Hégémonie et maîtrise du monde ?

> > Hégémonie et maîtrise du monde ? ; écrit le: 12 avril 2012 par La rédaction

Monde des 14-15 novembre 1993, « tant qu’a duré la guerre froide, et malgré les millions de morts qu’elle aura faits, l’URSS et les Etats-Unis pesaient ensemble sur la boîte de Pandore pour l’empêcher de s’ouvrir. L’URSS n’est plus […]. Le jour viendra peut-être, il viendra sans doute, où, là ou ailleurs, l’Oncle Sam retrouvera un adversaire à sa taille. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, et c’est ce qui donne toute son importance à la question d’un éventuel réveil de l’isolationnisme américain. […] Reste que l’isolationnisme est tout simplement une impossibilité, à l’époque de la mondialisation de l’économie, de l’incessant raccourcissement des distances et de la transmission instantanée, sur toute la planète, de l’information sous toutes ses formes. »

La dislocation du bloc communiste devait fondamentalement modifier la position des Etats-Unis, ils deviennent une « hyperpuissance », en hardpower et en soft power, i! y a inévitablement en toutes questions un impact de l’Amérique, qui rappelle celui de l’empire romain. « Le bombardement prolongé de l’Irak déclenché à la mi-décembre 1998 par le président William Clinton en témoigne avec force : depuis la chute du mur de Berlin, voilà bientôt dix ans, les Etats- Unis régnent sans partage sur la planète. Une mondialisation taillée sur mesure, une puissance militaire à même de vaincre n’importe quel adversaire, une avance considérable dans le domaine décisif de l’information : telles sont les armes de cette hégémonie. » Mais Washington éprouve de sérieuses difficultés à définir des priorités, car il n’y a pas de menace directe, pas de priorité évidente, etc.

L’ennemi a été perdu, le monde n’est plus manichéen, il n’est plus « simple ». Le monde de la dernière décennie du siècle est donc dominé par une Amérique hyperpuissante et embarrassée, la guerre froide ayant été « idéale » pour les Etats-Unis. Ils sont maintenant, difficilement, en recherche d’un concept diplo­matique. Certes, personne ne nie la fin du containment, défini par George Kennan (qui vit toujours… ), mais « l’Amérique », une fois l’URSS écroulée par suite de ses contradictions, se retrouve seule. Depuis dix ans, le « nouvel ordre mondial », devenu le nouveau désordre international, a échoué, tout comme le slogan de « l’élargissement de la démocratie dans le monde », le slogan de la « nation indispensable », selon lequel rien ne peut se faire dans le monde sans les Etats-Unis, mais l’Amérique ne peut rien faire seule. L’Amérique est tentée de se placer au-dessus des lois, d’ériger un droit américain en droit international. Mais il y a contradiction entre la prétention globale et la relative pauvreté des moyens. La force réelle de l’Amérique, ce n’est pas l’Etat, mais les grandes compagnies. En conséquence, bien sûr, l’Amérique, agissant dans le cadre des organisations internationales, ne veut pas tout payer : il n’y a plus d’intérêt vital, mais les Etats-Unis ont des responsabilités particulières en matière de humrtn securitf3.

Les priorités essentielles sont imposées de l’extérieur. Les Etats-Unis gèrent conjointement la question allemande et celle de l’URSS devenant Russie, les deux questions étant liées car l’LTRSS est incapable de résister à la réunification allemande. Les Etats-Unis poussent à l’unification allemande et prolongent

le dialogue avec la Russie. Pèse très fortement sur les Etats-Unis la doctrine du zéro mort », manifestée sur une large échelle pour la guerre du Golfe, habituant la population américaine à l’idée que l’on peut faire la guerre sans pertes.

