Les premières années de la présidence Chirac (1995-1999)

> > Les premières années de la présidence Chirac (1995-1999) ; écrit le: 13 avril 2012 par La rédaction


L’élection présidentielle de 1995

Après le plus long« règne »républicain de son histoire les deux septennats de Mitterrand, 1981-1995 la France vote, et pour un président qui, norma­lement, devra être encore à l’Elysée au début du XXIe siècle.

 Les annonces des candidatures

Les différentes candidatures avaient été annoncées ou le furent par Le Pen en septembre 1994, Robert Hue le 21 septembre 1994, Brice Lalonde le 14  octobre 1994, Dominique Voynet le 20 octobre 1994, Lionel Jospin le 1   janvier 1995, Philippe de Villiers le 8, Antoine Waechter le 8 aussi, et Édouard Balladur le 18 janvier 1995. Lionel Jospin est investi par le congrès du Parti socialiste le 5 février 1995. Le 21 mars 1995, interrogés par Le Monde, tous les candidats à l’élection présidentielle, à l’exception de Le Pen, font connaître le montant de leurs ressources, ainsi que la contribution fiscale qu’ils ont acquittée en 1994.

Les candidats définitifs sont : Philippe de Villiers (Mouvement pour la France), Le Pen (FN), Jacques Chirac (RPR), Ariette Laguiller (Lutte ouvrière), Jacques Cheminade (Fédération pour une nouvelle solidarité), Lionel Jospin (Parti socialiste), Dominique Voynet (Verts), Édouard Balladur (RPR), Robert Hue (Parti communiste). On vérifiera par la suite que le nombre d’indécis est chez les électeurs resté considérable jusqu’à la dernière minute.

Le premier tour (23 avril 1995)

Il   y a 21,62 % d’abstentions, soit le plus fort taux d’une présidentielle (à l’exception de celle, très particulière, de 1969). Lionel Jospin, contre toute attente, arrive en tête, avec 23,30 % des suffrages exprimés (20,84 % à Jacques Chirac. 18.58 % à Édouard Balladur. 1 5 % à lean-Marie T ,e. Pen 8 A4 % à Rohert

La droite est massivement dominante, mais divisée ; la gauche est largement minoritaire, mais présente pour le second tour ; inespéré, le résultat du candidat socialiste le place dans un position comparable à celle du PS en mars 1986. Le pari de Jospin est réussi, les déceptions de Chirac et de Balladur sont grandes, Robert Hue, plus populaire à l’extérieur qu’à l’intérieur de son parti, n’a pas réussi à égaler le score communiste des législatives de 1993. Le FN remporte le meilleur score de son histoire, dépassant le score de la présidentielle de 1988, son candidat est en tête dans sept départements et accroît son audience dans toute la partie Est du pays, et singulièrement dans la région lyonnaise. Le Pen apparaît en position d’arbitre pour le second tour.

Le second tour (7 mai 1995) et ses suites

Pour le second tour, Chirac obtient le concours de Balladur et de ses amis. Grâce à un bon report des voix de droite et d’extrême droite, Chirac, avec 52,64 % des voix contre 47,36 % à Jospin, remporte le second tour de la prési­dentielle, qui est marqué par 20,33 % d’abstentions et 5,97 % de bulletins blancs ou nuls. Le candidat socialiste a largement amélioré le potentiel de la gauche. Le 14, le Journal officiel publie, conformément à la loi, la liste des biens détenus par le nouveau Président, dont le patrimoine s’élève à 8,3 millions de francs.

Le 17, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Balladur, est nommé Premier ministre. Le 18, la composition du nouveau gouvernement est annoncée : 43 membres (outre Juppé), dont 12 femmes, 26 ministres, deux ministres délégués, 14 secrétaires d’Ètat, respect de l’équilibre RPR-UDF.

