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La détente (1962-1973)

Vous êtes ici : » » La détente (1962-1973) ; écrit le: 19 décembre 2012 par La rédaction

La détente (1962-1973) L’année I962 ouvre une ère nouvelle de rapprochement et de coopération. Le tellement de l’affaire des fusées de Cuba, qui correspond aussi à la fin de la crise de Berlin, fonde la détente et met un terme à la guerre froide. Les conséquences en sont immenses.
Au cours des années 1960, on constate à la fois une bipolarisation croisante de la vie internationale et une érosion du monolithisme des deux blocs. I a cohésion du pacte Atlantique, comme celle du pacte de Varsovie, s’affaiblit et un schisme se développe entre l’Union soviétique et la Chine populaire. I es super-grands amorcent un dialogue visant à limiter la course aux armements : c’est l’ère de la détente. Cet accommodement fait d’eux des « adversaires-partenaires ». La confrontation n’en continue pas moins à travers les conflits localisés en Asie, en Afrique et au Proche-Orient. Déjà contesté à partir de la conférence de  Bandoeng  par les nations du Tiers Monde, l’ordre bipolaire apparaît à la fois consolidé par la convergence relative des intérêts îles deux Grands et menacé par les nouvelles forces qui émergent au sein des deux blocs et dans le Tiers Monde. Quelle que soit leur faiblesse militaire et économique, les pays du Tiers Monde exercent une influence croissante : de simples enjeux de la confrontation Est-Ouest, ils deviennent peu à peu des agents de la politique mondiale.

Le duopole américano-soviétique:

L’évolution la plus spectaculaire de cette période est la volonté d’apaisement des deux Grands qui renoncent à une stratégie de tension et s’engagent sur la voie de la détente.
Du côté américain, au démocrate John F. Kennedy, assassiné le 22 novembre 1963, succèdent son vice-président Lyndon B. Johnson (1963-1968), puis le républicain Richard Nixon (1968-1974). Cette période correspond à la fois à  l’apogée de la puissance américaine, sur le plan stratégique et sut le plan éeonomique, mais aussi aux limites de cette puissance, avec l’intrusion d’un satellite soviétique dans l’hémisphère occidental et le bourbier vietnamien qui va para lyser sa politique étrangère et ternir son prestige.



