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La première phase de décolonisation (1945-1955)

Vous êtes ici : » » La première phase de décolonisation (1945-1955) ; écrit le: 17 décembre 2012 par La rédaction

Les facteurs propres à la décolonisation:

La première phase de décolonisation (1945-1955)De 1945 à 1962, la décolonisation s’est faite en deux étapes : une première dans l’immédiate après-guerre intéresse le Proche et le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est ; une seconde, qui commence en 1955, concerne essentiellement l’Afrique du Nord et l’Afrique noire. Le tournant est l’année 1955, marquée par la conférence de Bandoeng qui, dans l’unanimité, décide de hâter et de généraliser la décolonisation et par la décision des États-Unis et de l’URSS de ne plus limiter l’admission de nouveaux membres aux Nations unies, décision favorable à la libération des peuples colonisés.
La Seconde Guerre mondiale a profondément transformé les rapports entre les métropoles européennes et leurs colonies. Elle a démontré la fragilité des empires minés par les ferments nationalistes semés pendant le conflit. Elle fait surgir deux grandes puissances, États-Unis et URSS, qui sont chacune à leur façon anticolonialistes.
Par idéologie, l’URSS est favorable à la décolonisation qui va aboutir à affaiblir les pays occidentaux. Elle la prône activement à partir de 1956. En principe, les États-Unis soutiennent le combat des peuples colonisés pour des raisons sentimentales et historiques. Ils accordent d’ailleurs l’indépendance aux îles Philippines en 1946, mais ils ne prennent pas de position officielle afin de ne pas embarrasser leurs alliés.

L’attitude des puissances coloniales:

Le Royaume-Uni, dirigé par un gouvernement travailliste, a pratiqué volontairement une décolonisation progressive ; les Pays-Bas s’y sont résignés.
Le cas de la France est tout à fait différent. Affaiblie par la guerre, elle considère que son empire est le moyen de reconquérir une image de grande puissance, sans opter franchement pour un statut d’association ou d’assimilation. La conférence de Brazzaville, réunie par le général de Gaulle en 1944, n’ouvre pas la voie à l’indépendance des colonies françaises, mais à plus de modernisme et de libéralisme. La même idée préside à la mise en place de l’Union française prévue dans la Constitution de la IVe République. C’est le cadre dans lequel les territoires pourront évoluer soit vers l’assimilation soit vers l’autonomie. Après 1958, la France s’engage dans la décolonisation. La Belgique, après avoir espéré y échapper, suit.



    Le sort des colonies italiennes n’avait pas été réglé par le traité de paix avec l’Italie, qui entre en vigueur en septembre 1947. Mission en avait donc été donnée aux Nations unies. Un an plus tard, il n’y a toujours pas d’accord. Au printemps 1949, un compromis est mis au point par Ernest Bevin, ministre anglais des Affaires étrangères, et son homologue italien, le comte Sforza. Il prévoit l’accession de la Libye à l’indépendance, après un régime de tutelle partagée entre l’Italie, la France et l’Angleterre. Il confie la tutelle de la Somalie à l’Italie ; enfin il partage l’Érythrée entre l’Ethiopie et le Soudan. Mais le compromis Sforza-Bevin est rejeté par l’Assemblée des Nations unies en juin 1949, qui décide finalement de l’indépendance de la Libye avant 1952 et de celle de la Somalie après dix ans de tutelle italienne. Quant à l’Erythrée, elle serait fédérée à l’Éthiopie. La Libye accède à l’indépendance le 1er janvier 1951 et se choisit un régime monarchique, les Etats-Unis et surtout la Grande- Bretagne obtiennent d’y conserver leurs bases.