Le 11 juin 1995, a lieu le premier tour des élections municipales, marqué par une abstention record (30,58 %) ; il confirme l’implantation du FN, qui peut maintenir ses listes pour le second tour dans 116 communes de plus de 30 000 habitants, dont 18 villes (sur 34 hors Paris) de plus de 100 000. La droite parle­mentaire ne bénéficie d’aucun « effet Chirac », tandis que la gauche, qui détenait la majorité des villes de plus de 30 000 habitants, résiste et, parfois, progresse. Le 18, le second tour des élections municipales est marqué par 32 % d’abstentions, et le maintien des candidats FN entraîne de nombreuses triangu­laires. Il amplifie le mouvement du premier tour et traduit un gain pour le FN d’une ville de plus de 100 000 habitants — Toulon —, d’une de plus de 30 000  Marignane —, et d’une de plus de 15 000 — Orange6 —, tandis qu’il échoue à Vitrolles (où il avait obtenu 43 % des suffrages exprimés au premier tour), Dreux et Noyon, et qu’un transfuge du FN, Jacques Peyrat, l’emporte à Nice, sous l’étiquette « divers droite ». À Paris, le RPR essuie un échec en perdant six arrondissements de l’est parisien.

Les deux gouvernements Juppé (1995-1997)

Le ministère Juppé va être largement dominé par les imprévus, de toutes sortes, et le vaste mouvement social de la fin de l’année 1995 démontre l’acuité de la question sociale en cette fin de siècle et la large indifférence de l’opinion publique envers les questions politiques.

 Les « affaires », anciennes et nouvelles

Henri Emmanuelli est le 15 mai 1995 condamné à un an de prison avec sursis dans le cadre de l’affaire Urba-Sagès. Jacques Médecin est le 16 mai 1995 condamné à deux ans de prison ferme. Il est de plus le 3 août 1995 condamné .1 trois ans et demi de prison ferme dans l’affaire de la Serel, mais est remis en liberté le 27 septembre 1995. Il mourra en 1998.

Le 14 juin 1995, Le Canard enchaîné révèle que les deux enfants du vraisem­blable nouveau maire de Paris, Jean Tiberi, sont logés, l’un dans un appartement à caractère social, l’autre dans un appartement du domaine privé de la Ville de Paris, alors même qu’ils ont reçu de leurs parents, en donation-partage, des appartements qu’ils maintiennent en location. Le 25 juin 1995, Jean Tiberi, député RPR de la capitale et premier adjoint, est élu par le Conseil de Paris maire, au poste dont Chirac a démissionné le 16 mai. Le 28, Le Canard enchaîné révèle que le fils du Premier ministre, Laurent Juppé, bénéficie depuis 1993 d’un appartement de la Ville de Paris, dans lequel la Ville a effectué des travaux et dont le loyer a été baissé à la demande d’Alain Juppé, alors adjoint au maire de Paris chargé des finances. Le 4 juin 1996, la police perquisitionne au siège de l’Office HLM de Paris, pour vérifier la gestion de J. Tiberi. Le 5 mars 1997, celui-ci rend publique sa mise en examen pour recel de détournement de fonds publics dans l’affaire de la rémunération de son épouse par le conseil général de l’Essonne.

Bernard Tapie est condamné en appel à deux ans de prison, dont huit mois ferme (affaire OM-VA, 28 novembre 1995). Il comparaît le 4 avril 1996 devant la justice pour l’affaire du Phocéa, l’homme d’affaires est prévenu d’abus de biens sociaux et de fraude sociale. Le 31 mai 1996, il est condamné une deuxième fois, à 18 mois d’emprisonnement dont six ferme, pour fraude fiscale dans l’affaire du Phocéa.

Le 9 juillet 1996, Alain Carignon, ancien maire de Grenoble et ancien ministre, président RPR du conseil général de l’Isère, est reconnu coupable de corruption par la cour d’appel de Lyon. Il est incarcéré à la prison de Ville- franche-sur-Saône.

 Les succès, les ruptures et les remaniements

Le 25 août 1995, le Premier ministre annonce qu’il a accepté la démission présentée par Madelin ; il justifie cette éviction par sa volonté de privilégier la « justice sociale ». Le lendemain, Alain Madelin7 est remplacé à Bercy par Jean Arthuis.

La majorité remporte un succès aux élections législatives partielles des 17 et 24   septembre, et Edouard Balladur est élu député. Le RPR reste dominant aux élections sénatoriales du 24, mais le Parti socialiste gagne 8 sièges (dont Michel Rocard et Robert Badinter ).