Du côté soviétique, après la chute de Khrouchtchev (1964), critiqué pour ses échecs en politique agricole mais aussi en politique extérieure, commence le long règne de Leonid Brejnev, décédé le 10 novembre 1982. L’équipe Brejnev enregistre ses plus grands succès sur le terrain de la politique extérieure. Faisant preuve d’un dynamisme contrastant avec l’immobilisme à l’intérieur, l’Union soviétique pénètre largement dans le Tiers Monde, renforce l’intégration des « pays frères » et surtout obtient un dialogue privilégié avec les États-Unis, ce qui donne une assise à la diplomatie soviétique et signifie que Washington a renoncé à refouler l’influence de Moscou. Les dirigeants soviétiques voient dans le duopole que leur consentent les États-Unis la consécration de leur puissance. Ce que Khrouchtchev n’avait pas réussi, eux l’ont obtenu.
La détente ne signifie pas le désarmement. La période correspond à une augmentation considérable des armements, en particulier dans le camp soviétique, qui fait un énorme effort pour rattraper son retard dans le domaine des armements stratégiques, car, en 1962, Washington dispose d’une nette supériorité. On assiste donc à une course aux armements, notamment dans le domaine des missiles à moyenne portée (2 000 à 4 000 km) IRBM (Intermediate Range Ballistic Missile), des missiles à grande portée (10 000 km) ICBM (Intercontinental Ballistic Missile) ou des missiles lancés à partir d’un sous-marin SLBM (Submarine Launched Ballistic Missile). Les deux grandes puissances parviennent, au début des années 1970, à l’accumulation d’un arsenal impressionnant et, probablement, à une parité de fait.
Bien que les deux superpuissances accroissent sans cesse leur potentiel militaire, elles évitent soigneusement tout affrontement direct et elles se ménagent ; elles éprouvent d’ailleurs l’une et l’autre des difficultés internes qui les contraignent à rechercher un modus vivendi.
L’avance américaine dans le domaine technologique. Après avoir pris une avance scientifique et militaire (Spoutnik, 1957 ; Gagarine, 1961), l’Union soviétique accumule les retards sur le plan des technologies de pointe. Ce sont en effet des Américains qui, les premiers, marchent sur la Lune (le 21 juillet 1969) et eux encore qui lancent, en 1973, le premier laboratoire spatial. En matière d’ordinateurs, l’avance américaine est considérable. Dans la compétition mondiale voulue par les dirigeants de l’URSS eux-mêmes, les mérites du socialisme soviétique ne triomphent pas aisément. Du côté américain, alors que l’expansion économique se poursuit, le doute remplace la confiance en raison du maintien de zones de pauvreté, de la ségrégation raciale, de la guerre du Viêtnam et des scandales politiques.
La convergence d’intérêts pour la réduction des tensions internationales. Aussi les années I960 sont-elles marquées par la recherche d’accords entre les États-Unis et l’Union soviétique. Mais c’est surtout la période 1969-1973 qui est la phase la plus féconde de la détente. Elle correspond au passage au pouvoir à Washington de l’équipe formée par le président Richard Nixon et son conseiller pour les affaires de sécurité nationale, Henry Kissinger, et à leur commune conviction du nécessaire désengagement américain. Les États-Unis se considèrent toujours comme la première puissance mondiale, mais ils ne veulent plus régner sans partage. Ils acceptent la parité nucléaire avec l’URSS et vont bientôt jouer d’une diplomatie triangulaire Washington-Pékin-Moscou. Kissinger considère que tous les problèmes doivent être liés dans une négociation (linkage), ce qui explique que les accords concernent tout autant le domaine scientifique et commercial que le domaine militaire. Une sorte de connivence entre Américains et Soviétiques s’instaure qui établit une cogestion des affaires internationales : chaque Grand se reconnaît le droit de faire régner l’ordre dans son propre camp et évite soigneusement tout affrontement direct. La guerre du Viêtnam est l’exemple remarquable d’un conflit au temps de la détente qui concerne un pays du camp socialiste, le Viêtnam soutenu par Moscou, en butte à l’immense appareil militaire américain. Aux pires moments de l’engagement américain, Moscou maintient et renforce ses rapports avec Washington. Quant à l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie, elle ne trouble pas non plus le processus de la détente.

Les accords de limitation des armements:

Dès le 1er décembre 1959, les deux principales puissances avaient convenu de la démilitarisation de l’Antarctique. Après la crise de 1962, la convergence des intérêts soviéto-américains apparaît plus nettement.

La politique de l’« arms control » :

La détente (1962-1973) Différents accords sont négociés au sein de comités ad hoc ou à la faveur d’un dialogue bilatéral. D’abord, Américains et Soviétiques conviennent  d’établir un contact direct pour éviter une escalade fatale. D’où la création, annoncée le 20 juin 1963, d’une liaison permanente entre Washington et Moscou, le télétype rouge.
Le traité de Moscou. L’autre mesure est symbolique, même s’il ne s’agit pas d’une mesure de désarmement proprement dite. Depuis 1958, il était question d’interdire les essais nucléaires dans l’atmosphère, essais qui avaient déjà fait l’objet d’un moratoire interrompu en septembre 1961. Une conférence de 18 nations se tenait régulièrement à Genève sur le désarmement. À la suite de la crise de Cuba, les États-Unis et l’URSS mettent un point final à des années de négociations. Ils sont les initiateurs du traité de Moscou (5 août 1963), signé par plus de 100 pays, qui interdit les expériences nucléaires dans l’atmosphère, dans l’espace extra-atmosphérique et sous la mer. La France et la Chine, qui mettent alors au point leurs forces atomiques et ont besoin d’expérimenter pour parfaire leur équipement, refusent d’y adhérer. Le traité