Le cas particulier de l’Amérique latine:

En Amérique, la guerre contribue à renforcer les liens entre les Républiques américaines, qui apportent plus ou moins leur contribution à la lutte contre les puissances de l’Axe, à l’exception de l’Argentine. A la conférence interaméricaine de Mexico (février-mars 1945) les États américains signent l’Acte de Chapultepec qui met en place un système de sécurité collective en Amérique. À la conférence de Rio de Janeiro (août-septembre 1947), ils signent le pacte de Rio, qui est un traité interaméricain d’assistance réciproque.
L’Union interaméricaine est renforcée par une charte de l’Organisation des États américains (OEA), signée le 30 avril 1948, qui groupe les vingt républiques américaines. Toutefois l’après-guerre amène un refroidissement entre les États-Unis et les pays latino-américains qui réclament l’évacuation des bases militaires installées sur leur territoire et souhaitent bénéficier d’un programme d’aide économique semblable au plan Marshall. L’arrivée au pouvoir en Argentine d’un régime militaire en 1944 et l’élection en février 1946 du colonel Peron à la présidence de la République (1946-1955) aboutissent à instaurer un régime inspiré de l’exemple fasciste et caractérisé par un populisme social aux accents nationalistes et anti-impérialistes. Du coup, les relations se tendent entre les États-Unis et l’Argentine.
Les républiques d’Amérique latine remettent aussi en question les possessions européennes (britannique, hollandaise, française). C’est le cas des îles Falkland sous domination britannique, revendiquées pat l’Argentine, du Honduras britannique, convoité par le Guatemala, et des départemenls français d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane). Des troubles secouent les pays d’Amérique latine où des nationalistes luttent pour l’indépendance économique de leurs pays et où des coups d’État éclatent, comme en mai I 951 au Paraguay (celui du général Stroessner) et des révolutions, comme au Guatemala en juin 1954.

La décolonisation au Proche et au Moyen-Orient:

Au Proche-Orient, les pays recouvrent peu à peu leur entière indépendance alors que la création de l ’État d’Israël, en 1948, et l’exploitation des richesses pétrolières provoquent déjà des crises sérieuses avec l’Occident.
La fin des mandats. Au Liban et en Syrie, la contestation des mandats confiés à la France par la SDN à la suite du démantèlement de l’Empire ottoman et les manigances des Anglais qui dominent la région contraignent les Français à stopper toute velléité de mainmise sur ces territoires et à promettre l’indépendance accordée au milieu de troubles très violents en mai 1945. Alors que l’armée française commence à riposter, la Grande- Bretagne lance un ultimatum à la France pour l’obliger à céder. Au mois d’août 1945, l’indépendance de la Syrie et du Liban est acquise, mais ce n’est ni de plein gré, ni avec enthousiasme. La pression des Anglais a été déterminante. De son côté, le Royaume-Uni a accordé successivement l’indépendance à l’Irak en 1930, à l’Égypte en 1936 (sous réserve de quelques positions au Caire, à Alexandrie et sur le canal de Suez) et à la Transjordanie en 1946 où la seule force armée valable est la Légion arabe dirigée par un officier britannique, Glubb Pacha.
La création de l’Etat d’Israël, est cependant à l’origine du problème essentiel. Né de la convergence d’une conviction millénaire – le retour à la Terre promise – et des idées de Theodor Herzl (1860-1904), le sionisme (retour à Sion = Jérusalem) amène les Juifs dispersés dans le monde entier à rejoindre ceux qui étaient demeurés en Palestine. La puissance de tutelle, la Grande- Bretagne, après avoir patronné l’idée d’un Foyer national juif par la déclaration Balfour (1917), est revenue à une politique proarabe, consistant à stopper l’émigration et à fractionner le territoire qui resterait sous influence anglaise, mais la Seconde Guerre mondiale joue un rôle d’accélérateur : la révélation du génocide renforce dans l’opinion publique la cause du sionisme et accélère l’arrivée des Juifs en Palestine, qui sont 553 000 en 1945 contre 1 240 050 Arabes. Un climat de guérilla se développe entretenu par les organisations juives contre les Anglais impatients de se débarrasser du fardeau. Aussi la question palestinienne est-elle soumise en 1947 à une commission d’enquête de l’Organisation des Nations unies qui recommande de constituer un État juif, un État arabe et d’internationaliser Jérusalem selon un plan de partage, accepté par les Juifs, mais rejeté par les Arabes.