Le 7 novembre 1995, il est procédé à un important remaniement ministériel, donnant naissance au gouvernement dit « Juppé II ». Le nouveau gouverne­ment n’a que 32 membres, dont 4 nouveaux, contre 42 dans l’équipe précé­dente avant le limogeage de Madelin. Cette équipe resserrée perd l’essentiel des lemmes (8 sur 12) que comptait la première et la composante balladurienne est renforcée. Le retour d’un grand ministère des Affaires sociales, confié à Jacques liarrot, symbolise la simplification. Le gouvernement Juppé II se donne pour priorités la réforme de la Sécurité sociale et la réduction des déficits. Les femmes sont les premières victimes du remaniement ministériel donnant naissance au gouvernement « Juppé II ».

Les partis

L’UDF se dote le 1er juillet d’un nouveau mouvement, le Parti populaire de la Démocratie française (PPDF), qui prend le relais des clubs giscardiens « Pers­pectives et Réalités ». Hervé de Charette en est le délégué général. Lionel Jospin est élu premier secrétaire du Parti socialiste le 14 octobre 1995. Le lendemain, Alain Juppé est élu président du RPR avec 92,61 % des mandats. Giscard perd la présidence de l’UDF le 31 mars 1996, au profit de François Léotard.

 Les initiatives présidentielles et leurs conséquences

À l’occasion du 53e anniversaire de la rafle du Vel’d’Hiv (16 juillet 1995), Chirac reconnaît les « fautes commises par PÉtat » dans la déportation des juifs de France au cours de la Seconde Guerre mondiale et l’existence d’une « dette imprescriptible » à leur égard.

Le parlement réuni en congrès à Versailles adopte le 31 juillet 1995, par 674 voix contre 178 la révision de la constitution, voulue par Chirac et portant extension du champ d’application du référendum, instituant une session parle­mentaire ordinaire unique de neuf mois et modifiant le régime de l’immunité parlementaire.

Le 21 avril 1997, Chirac annonce soudainement la dissolution de l’Assem­blée nationale, le premier tour des élections législatives étant fixé au 25 mai, le second au 1er juin. L’opération ressemble à celle que de Gaulle choisit en 1962 puis en 1968 pour asseoir son pouvoir, la première fois avec succès, la seconde marquant le début de la fin de son règne. À la date du 21 avril, il y a au Palais Bourbon (577 sièges) 24 députés PC, 56 PS, 206 UDF et 258 RPR.

Désaveu sans précédent pour la droite parlementaire, le premier tour la voit atteindre son plus bas niveau depuis le début de la Ve République (36,16 % des suffrages, huit points de moins qu’en 1993). Avec 44,28 %, la gauche, alliée aux Verts, obtient un résultat inespéré. La progression du FN (14,94 %) lui permet de se maintenir dans 133 circonscriptions. Le PC ne fait que frôler la barre des 10  % (9,91 %). Le corps électoral a rejeté Alain Juppé — c’est la revanche des événements de décembre 1995 — et donné un avertissement considérable à Chirac : un « effet boomerang » (Patrick Jarreau) par rapport au pari de la

Aux élections législatives de 1997, la gauche «plurielle» —l’adjectif est employé pour la première fois par Lionel Jospin entre les deux tours, l’expression est immédiatement utilisée par la rédaction du Monde et reprise par l’opinion — obtient 48,36 % des voix et 319 députés contre 46,04 % des voix et 257 élus pour la droite. Le PS (38,85 % des voix, 245 sièges) n’a pas la majorité absolue sans les 37 élus communistes (3,76 % des voix). Avec 8 élus, les écologistes ( 1,62 % des voix) entrent pour la première fois à l’Assemblée, où 62 femmes ont été élues, soit deux fois plus que dans la précédente législature et, pour la première fois sous la VL République, plus du dixième des députés. Le PS double le nombre de ses élus dans 44 départements, son troisième succès électoral depuis 1981 est d’autant plus significatif qu’il n’intervient pas, cette fois-ci, au lendemain d’une élection présidentielle gagnée. Mais la majorité reconquise par le PS et ses alliés tient, pour une large part, au mode de scrutin majoritaire : si les élections avaient eu lieu à la proportionnelle, la droite classique aurait été dépassée par le PS, mais elle aurait eu la majorité avec le FN. C’est bien là un des problèmes politiques majeurs qui se pose au lendemain de cette élection !