Il  leur est très difficile de ne pas disperser les efforts, d’où longtemps les ambi­guïtés de la politique américaine dans l’ex-Yougoslavic : comment s’engager sans s’engager ? A la fin du siècle persiste le mythe de la puissance américaine, mais

S’est  fait jour la réalité d’un intérêt erratique pour le reste du monde : il y a une Amérique « impériale », mais sans volonté « impérialiste ». De surcroît, un prési­dent des Etats-Unis ne peut qu’éprouver de grandes difficultés à intéresser son opinion publique au reste du monde. Qui réussirait à le faire pourrait d’ailleurs mordre la poussière, c’est ce qui est arrivé à G. Bush !

Aujourd’hui, quelles sont les grandes lignes d’action des Etats-Unis en poli­tique extérieure ? La Chine a remplacé le Japon comme partenaire principal en Asie. L’Amérique se considère comme seule responsable du monde, prétention inacceptable pour la France et la Grande-Bretagne. Elle a, en conséquence, peur du vide, et c’est pour cela qu’elle est intervenue en Albanie. Elle est sensible au danger de la prolifération des armes de destruction massive, des déséquilibres multipliés, d’où, par exemple, l’intérêt nouveau des Etats-Unis pour l’Afrique.

Au plus tard au début de la décennie, les Etats-Unis ont acquis une hégé­monie mondiale. Comment la conserver ? Mais la maîtrise du monde est un avantage non dénué de problèmes. « Le contenu d’études stratégiques récentes le montrent à l’envi : les États Unis, loin de rechercher une gestion démocra- t ique de la planète, mettent tout en œuvre pour renforcer leur hégémonie [cons­tate Paul-Marie de la Gorce14]. Puissance idéologique sans rival, puissance militaire absolue, leur omnipotence est cependant battue en brèche sur le plan économique par de solides concurrents, comme le Japon ; et les fissures qui minent leur société limitent leurs moyens d’action ainsi que leur prétention à s’ériger en modèle.

Aux États-Unis comme ailleurs, la fin de la guerre froide devait susciter une réflexion nouvelle sur les orientations de la politique étrangère américaine et de la stratégie qui doit en être le corollaire. Cette réflexion est en cours dans les universités, dans les deux grands partis et surtout, naturellement, aux trois niveaux où se situent les centres de décision du pouvoir exécutif : le département d’Etat, le Pentagone et le Conseil national de sécurité, la Maison-Blanche. C’est là qu’elle a été menée le plus loin et qu’elle a conduit aux conclusions les plus précises, au point qu’il est possible désormais d’en discerner, sans risque d’erreurs, les options essentielles. […]

[ Les rapports élaborés sont] très explicites quant aux conditions d’emploi de cette puissance militaire. Ils évoquent, à plusieurs reprises, l’intérêt d’actions qui seraient entreprises dans un cadre collectif, par exemple celui des Nations unies ou d’une coalition plus ou moins large comme ce fut le cas à propos de l’Irak. Mais ils envisagent expressément le cas où les États-Unis devraient agir seuls et considèrent qu’ils ne devraient pas hésiter à le faire, mais, au contraire, s’v préparer. Le plus important, écrivent-ils, est de comprendre que “l’ordre international est en définitive garanti par les États-Unis”, et que ceux-ci “doivent se mettre en situation d’agir indépendamment quand une action collective ne peut être mise sur pied ou en cas de crises nécessitant une action immédiate”. […] L’éventualité d’un nouvel écrasement de l’Irak, l’hypothèse d’un conflit qui empêcherait la Corée du Nord de devenir une puissance nucléaire, une possible intervention en Amérique centrale, sous le prétexte de prévenir le développement du commerce de la drogue, ou aux Philippines, pour limiter les consé­quences du retrait des bases américaines, ne sont que des illustrations relativement secondaires de la même préoccupation : le maintien rigoureux des États-Unis au rang de seule et unique superpuissance au monde. Les moyens peuvent en différer selon qu’il s’agit d’interdire toute reconstitution d’une grande puissance à l’Est, d’empêcher les alliés des États-Unis de contester leur position prépondérante ou d’interdire l’émergence d’un nouveau centre de pouvoir en Extrême-Orient ; mais l’objectif est le même — la préservation d’une hégémonie exclusive — et implique, en tout cas, une capacité permanente d’intervention où que ce soit dans le monde. »