  Sans attendre la réalisation du plan, la Grande-Bretagne décide de mettre fin à son mandat en mai 1948. Dès le 14 mai, les Juifs proclament l’État d’Israël, immédiatement reconnu par les États-Unis et l’Union soviétique. Aussitôt les armées arabes pénètrent en Palestine. Les opérations militaires (mai 1948-janvier 1949) tournent à l’avantage des Israéliens avec lesquels les Arabes concluent des armistices. Les accords de cessez-le-feu mettent un terme à la lutte armée, non à l’état de guerre. C’est le statu quo par rapport au plan de 1947, avec un tracé de frontières plus avantageux pour l’État d’Israël. Mais ces frontières ne sont que des frontières de fait. Jérusalem est partagée entre les Israéliens et les Transjordaniens, qui annexent la rive droite du Jourdain et constituent ainsi la Jordanie en 1950. L’Egypte annexe la bande de Gaza. En mai 1949, Israël est admis à l’ONU. La Ligue arabe refuse de reconnaître le fait accompli et conclut un pacte de défense entre pays arabes en avril 1950. Le problème de l’existence de l’État d’Israël se complique du problème des réfugiés arabes de Palestine qui ont fui la guerre et peuplent les camps dans des pays limitrophes. Dès cette époque se trouvent réunies les conditions d’un problème insoluble, aux rebondissements dramatiques.
L’instabilité politique. Face au nouvel homme fort, le roi Abdallah de Jordanie, la Syrie connaît une grande instabilité politique et semble hésiter entre une orientation pro-occidentale et une tentation neutraliste. L’assassinat du roi Abdallah le 20 juillet 1951 met fin au rêve de constituer une « Grande Syrie » autour de la dynastie hachémite. Afin d’apaiser les conflits du Proche-Orient, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne adoptent une position commune en mai 1950. Par une déclaration tripartite, ils décident de restreindre les ventes d’armes aux seuls pays qui s’engageraient à ne commettre aucune agression, et surtout ils garantissent le statu quo territorial.
L’enjeu pétrolier. Les rivalités, dues aux riches gisements de pétrole du Moyen-Orient, s’ajoutent aux problèmes politiques. Les États-Unis, par compagnies privées interposées, tentent de s’assurer une part de la production pétrolière de la région. Ils se heurtent aux intérêts britanniques. Les compagnies pétrolières, Y Irak Petroleum Company, YAnglo Iranian Company, le Kuwait OU Company et YAramco (en Arabie Saoudite), sont confrontées aux nationalismes, à l’occasion de la construction d’oléoducs destinés à ache¬miner le pétrole vers la Méditerranée ou de la négociation de conventions. Leurs profits sont considérables, puisqu’en 1950 l’Iran ne touche que 9 % de royalties de YAnglo Iranian OU Company. Or la situation est explosive dans le pays et le Premier ministre Mossadegh engage le combat. En mars 1951, sous la pression des milieux nationalistes, menés par Mossadegh, le parlement iranien décide de nationaliser les pétroles et en particulier les biens de YAnglo Iranian Company. Cette crise tourne à l’épreuve de force anglo-iranienne et à un conflit interne grave : Mossadegh est finalement arrêté le 24 août 1953. Les intérêts anglais et américains retrouvent leur assise dans un régime autoritaire sous la direction du Shah. Mais cette première bataille économique préfigure la crise de Suez.