de Moscou ne limite pas en effet l’arsenal nucléaire des grands (Etats Unis, Grande-Bretagne, URSS) qui conservent, et sans le moindre contrôle, des stocks énormes et peuvent les accroître. Ces puissances atomiques ne s’interdisent pas grand-chose ; en revanche, elles invitent les autres pays, en y adhérant, à se priver des moyens de posséder eux-mêmes des armes nucléaires. La portée militaire du traité de Moscou est donc nulle. Mais sa portée politique est immense. Il concrétise un changement de climat entre les deux Grands, qui concluent un accord que rejettent avec indignation la Chine dans le camp oriental, la France dans le camp occidental.
Le traité sur la non-prolifération des armes atomiques. La rencontre du président Johnson et du président du Conseil Kossyguine à Glassboro (New Jersey), les 23-25 juin 1967, permet la conclusion en juillet 1968 d’un traité sur la non-prolifération des armes atomiques (TNP), signé par les États-Unis, l’URSS et la Grande-Bretagne, et rejeté une nouvelle fois par la Chine et la France qui expérimentent d’ailleurs leur bombe à hydrogène en 1967 et 1968 et refusent d’adhérer à un traité consistant à leur interdire l’accès au club atomique. L’impact de ce traité est considérable car il s’agit pour Américains et Soviétiques d’éviter que les armes atomiques ne tombent dans n’importe quelles mains et, pour les Soviétiques en particulier, d’empêcher l’Allemagne de posséder des armes nucléaires.
D’autres traités sont moins directement significatifs. Le 27 janvier 1967, celui sur l’espace prévoit la non-militarisation de la Lune et des corps célestes ainsi que l’interdiction de la mise sur orbite d’armes nucléaires. Le 14 février 1967 est signé le traité de Tlatelolco qui doit aboutir à la création d’une zone exempte d’armes nucléaires en Amérique latine. Le Comité du désarmement siégeant dans le sein de l’ONU et comprenant 18 membres sert de cadre à l’élaboration du traité de dénucléarisation des fonds marins (11 février 1971) et de la convention prohibant les armes biologiques (10 avril 1972).
Pour la plupart, ces accords sont conclus selon la philosophie de l’arms control. Il ne s’agit pas de désarmer, mais de placer des limites au surarmement. Les accords suivants affectent directement le potentiel militaire des grandes puissances et leur équilibre nucléaire.

La limitation des armes stratégiques:

Les États-Unis et l’URSS sont en train d’accumuler des armes de plus en plus perfectionnées et se préoccupent du coût croissant des systèmes de missiles anti-missiles (Anti Ballistic Missile ou ABM). Les ABM, dont le coût est considérable, sont capables d’arrêter en vol les missiles ennemis avant qu’ils n’atteignent leur objectif. Les Soviétiques en construisent un autour de Moscou et les Américains un autour de Washington. En mettant ainsi à l’abri une partie de la population civile, il s’agit, on le constate, d’une remise en question de l’équilibre de la terreur: le risque réapparaît d’une première frappe et donc d’une guerre nucléaire. Le second progrès, c’est l’apparition du missile à tête multiple, le MIRV (Multiple Independently Targeted Reentry Vehicle) qui permettrait d’atteindre plusieurs objectifs à la fois. Les accords SALT 1. En juin 1968, s’amorce en effet une négociation sur la  limitation des armes stratégiques. Ces SALT (Strategie Arms Limitation Talks), menés par le conseiller spécial du président Nixon, Kissinger, s’ouvrent à Helsinki en novembre 1969 et, à la suite d’innombrables réunions, permettent à Nixon et à Brejnev de signer à Moscou le 26 mai 1972 les accords SALT. Les SALT comprennent deux parties : un accord provisoire et un traité. L’accord consiste en un gel pour cinq ans des armements stratégiques, l’arrêt de la construction de rampes de lancement fixe pour ICBM, les missiles intercontinentaux, et de lanceurs balistiques installés sur sous-marins (SLBM).

