sièges au Sénat, contre 45, 224 contre 209 à la chambre des Représentants) : il faut remonter à 1930 pour trouver un Congrès républicain dont la majorité soit confirmée lors de l’élection générale suivante.

← Article précédent: L’ONU Article suivant: Sociétés : american beauty ?


Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles de tout le site