L’échec de la dissolution ouvre une crise à droite, où le RPR est le principal perdant, avec 23,65 % des voix et 140 sièges, contre 20,98 % des voix et 109 élus à l’UDF. La droite est menacée d’implosion après une défaite qu’elle n’avait pas prévue et dont l’ampleur est humiliante : ainsi, sept ministres sont battus.

La plus longue des cohabitations, 1997-2001

Une nouvelle cohabitation s’ouvre, elle est inversée par rapport à celles de la présidence Mitterrand, et Jacques Chirac fait aussitôt appel à Lionel Jospin pour former le gouvernement.

Le gouvernement Jospin

L’homme de la synthèse socialiste, qui a engagé la rénovation de son parti, recueille les fruits de sa ténacité. Le PCF accepte de participer à nouveau au gouvernement. La nouvelle équipe est ramassée : quatorze ministres, deux ministres délégués et dix secrétaires d’État. Elle compte, outre les socialistes, trois communistes, trois radicaux-socialistes, un membre du Mouvement des Citoyens (MDC) et un des Verts ; elle comprend huit femmes. Martine Aubry (PS) est ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Elisabeth Guigou (PS) de la Justice, Claude Allègre (PS) de l’Éducation nationale, Jean-Pïerre Chevènement (Mouvement des Citoyens, MDC) de l’intérieur, Hubert Védrine (PS) des Affaires étrangères, Dominique Strauss-Ivahn (PS) de l’Économie, des Finances et de l’industrie, Dominique Voynet (Verts) de l’Environnement, Catherine Trautmann (PS) de la Culture, Marie-George Buffet (PCF) de la Jeunesse et des Sports, etc.

Très vite la décision d’abandonner le projet de canal Rhin-Rhône est prise. Le 25   octobre 1998, les Verts approuvent la participation au gouvernement et Le 28 juillet 2000, l’Assemblée de Corse approuve les propositions du gouvernement pour l’avenir de l’île : investissements publics sur quinze ans, décentralisation de nouvelles compétences, ouvrant la voie à un transfert de pouvoir législatif, d’abord encadré par le Parlement, un seul département pour l’ensemble de la Corse. Cet accord provoque le 28 août la démission de Jean- Pierre Chevènement. Le 31 août 2000, le ministre des Finances, Laurent Fabius, présente un plan de baisse des impôts, qui suscite de nombreuses réserves à gauche et provoque de nombreuses manifestations parmi les professions utilisant la gazole, à cause de l’insuffisance des mesures destinées à lutter contre la hausse de son prix.

Le 18 octobre 2000 un remaniement ministériel est opéré. Martine Aubry, qui a décidé de se consacrer à la mairie de Lille, est remplacée au ministère de l’Emploi et de la Solidarité par Elisabeth Guigou. Marylise Le Branchu devient ministre de la Justice et le député socialiste François Patriat se voit confier les PME.

 Le « roman noir » de la droite

La défaite électorale pose, une fois de plus, la question des rapports entre les partis de droite ; une nouvelle fois, le mythe de l’unité de la droite renaît ; encore iine fois celui de la rénovation du parti gaulliste reparaît. Philippe Séguin devient le nouveau chef du RPR : pour beaucoup de militants c’est en même temps rassurant et décevant. En août 1997, à nouveau, les dirigeants du RPR et de l’UDF récusent toute fusion de leurs mouvements. Le parti gaulliste s’oriente donc vers une « refondation », selon le terme de Séguin.

Pour les régionales de 1998, la droite se présente en ordre dispersé, trois listes. Encouragé pour l’heure par Jacques Chirac, Philippe Séguin mène la liste officielle RPR, François Bayrou conduit une liste UDF indépendante, pas décisif vers la constitution d’un parti plus unifié que l’ancienne confédération et bien tenu par lui en main, et Charles Pasqua une liste RPR dissidente, orthodoxe et anti-européenne ; après avoir un bref temps cherché des alliés à gauche, Pasqua trouve un allié de poids et de raison en la personne de Philippe de Villiers, prési­dent du Mouvement pour la France.