  Le conflit anglo-égyptien. L’Egypte connait une poussée de fièvre. Les Anglais prennent en juin I948 l’initiative de favoriser l’accession à l’indépendance du Soudan, ce qui a pour effet d’y éliminer l’influence égyptienne. Par réaction, en octobre 1951, le gouvernement de Nahas Pacha décide de demander au Parlement l’abrogation du traité anglo-égyptien tir 1936 (qui devait rester en vigueur jusqu’en 1956) et la proclamation du roi Farouk, « roi d’Egypte et du Soudan ». L’Angleterre s’y oppose avec vigueur et envoie d’importants renforts dans la zone du canal, manifestant ainsi sa volonté de s’y maintenir. Les Etats occidentaux proposent à l’Égypte d’assurer la défense du canal par un organisme international commun auquel elle adhérerait. À la suite d’émeutes anti-britanniques au Caire en décembre 1951 et janvier 1952, la tension anglo-égyptienne est de plus en plus vive jusqu’à la décision du roi Farouk de remplacer Nahas Pacha par un Premier ministre plus conciliant (janvier 1952). Après le coup d’État d’un groupe d’officiers sous la direction du général Neguib, le roi Farouk abdique (28 juillet 1952), la monarchie est abolie et le général Neguib devient président jusqu’à son limogeage et son remplace¬ment par le colonel Nasser (printemps 1954). Le grand dessein de celui-ci est l’union des peuples arabes. Il réussit à signer avec l’Angleterre un traité définitif (19 octobre 1954) assurant l’évacuation des troupes britanniques. Il adopte un neutralisme anti-occidental et annonce sa volonté d’anéantir l’État d’Israël.

   Face à tous ces remous, la Grande-Bretagne soutient l’initiative de l’Irak et de la Turquie de conclure un traité « pour assurer la stabilité et la sécurité au Moyen-Orient» (24 février 1955). Au cours de la même année, le Pakistan (23 septembre) et l’Iran (3 novembre 1955) adhèrent au pacte de Bagdad. La Jordanie est l’objet de vives pressions pour s’y associer. L’Egypte de Nasser et l’Union soviétique protestent vivement contre le Pacte de Bagdad, que les Etats-Unis considèrent comme l’une des clés de leur système de défense.

La décolonisation en Asie:

La première phase de décolonisation (1945-1955)L’émancipation de l’Asie du Sud-Est est en partie une conséquence de la défaite japonaise. En 1945, seule la Thaïlande était indépendante. En quelques années, toutes les colonies, à l’exception des possessions portugaises de Goa et de Timor, deviennent souveraines. En 1957, dix nouveaux États sont nés. Cette émancipation provient du sentiment nationaliste et anti-européen, des promesses faites pendant la guerre par les occupants japonais comme par les puissances européennes, et des encouragements américains. La décolonisation de l’Asie du Sud-Est se fait dans la violence et n’aboutit pas à une stabilité totale.
L’Inde avait depuis longtemps un mouvement nationaliste très organisé, le parti du Congrès créé en 1886. Pendant la guerre, alors que l’expansion japonaise menace l’Inde, le chef du parti du Congrès, Nehru, demande l’indépendance immédiate et souhaite la participation de l’armée indienne à la lutte

contre le lapon A la fin de la guerre, le nouveau premier ministre travailliste. Attlce, est liés favorable a l’octroi de l’indépendance, mais la décolonisation est compliquée par le fait que l’inde est une mosaïque de races et de religions d’où émergent un groupe hindou et un groupe musulman le parti du congrès souhaite le maintien de l’unité indienne. Regroupés dans la « lingue musulmane », les musulmans ne veulent pas se retrouver minorité religieuse et poli tique dans une Inde dominée par le parti du Congrès et ils réclament la création d’un Pakistan indépendant. Les incidents deviennent de plus en plus violents en août 1946 et dégénèrent en une véritable guerre civile. Confrontés à une impasse, les Anglais décident en février 1947 d’évacuer l’Inde.
Lord Mountbatten, vice-roi des Indes, est chargé de la mission d’acheminer le pays à l’indépendance (août 1947), en y favorisant la partition : d’un coté, l’Inde, État laïque, de l’autre, le Pakistan, État religieux musulman, formé du Pakistan occidental, le Pendjab, et du Pakistan oriental, partie est du Bengale. Les deux États indépendants s’associent au Commonwealth.
L’Inde réclame aussitôt la rétrocession des enclaves étrangères, portugaise (Goa) et françaises (Pondichéry, Yanaon, Karikal, Mahé et Chandemagor). Le Portugal refuse. La France attend 1954 pour céder ses comptoirs à l’Inde. Les Pakistanais réclament le contrôle du territoire frontalier du Cachemire attribué à l’Inde. Une guerre en 1947-1948 aboutit à une ligne de démarcation, théâtre de futurs conflits territoriaux. Quant au Tibet, à l’autonomie duquel tenait l’Inde, la Chine populaire en prend le contrôle total en 1950.
Occupée par les Japonais pendant la guerre, la Birmanie obtient du Royaume-Uni son indépendance le 4 janvier 1948 et refuse d’entrer dans le Commonwealth. Le nouvel État est en proie à la guerre civile menée à la fois par les communistes et par les populations Karen qui réclament leur autonomie. Très ancienne colonie espagnole, attribuée en 1898 aux États-Unis à la suite de la guerre hispano-américaine, et occupées par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, les Philippines deviennent indépendantes le 4 juillet 1946 et accordent des concessions économiques et des bases aériennes et navales aux États-Unis pour une durée de 99 ans.
Pour l’Indonésie, la Seconde Guerre mondiale joue un rôle décisif. Le parti nationaliste indonésien du Docteur Soekarno n’hésite pas à collaborer avec les Japonais qui lui accordent l’indépendance.