Le plafond pour les ICBM est de 1 054 pour les Américains, 1 409 pour les Soviétiques ; pour les SLBM, de 650 pour les Américains et de 950 pour les Soviétiques. Le traité limite à deux sites, ceux existant autour de Moscou et de Washington et un autre pour une zone d’ICBM, les systèmes de défense antimissiles (ABM). La logique de l’équilibre de la terreur est telle que, pour que la dissuasion aboutisse à empêcher la guerre, il faut  qu’au  feu nucléaire de l’autre chacun livre sa population en otage.
C’est la première fois que les deux grandes puissances, surmontant le problème du contrôle, concluent un accord relatif aux armements qui ne demande rien à d’autres pays. Pour la première fois aussi, elles limitent effectivement la production de certains types d’armements. C’est enfin la première fois qu’un accord reconnaît l’accession à la parité de l’URSS, ce qui constitue une grande victoire pour elle. L’Union soviétique se voit même concéder une supériorité numérique, sous prétexte d’un retard technologique.
Les rencontres des deux Grands. A l’occasion de la visite de Nixon à Moscou (mai 1972), qui est la première visite officielle d’un président américain en URSS, une déclaration commune en douze points définit « les bases des rapports mutuels entre les États-Unis et l’Union soviétique », un véritable code de conduite. Cet accord renforce le duopole américano-soviétique et rapproche deux systèmes politiques où la raison d’État l’emporte sur les exigences de l’idéologie. En moins de trois ans, les dirigeants des deux pays se rencontrent quatre fois.
A l’automne 1972, une commission consultative permanente institutionnalise le dialogue soviéto-américain. Il s’agit de transformer l’accord provisoire en traité définitif. C’est chose faite à l’occasion du voyage de Brejnev aux Etats-Unis (18-25 juin 1973). Neuf accords, conventions ou déclarations sont signés, dont l’engagement des deux puissances de prévenir la guerre nucléaire, non seulement entre elles, mais encore entre l’une d’elles et des pays tiers. Par là, les deux Grands s’octroient un rôle d’arbitres pour contrôler les crises qui risquent de dégénérer. Le troisième sommet (27 juin-3 juillet 1974) permet à Nixon et à Brejnev de signer divers accords dont la limitation des expériences nucléaires souterraines. La rencontre de Leonid Brejnev et du nouveau president Ford à Vladivostock les 23 et 24 novembre 1974 et le dernier sommet de la détente. L’accord, qui prévoit pour tous les lanceurs d’engins (ICBM, SLBM) un plafond de 2 400, doit servir de cadre au futur traité SALT 2. Mais les négotiations  deslinées à préparer l’accord définitif s’enlisent par la suite.

Le développement des échanges pacifiques avec l’Est:

Les échanges Est-Ouest profitent aussi de l’atmosphère de détente. Au temps de la guerre froide, les relations commerciales avaient été pratiquement interrompues entre l’URSS et les Etats occidentaux. Aussi le principe de l’embargo, concrétisé par l’institution en 1949 du COCOM (Coordination Committee for Multilateral Export Controls – Comité de coordination pour le contrôle multilatéral des échanges Est-Ouest) et l’établissement de listes de produits interdits à l’exportation vers l’Est, prévalut longtemps. Tout transfert technologique était jugé dangereux dans la mesure où il pouvait être utilisé à des fins stratégiques.
Au terme de l’Export Administration Act (1969), le Congrès des États- Unis se prononce pour la croissance des transactions pacifiques avec l’Est. Le développement des échanges n’est pas limité au commerce. La coopération dans le domaine de l’espace est couronnée dans l’été 1975 par la rencontre dans le cosmos de deux capsules, l’une soviétique, Soiouz, l’autre américaine, Apollo.
Les échanges commerciaux progressent nettement après 1965. En cinq ans (1970-1975), les exportations occidentales à destination de l’Union soviétique quadruplent. Les Soviétiques souhaitent se procurer à l’Ouest les produits agricoles et industriels qui leur font défaut. Les partisans de la détente – comme l’avocat Samuel Pisar – soutiennent que la multiplication des liens économiques et commerciaux entre l’Est et l’Ouest favorise la paix et accélère la libéralisation interne du système communiste. Depuis le début des années 1960, l’URSS achète en quantités de plus en plus massives du blé occidental. Elle commence aussi à acquérir de nombreuses usines clé en main, en particulier dans les domaines de la construction automobile et de la chimie. Dans le sillage de la rencontre de mai 1972, l’accord commercial américano-soviétique, signé en octobre 1972, concède à l’URSS la clause de la nation la plus favorisée (remise en question par l’amendement Jackson de décembre 1974) et prévoit la fourniture de produits agricoles et industriels, y compris des ordinateurs ; le volume du commerce américano-soviétique passe de moins de 200 millions de roubles en 1971 à plus de 3 milliards en 1979 ! L’ouverture au commerce occidental concerne aussi les autres Etats du camp socialiste, en particulier la Pologne.

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