14   mars 1998. Élections régionales. Deux électeurs sur cinq n’ont pas voté (abstention record pour un scrutin régional, 42 %), la gauche plurielle (36,48 %) recule de 5,77 points par rapport à 1997 (législatives), mais elle obtient la majo­rité des sièges dans 10 régions, absolue en Limousin, relative ailleurs. Dans 12 régions, la gauche a plus d’élus que la droite. L’extrême gauche (4,38 %) obtient pour la première fois des sièges. La droite (35,85 %) et le Front national (FN,

%) sont stables, la droite ayant la majorité absolue en Pays de Loire et rela­tive dans 6 régions. Cette situation d’équilibre incruste le FN dans le paysage politique, le FN est même défini par Jean-François Mancel, ancien secrétaire général du RPR, comme « une partie de la droite de demain ». De plus, au lende­main des élections régionales, Charles Millon, UDF, forme une majorité au conseil régional de Rhône-Alpes, avec les élus FN, alors que, après avoir conclu des accords « techniques » avec le Front national au moment des régionales de I 1986 et des législatives de 1988, Jean-Claude Gaudin, quant à lui, le président du J conseil régional de la région PACA, avait rompu avec le parti d’extrême droite en 1992. Scandale à Lyon, au contraire, en 1998, d’autant plus, que comme l’.i l.m remarc|ucr l’historien René Rémond, c’est en l’espèce la droite libérale, d’habi tude la moins tentée, qui s’est alliée aux extrémistes. C Certes, cet épisode ne durci a pas (voir plus loin), mais il va marquer durablement l’histoire politique et les consciences. En outre, en Languedoc-Roussillon, Jacques Blanc, UD1;, est élu président au premier tour avec les voix du FN, c’est ensuite le cas, au bout de plusieurs tours de scrutin, des présidents de trois autres régions, Bourgogne (Jean-Pierre Soisson, UDF), Centre (Bernard Harang, UDF-DL) et Picardie (Charles Baur, UDF-FD). C’est le triomphe de la stratégie de Bruno Mégret, le délégué général. L’attitude ses élus — on songe à la « petite popote » évoquée jadis par de Gaulle — provoque une cassure au sein de l’UDF, sonne le glas îles rêves d’union des partis de droite et prépare l’arrivée en ordre dispersé aux élee tions européennes du début de 1999. L’UDF —fondée en 1978 par Giscard, alors président de la République, dans l’optique de faire pièce au RPR — se casse en deux sur la question du FN, les deux pôles étant Alain Madelin (Démocratie libérale), qui refuse de sanctionner les présidents de régions élus avec les voix de l’extrême droite, et François Bayrou (France démocrate), qui appelle à la création d’un parti politique nouveau. Ces événements provoquent en outre de vastes mobilisations de l’opinion contre le FN et contre l’alliance entre droite et extrême droite, notamment dans la région Rhône-Alpes.

Par contre, Ile-de-France et PACA passent à gauche. Le second tour des élec­tions cantonales a lieu le 22 mars : la gauche bénéficie de la crise à droite, qui réalise sa plus mauvaise performance depuis la guerre. La gauche réalise sa meilleure implantation sous la Ve République : elle ne présidait que vingt conseils généraux en métropole, elle est majoritaire dans trente. L’onde de choc provoquée par la dissolution de l’Assemblée nationale n’est pas achevée : elle aboutit à un véritable ébranlement de la droite française. Quant au FN, il ne parvient pas à s’implanter dans les conseils généraux. Mais la gauche va adopter un profil bas dans les régions qu’elle a conquise, à cause de la majorité relative dont elle dispose : à quelques nuances près la continuité l’emportera sur la « rupture ».

En mai 1998 a lieu le lancement, huit ans après son invention, de l’« Alliance », union entre RPR, DL (Démocratie libérale) et FD (France démo­crate), association qui ne sera guère qu’un éphémère slogan et dont le résultat le plus clair sera de tuer l’UDF.