La reprise en main par les Hollandais est difficile. Ils créent en 1947 une Fédération d’Indonésie, comprenant le territoire de Java, dirigé par des Indo- Mcsirns, les autres territoires étant dominés par les Hollandais. La rupture mu vient en 1948 après de nombreux incidents et l’échec de l’insurrection communiste à Java. La Haye croit alors le moment venu de reprendre le i mit rôle du pays, mais après avoir engagé le combat, les Hollandais – sur la pression des Américains, des Anglais et des Nations unies – doivent accepter I indépendance totale de l’Indonésie. Le 27 décembre 1949, La Haye abandonne toute souveraineté sur ce qui étaient les Indes néerlandaises à l’exception de la partie ouest de la Nouvelle-Guinée, revendiquée par les Indonésiens et cédée en 1962 par les Hollandais.

En Indochine, aussi, l’occupation japonaise a été décisive. Le 9 mars 1945 les Japonais liquident en effet les restes de l’administration française. Le I I mars 1945, l’indépendance du Viêtnam est proclamée et aboutit à la création d’un gouvernement de coalition dirigé par Hô Chi Minh qui proclame la République. L’empereur Bao Dai reconnaît cette République, mais préfère quitter le territoire. Dès la fin de la guerre, le général de Gaulle décide de constituer une force expéditionnaire, confiée au général Leclerc, pour reprendre pied en Indochine, évacuée par les Japonais et occupée au nord par les Chinois, au sud par les Anglais. Les difficiles négociations entre Français et Vietnamiens aboutissent le 6 mars 1946 à un accord permettant aux troupes françaises de réoccuper le Tonkin. En contrepartie, la France reconnaît la république du Viêt-nam qui devrait comprendre les trois régions : le Tonkin au nord, l’Annam au centre, la Cochinchine au sud. La Fédération des États indochinois, comprenant le Viêtnam, le Cambodge et le Laos, serait associée à l’Union française. Mais la mise en œuvre de cet accord est difficile. L’amiral Thierry d’Argenlieu, nommé haut-commissaire en Indochine, érige la Cochinchine en République indépendante sous la tutelle française. Cependant, en septembre 1946, Hô Chi Minh et le gouvernement français signent les accords de Fontainebleau. Sur place, en Indochine, la situation s’aggrave brusquement après des incidents à Haiphong et le bombardement de la ville par la marine française. Le 19 décembre 1946, une guerre commence, qui va durer près de huit ans ; la France constate qu’elle ne peut pas imposer le retour pur et simple à la situation d’avant-guerre, si bien que par les accords de la baie d’Along elle met en place en juin 1948 un État vietnamien, avec à sa tête l’empereur Bao Dai, et auquel elle promet l’indépendance totale.