  Le cas particulier du Proche-Orient

La politique américaine au Proche-Orient a une longue histoire, une véritable continuité, cherchant depuis plus de quarante ans à préserver l’accès à un pétrole à bas prix, à casser toute tentative de remise en cause de son hégémonie et à assurer la prééminence militaire d’Israël. La logique aurait conduit à minimiser l’appui à 1 Etat hébreu, ainsi que l’avait compris Eisenhower. Mais l’habileté politique des présidents américains depuis Nixon a consisté à appuyer Israël tout en nouant des relations étroites avec les principaux États arabes au prix de média­tions en apparence infructueuses. L’invasion du Koweït du 2 août 1990 était bien une remise en cause globale de l’hégémonie américaine, qui a provoqué l’intervention militaire massive.

L’un des éléments clés de la politique proche-orientale des États-Unis est bien sûr le pétrole. «  Les États-Unis ont démontré qu’ils sont — surtout depuis l’effondrement de l’URSS et la guerre du Golfe de 1990-1991 — les vrais maîtres du jeu dans cette région, qui recèle 66 % des réserves prouvées et couvre 48 % des exportations pétrolières mondiales.

Durant la guerre froide, la préoccupation majeure des autorités américaines était de réduire la dépendance énergétique de leur pays, en développant les ressources nationales et en réduisant les importations. Cet objectif d’indépen­dance, fixé par l’administration Nixon, et qui avait été un facteur déterminant dans l’accroissement des prix au début des années 70, n’est plus qu’un souvenir. La disparition du spectre d’une prépondérance soviétique au Proche-Orient, l’affai- hlissement des pays “radicaux” de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole l’ ( M’KP), la mise hors jeu de l’Irak et le resserrement des liens avec les pays arabes du  Golfe ont laissé les mains libres aux États-Unis, qui ont alors relégué au second plan la sécurité de leurs approvisionnements au profit du maintien du bas prix de l’énergie.

Cette situation peut durer à deux conditions : que les pays exportateurs aient îles capacités suffisantes pour couvrir l’accroissement des besoins mondiaux ; que la puissance militaire américaine puisse empêcher des bouleversements poli­tiques majeurs au Proche-Orient.

L’autre question est de savoir jusqu’à quand la puissance militaire américaine ‘.cia suffisante pour écarter tout risque de nouveaux bouleversements politiques ,ui Proche-Orient. Le conflit israélo-arabe a tant dominé la scène politique régio­nale depuis quarante-six ans qu’il a masqué d’autres problèmes non moins graves : la démographie galopante, les crises économiques et sociales engen­drées, dans une large mesure, par la chute des revenus pétroliers, les frustrations en tout genre et le développement de mouvements extrémistes qui constituent aujourd’hui la principale menace pour les régimes en place, du Golfe à l’Atlantique.

D’autres foyers chroniques d’incendie menacent la stabilité de la région : l’antagonisme arabo-perse ; les nombreux conflits frontaliers et territoriaux entre l’Iran et les pays arabes et entre les pays arabes eux-mêmes ; les disputes au sujet île la répartition de ressources en eau insuffisantes pour répondre aux besoins grandissants ; les tensions intercommunautaires et inter-ethniques, dont le problème kurde n’est pas la moindre, etc.