En septembre 1998, Jacques Chirac tente d’organiser la droite, s’appuyant sur une nouvelle génération de députés RPR, sur des centristes et sur des « libéraux », cherchant à contrer les ambitions personnelles de Philippe Séguin. Le 1er octobre 1998, le RPR Christian Poncelet, protégé de Chirac, succède à René Monory à la présidence du Sénat. Ancien garagiste devenu ministre, cas d’ascension sociale plutôt rare sous la Ve République, René Monory a été, comme son prédécesseur Alain Poher, rattrapé par son âge. Les centristes se voient donc évincés de la direction du Sénat, et François Bayrou, président de l’UDF, dénonce aussitôt le « coup sérieux » porté à l’Alliance. Ce ne sera pas le dernier. Le 11 novembre 1998, Chirac ne fait pas fleurir la tombe de Pétain, 8 Le 7 novembre 1991, Gaston Monnerville, président du Sénat de 1948 à 1968, était mort  avec une tradition dci cnn.île fondée par de Gaulle en 1968, reprise par i iisi ard ei Mitterrand le conseil national de l’UDF, le 29 novembre 1998, à Lille, consacre l’unifi- i.ition <.1 u mouvement île François Bayrou, qui perd tout caractère confédéral. Apres l’annulation, en décembre 1998 par le Conseil d’État de l’élection de harles Millon à la présidence de Rhône-Alpes et le ralliement du RPR à une stratégie « républicaine », le conseil régional se réunit le 7 janvier 1999 et élit le ‘) Anne Marie Comparini, une fidèle de Raymond Barre, candidate de l’UDF face à Million et à Jean-Jack Queyranne (PS), qui se retire pour empêcher la réélection de Million. Mais la stratégie du « front républicain » a profondément divisé la droite, le RPR changeant d’attitude en pleine réunion, ce qui va laisser des marques dans le paysage politique national pendant toute l’année 1999. Le I () avril 1999, Philippe Séguin annonce qu’il quitte, faute de soutien de l’Élysée, la présidence du RPR et la conduite de la liste RPR-Démocratie libérale aux européennes. Pour celles-ci, les sondages montrent que la division du FN fait reculer les intentions de vote pour les deux listes qui en sont issues.

Le 2 juin 1999, pour la première fois, une cohabitation dépasse la durée de deux ans. Aux élections européennes du 13 juin 1999, la droite est vaincue (35 % des voix) et éclatée : la liste Pasqua-Villiers (13%) devance la liste Sarkozy- Madelin (12,5 %), et la liste de l’UDF (Bayrou) n’atteint pas les 10 %. Le roman noir de la droite continue et s’accentue. La gauche plurielle, à la différence de ce qui s’est passé partout ailleurs en Europe, l’emporte (39 % des voix) avec une percée des Verts (près de 10% des voix), grâce à Daniel Cohn-Bendit ; ils devancent le PC. L’abstention atteint un niveau record, avec 53 %, soit davan­tage que dans le reste de l’Europe, démontrant l’ampleur du malaise démocra­tique. Exploitant sa victoire relative, prenant la revanche de son échec de 1990, Pasqua lance un nouveau parti, qu’il appelle le Rassemblement pour la France, ce qui donne le sigle RPF (comme celui du parti gaulliste en 1947, le Rassem­blement du Peuple français). Le RPF espère attirer les militants de droite et d’extrême droite.

Un mois après son congrès constitutif, le RPF traverse une crise qui menace sa cohésion. Elle met aux prises les partisans de son président, Charles Pasqua, et ceux de son vice-président, Philippe de Villiers, au côté de qui s’est rangé l’ancien préfet du Var Jean-Charles Marchiani, longtemps très proche de Pasqua. En juin 2000, le RPF sera « mis en sommeil », comme son ancêtre mais beau­coup plus vite, par Pasqua.

Le RPR peine à se donner un président, les candidats se multiplient, le débat sur le parti du président tournoie. Le 4 décembre 1999, Michèle Alliot-Marie est, par les militants du parti, élue président du RPR, face à Jean-Paul Delevoye, candidat de l’Élysée, grâce au soutien d’une équipe réduite mais efficace. Mais le Rassemblement pour la France a tenu quelques jours auparavant son congrès constitutif’et il dispute le gaullisme à Chirac, luiit mois après l.i démission di Philippe Séguin de son poste de président cin RPR.