A partir du déclenchement du conflit de Corée, la guerre d’Indochine devient un autre front de la guerre idéologique entre l’Ouest et l’Est. En janvier 1950, Hô Chi Minh obtient la reconnaissance diplomatique de son gouvernement par Moscou et Pékin, qui lui apporte une importante aide militaire. En octobre 1950, les forces franco-vietnamiennes subissent un grave revers, ce qui prouve la montée en puissance du Viêtminh. De son côté, l’armée française, commandée par le général de Lattre de Tassigny et puissamment aidée sur le plan matériel et financier par les Américains, redresse un temps la situation.

Mais la position militaire franco-vietnamienne ne tarde pas à s’aggraver en raison du renforcement du ViêtMinh et de la décision du Haut Commande-ment français d’organiser dans le Tonkin occidental, à Diên Biên Phû, un centre de résistance que l’armée viêtminh attaque en mars 1954. Pendant les cinquante-six jours de combat, l’intervention directe des États-Unis d’abord envisagée est ensuite écartée.
Alors qu’une conférence se réunit à Genève pour discuter de la paix en
Corée (après l’armistice de Pan-Mun-Jon de 1953) et d’un armistice en Indochine, survient la nouvelle de la chute de Diên Biên Phû, le 7 mai, qui accélère le processus de paix. Les négociations piétinent à Genève à propos de la ligne d’armistice entre le Sud et le Nord et sur la date des élections qui devaient permettre la réunification du Viêtnam. Finalement, un armistice est signé le 20 juillet 1954 qui divise l’Indochine en deux le long du 17e parallèle : le Viêtnam du Nord où dominent les communistes, le Viêtnam du Sud où règnent les nationalistes menés par Ngô Dinh Diêm et soutenus par les Américains, dont l’influence se substitue à celle de la France. Les troupes françaises doivent évacuer l’Indochine dans un délai de quelques mois et des élections être organisées dans un délai de deux ans, pour envisager une réunification du Viêtnam. Après la’Corée et l’Allemagne, un nouveau pays est divisé par une frontière idéologique, le « rideau de bambou ». C’est aussi la source de nouveaux conflits car les États-Unis sont décidés à soutenir Ngô Dinh Diêm, qui élimine bientôt l’empereur Bao Dai à la faveur d’une consultation populaire. Pour la France, c’est à la fois la fin du boulet indochinois et le terme mis à une présence de près de trois quarts de siècle dans cette région du monde, car les accords de Genève sanctionnent la victoire d’un mouvement révolutionnaire sur une puissance européenne et ouvrent la voie à la décolonisation du second grand empire colonial.

Enfin, à l’occasion de la conférence de Genève, la Chine apparaît comme une puissance avec laquelle il faut compter en Asie. Les accords sino-soviétiques (signés le 12 octobre 1954) et les bombardements des îles côtières de Formose (septembre 1954) attestent du réveil chinois.
Sous la direction de Nehru, l’Inde s’efforce de jouer un rôle mondial et de prendre la tête du neutralisme et de l’anti-colonialisme. Tout en restant dans le Commonwealth, elle rejette l’aide militaire américaine le 1er mars 1954, condamne formellement les pactes, l’OTASE et le pacte de Bagdad, et fidèle à la doctrine de Gandhi, elle met son point d’honneur à ne pas employer la force. Elle obtient la cession des cinq comptoirs français de l’Inde dont le rattachement est opéré le 1er novembre 1954, mais elle se heurte au refus du Portugal de céder Goa. L’active politique extérieure de l’Inde se manifeste par les nombreuses rencontres entre Nehru et Chou en-Lai (juin 1954, novembre 1956) et surtout celles entre Nehru et les dirigeants soviétiques, qui favorisent de tout leur poids le « neutralisme » indien et l’axe neutraliste autour de Nehru, Tito et Nasser.
Même si la confrontation entre les deux blocs persiste, le rôle des nouveaux Etats et leur volonté de dépasser la bipolarisation et la guerre froide amènent à une autre conception des relations internationales. La confrontation continue, mais la guerre froide fait progressivement place à la coexistence pacifique.

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