L’un des rares points sur lequel toutes les prévisions concordent est que l’accroissement de la demande pétrolière devra être satisfait, en tout premier lieu, par la production du Proche-Orient. Si actuellement un baril sur deux e xportés dans le monde provient de cette région, cette proportion sera de deux sur trois dans une dizaine d’années. Les pays industrialisés et les pays en voie de développement, dont la dépendance à l’égard du Proche-Orient est encore plus grande que celle des États-Unis, peuvent difficilement continuer à compter sur la seule pax americana pour assurer la sécurité de leurs propres approvisionne­ments et le développement de leurs échanges économiques avec les pays arabes. »

Sans césure nette (sans doute 1996-1997), les dix dernières années ont vu se succéder deux périodes. Une première période est de remise en ordre, après la lin de la guerre froide, toute politique de bascule étant impossible pour les états du Moyen-Orient. Trois moments forts s’observent : la guerre de Golfe — l’Irak cesse d’être le rempart de l’Occident contre l’Iran chiite et devient l’ennemi n°l bis, après l’Iran, démonstration de l’arsenal et de l’armada améri­cains, de la capacité à rassembler une coalition paradoxale, sans participation d’Israël, une victoire partielle des États-Unis, par crainte de faire voler en éclats la coalition, par crainte d’une occupation de l’Irak, par impossibilité de remplacer Saddam Hussein —, le dialogue israélo-palestinien — déjà les Etats- Unis avaient apporté leur soutien à Rabin dans la campagne électorale israé­lienne de 1992, mais les Américains ont échoué à faire entrer la Syrie dans le processus de paix —, et enfin le double endiguement, contre l’Irak et l’Iran.

Une deuxième période est marquée par les échecs et les enlisements : diffi­cultés dans le dialogue entre Israël et les Palestiniens — assassinat de Rabin, nouvelles élections israéliennes, de 1996, attentats très nombreux, action mili­taire israélienne contre le Sud-Liban, évolution de l’opinion israélienne, doutes des Palestiniens, très bonne connaissance des États-Unis et des possibilités de pression par Nétanyahou —, Clinton cherche à marquer l’histoire en agissant à l’extérieur, mais sans politique très claire et avec impossibilité de trouver une solution efficace contre S. Hussein, et enfin l’évolution de l’Iran depuis 1997 (une nouvelle carte à jouer, notamment pour évacuer le pétrole d’Asie centrale ?) mais avec continuation du terrorisme à l’étranger.

Le problème essentiel est donc devenu celui de l’équilibre, dans une région qui préoccupe bien davantage les États-Unis qu’avant 1990.

  La Somalie (1993-1994)

Au total, sous la présidence de Clinton, cinq opérations militaires américaines eurent lieu en Afrique: Somalie (1993-1994), Rwanda (1994), Somalie à nouveau (1995), Liberia ( 1996) et Zaïre ( 1996 ). Dans sa préface à L’année dans le Monde de 1993 André Fontaine évoque « la malheureuse tentative des États- Unis, dont les Nations unies ont pris provisoirement le relais, pour arracher la Somalie à la guerre civile où elle sombrait corps et âme. Bouleversée de voir défiler chaque soir sur ses écrans les images d’enfants décharnés, l’opinion avait poussé George Bush à envoyer les boys séparer les combattants et porter assis­tance aux affamés. Inquiète des pertes subies, elle presse aujourd’hui Bill Clinton de les retirer. Ce revirement est d’autant plus significatif qu’un seigneur de la guerre, le général Aïdid, a ouvertement défié les États-Unis, qui s’étaient tait fort de le mettre hors d’état de nuire. Mais le temps n’est plus décidément où l’Oncle Sam ne tolérait pas qu’on lui marche sur les pieds : en Haïti aussi, les “marines” venus préparer le retour, accepté en principe par les militaires, du président Aris­tide ont préféré rebrousser chemin plutôt que de se heurter à la foule ameutée par les “tontons macoutes”. »

Deux dates extrêmes permettent de scander l’intervention américaine : le 23 février 1993, de violentes manifestations anti- occidentales sont organisées à Modagiscio par les partisans du général Mohamed Farah Aïdid, en octobre 1993, ils infligent aux forces américaines à Mogadiscio un revers militaire au cours d’une opération de l’ONUSOM contre un bastion du général Aïdid (3 et 4). Le 7, le président Clinton annonce que le contingent américain quittera la Somalie avant le 31 mars 1994.

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