Ainsi s’achève, provisoirement, le roman noir de la droite, paradoxal an moins sur le plan tactique, puisqu’il ne s’appuie quant aux mauvais résultats élci toraux que sur les années 1997 (législatives anticipées), 1998 (régionales) et 1999      (européennes) et que le recul par rapport à la gauche est surmontable, comme il est de coutume dans la vie politique française. Il faut considérer d’autre part que la droite bénéficie de l’éclatement et du recul électoral sévère de l’extrême droite. Il s’agit plutôt d’un déficit de programme, d’image et d’état d’âme, ce qui, somme toute est au moins aussi grave.

L’éclatement et le recul électoral de l’extrême droite

A l’automne 1998, les difficultés s’accumulent sur le FN. Battu lors d’une cantonale partielle en octobre après que son épouse eut été défaite à deux reprises lors de législatives partielles, le maire FN de Toulon depuis 1995, Jean- Marie Le Chevallier est en butte à une opposition rampante au sein de sa propre majorité, aiguisée par l’impuissance de la mairie à gérer les grands dossiers d’aménagement de la ville. En décembre 1998, le Front national, déchiré depuis des mois, voit s’engager une guerre sans merci entre Le Pen et Mégret : le premier multiplie sanctions et exclusions contre les « mégrétistes », le second appelle à un congrès extraordinaire. Dans un climat délétère, le FN est menacé d’implosion, comme la famille Le Pen : chacune des deux filles du président est dans l’un des camps, mais le gendre est resté fidèle au beau-père. La crise couvait depuis le congrès de mars 1997, où Le Pen avait brusquement découvert la popularité de Mégret. Le 23 décembre, le bureau exécutif du FN, composé de partisans de Le Pen, exclut Mégret et six de ses partisans, tous membres du bureau national. La scission est consommée et deux listes d’extrême droite vont s’affronter aux élections européennes de juin 1999. D’innombrables batailles juridiques s’engagent pour les finances, les emblèmes, les titres, etc.

Les mégrétistes tiennent un congrès extraordinaire, à Marignane, les 23 et 24 janvier, le parti de Mégret étant baptisé FN-Mouvement national républicain, MNR, présidé par Mégret. Le 27 mars 1999, Jean-Marie Le Chevallier, maire FN de Toulon, annonce sa décision de quitter le parti de Le Pen, renforçant le désarroi d’une municipalité divisée et atteinte par diverses affaires judiciaires. Six mois plus tard, l’extrême droite semble résignée à perdre la mairie de Toulon en 2001. Le 23 novembre 1999, la condamnation en 1998 de Le Pen pour avoir agressé, le 30 mai 1997, Annette Peulvast Bcrgcal, candidate socialiste aux légis­latives à Mantes-la-Jolie, où la fille Le Pen aînée était aussi candidate, devient exécutoire : trois mois de prison avec sursis, un an d’inéligibilité et 5 000 francs d’amende. Le 23 février 2000, Le Pen sera déchu de son mandat de conseiller régional de PACA. Le 22 avril, il sera déchu de son mandat de député européen.

Les affaires Dumas, DSK, Tiberi, etc.

Henri Emmanuelli est condamné le 16 décembre 1997 à deux ans de priva­tion de ses droits civiques au titre de ses fonctions passées de trésorier du Parti socialiste.

Janvier I99N mie gigantesque escroquerie est dévoilée. En marge de la m nie en 1991 a Taiwan de six Ircgatcs, qui se heurtait a une forte opposition de la ( lime et ilu quai d’( )rsav, un réseau d’intermédiaires abrité par le groupe Elf a cherché à soutirer une commission de 150 millions de francs. Personnage i cuirai de ce réseau, mise en examen et incarcérée, Christine Deviers-Joncour a perçu une « part » évaluée à 45 millions de francs. Or cette « proche » de Roland I himas (le ministre des Affaires étrangères), comme l’on va dire pudiquement, était chargée par Elf d’une mission de « relations publiques » auprès de R. Dumas. L’affaire (la première information judiciaire a été ouverte le novembre 1997), d’Elf, devient donc vite l’affaire Dumas et va défrayer la  hronique jusqu’à la possible comparution de Dumas devant la Cour de Justice de la République, créée par la loi du 27 juillet 1993 portant révision de la constilution. Dans l’immédiat, deux juges d’instruction enquêtent sur R. Dumas, chez qui la première perquisition est effectuée le 27 janvier. Elle montre d’énormes et inexpliqués mouvements de fonds sur ses comptes bancaires. L’inquiétude grandit au Conseil constitutionnel, dont R. Dumas est le président… Le 18 mars 1998, Dumas est convoqué pour être mis en examen, ce qui sera fait le 29 avril.

