Le XIXe siècle le renforcement de la différence des sexes :Sphère privée/sphère publique

Accueil » Histoire » Le XIXe siècle le renforcement de la différence des sexes :Sphère privée/sphère publique écrit le: 26 décembre 2012 par admin

La suppression du divorce :

Les théories traditionalistes, la politique d’alliance du trône et de l’autel renforcent le mouvement antidivorciaire, dominé par les catholiques qui voient dans le mariage un sacrement indissoluble. Député, Bonald accuse le divorce d’affaiblir l’autorité maritale, d’accorder trop de place aux sentiments, notamment à l’amour, générateur de désordre pour la famille et F État. La suppression du divorce est votée en 1816.

,

Le mariage, destinée des femmes :

Une destinée programmée :

Dès la plus tendre enfance, la fillette sait que sa destinée se confond avec le mariage et la maternité. Contes, jeux, éducation œuvrent à lui faire intégrer ce modèle. Dans la seconde moitié du siècle, le poupon, médiateur éducatif, détrône les poupées coquettes, figurines de la bourgeoise élégante. Avec l’âge pubère qui rend les jeunes filles « bonnes à marier » débute le temps de l’attente. La communion, en toilette, paraît préfigurer le mariage et donne à voir a la communauté masculine des adolescentes à la blancheur virginale, enrubannées pour séduire. La pratique de la marquette – le marquage en rouge de ses initiales (couleur du sang menstruel qui fait de la fille une femme en devenir) -, si fréquente, la coutume campagnarde de passer l’hiver de ses quinze ans chez la couturière pour y faire son trousseau sont aussi des rites de passage qui soulignent l’objet de l’attente.

Manuels de civilité et traités d’éducation, destinés surtout aux filles dites de bonne famille, rivalisent de conseils et de méthodes aux mères qui doivent former la jeune fille idéale, embryon d’épouse et de mère parfaites, en lui transmettant des savoir-faire adaptés au milieu social et aux bienséances, qui ordonnent aux femmes de la bourgeoisie de savoir tenir leur rang et leur rôle et à celles des classes populaires de tenir leur ménage. Ils ne pensent pas les femmes hors du foyer et font montre d’une belle ignorance de la réalité quotidienne des femmes du peuple. Ces pratiques, plus que les préceptes du Code civil, imposent le modèle de l’épouse et de la mère comme le seul pensable et acceptable. Si bien des demoiselles, que les peintres dessinent éthérées, semblent attirées, sous l’influence de leur éducation religieuse, par une mort précoce, promesse de pureté étemelle, nombreuses sont celles qui partagent les rêves d’une Emma Bovary (1856). Aussi le temps qui passe est-il source d’angoisse. Dans la bourgeoisie, après la troisième saison de bal, la jeune fille est regardée comme une laissée-pour-compte. En milieu populaire, où le retard au mariage est souvent une pratique de contraception détournée, la Sainte-Catherine permet aux jeunes filles en mal de mari de faire une dernière fois la fête, tout en coiffant le symbole de leur infortune. La rudesse de l’expression « laissée-pour- compte », les caricatures des vieilles filles, l’incontournable Cousine Bette ( 1846) de Balzac stigmatisent les femmes seules, restées filles donc. Par la seule force de l’âge, le jeune garçon devient jeune homme, puis homme. MC-me vieux garçon, sa virilité est rarement mise en cause; on le suppose appartenir à une sociabilité masculine qui ne déteste pas la paillardise. La fille devient jeune fille par la menstruation, mais elle n’accède au statut de femme que par le mariage. À l’homme, on sert du monsieur quelle que soit sa situa- lion matrimoniale, à la femme non mariée, on donne du fille ou du mademoiselle comme au temps de son enfance. Une maternité hors mariage lui vaut d’être appelée fille mère, terme qui véhicule mépris et rejet.

Une destinée organisée :

L’enseignement participe à cette formation des filles à leur destinée : cours de cuisine et de couture, cours ménagers pour les filles des milieux populaires, cours d’art d’agrément – danse, piano, broderie… – dans les milieux aisés. Les demoiselles sont élevées dans l’ignorance de leur corps – les premières règles sont parfois vécues de façon traumatique – et de la sexualité, afin de préserver la pureté morale et la virginité – dont l’exaltation est renforcée par la promulgation en 1854 du dogme de l’immaculée Conception, précepte que ne partagent pas les protestants. L’urbanisation et l’industrialisation favorisent l’ignorance en éloignant les jeunes filles du spectacle initiateur de la sexualité des animaux. Les lectures interdites, les confidences de plus grandes, les appels du corps tus limitent la réussite de ces projets. Les rares confidences des jeunes bourgeoises qui rédigent dans la nouvelle intimité de leur chambre des journaux, conviées par les religieuses des écoles et pensionnats à cette introspection morale pour se conformer aux principes chrétiens, poussées aussi par le besoin de se dire en ces temps d’adolescence (le mot n’est pas alors usité), les font apparaître moins prisonnières de cette éducation convenue que ne le souhaitent les parents.

,

Une répartition sexuée de l’espace :

Une géographie sexuée de l’espace se dessine. Les réunions politiques, intellectuelles, militaires sont le domaine des hommes ; bars et cafés, salles de billard et clubs ne sont pas fréquentables par des femmes de bonne moralité, si ce n’est, parfois, accompagnées. Le développement du sport ne concerne en ses débuts que les hommes, dont il valorise la virilité musclée. La sociabilité féminine a aussi ses lieux. La circulation des femmes du peuple privilégie la rue, le marché et le lavoir; les femmes des classes aisées se retrouvent surtout à l’église, au salon de thé, à leurs bonnes œuvres, et dans les grands magasins dans la seconde moitié du siècle. L’église est bien davantage un lieu féminin que masculin : l’entreprise de rechristianisation que mène le clergé s’appuie sur les femmes, et ce depuis le Consulat et l’Empire, qui n’étaient pas opposés à l’emprise de l’Église sur la société et en particulier sur les femmes. L’Eglise catholique compte sur elles pour transmettre la foi et assurer l’éducation chrétienne des futures générations, elle confère ainsi aux femmes un rôle majeur, et donc un pouvoir spirituel, auxquels elles se montrent très attachées.

← Article précédent: Le XIXe siècle le renforcement de la différence des sexes : Légaliser l'infériorité féminine Article suivant: le quotidien des femmes au XIXe siècle : Le maintien de la tradition paysanne


Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles de tout le site