Le 12 juin 1998, Roland Dumas s’explique sur ses comptes bancaires devant les juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky, pour tenter de justifier (vente de lingots d’or hérités de sa famille, cession d’œuvres d’art à des « collectionneurs désirant garder l’anonymat », etc.) les entrées de fonds considérables sur ses comptes personnels (dépôt de plus de trois millions de francs en espèces, surtout, dont 2,6 pour la seule année 1992). Dans ce feuilleton judiciaire — en décembre 1999, l’enquête sur l’affaire Elf s’oriente vers la piste des réseaux Pasqua — en refusant de démissionner R. Dumas risque d’entraîner le Conseil constitutionnel, dont il est le président. L’enquête bute sur les dénégations de Roland Dumas. En tout cas, elle contribue à ruiner dans l’opinion publique le prestige de l’ère mitterrandienne et elle creuse le fossé entre la classe politique et la société civile. En novembre, la question de la démission de Dumas de la prési­dence du Conseil constitutionnel est de plus en plus évoquée. Le 23 mars 1999, Roland Dumas se met en congé de la présidence du Conseil constitu­tionnel. Il sera renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris le 18 février 2000    et démissionnera le 29 (il sera remplacé par Yves Guéna).

Début novembre 1999, éclate l’affaire de la MNEF, qui se personnalise en Dominique Strauss-Kahn, affaire prévisible depuis le début de 1998. Une enquête sur la Mutuelle nationale des Etudiants de France révèle un grand nombre d’opérations financières suspectes et des liens avec des personnalités du Parti socialiste. Alors avocat, le futur ministre de l’Economie et des Finances avait accompli une mission de conseiller (1994-1996) lors d’une réorganisation partielle de la mutuelle d’assurances étudiantes13. Pour justifier le montant très important de la rémunération reçue, des documents ont etc, semble il surchargés ou antidatés. Devançant sa mise en examen, DSK de K 1  novembre de démissionner. Cette courageuse démission évidemment exploitée par la droite, pas mécontente de prendre sa revanche sur l’allant Tiberi — affaiblit dangereusement le gouvernement Jospin, dont « DSK » était l’une des pièces maîtresses et paraît ruiner le carrière politique île Strauss Kahn (on parlait de lui pour la mairie de Paris, pour Matignon, etc.), comme elle avait cassé celles de deux des illustrations de la « jurisprudence Balladur », Gérard Longuet, ministre de l’industrie et du Commerce extérieur du gouvernement Balladur, mis en examen le 14 octobre 1994 et démissionnaire, puis relaxé le 14    novembre 1997, Michel Roussin, ministre de la Coopération mis en examen et immédiatement démissionnaire le 14 novembre 1994, puis bénéficiaire d’un non-lieu (15 décembre 1995).

«DSK» est remplacé à Bercy par Christian Sautter, jusque-là secrétaire d’Etat au Budget. La secrétaire de DSK est mise en examen, pour avoir été salariée par une filiale suisse d’Elf, le 16 novembre, ce qui vaudra à DSK d’être mis en examen pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux » le 26 janvier. Premier secrétaire de la Fédération de Paris du Parti socialiste depuis 1987, intimement lié à la direction de la MNEF depuis qu’il en avait été élu vice-président en 1979, Jean-Marie Le Guen démissionne le 22    novembre. La mise en cause de l’ancien ministre renvoie à la période où, battu aux élections législatives, DSK vivait de ses activités de « conseil », c’est-à- dire de sa compétence et de son carnet d’adresses ; la déroute de la MNEF, renvoie à une époque de conquête par les fractions étudiantes, de partage des zones d’influence entre mitterrandistes et trotskistes, à une époque de folie des grandeurs, de dérive affairiste. Le 14 décembre, DSK est mis en examen pour « faux et usage de faux ». Il sera l’année suivante rattrapé par une autre affaire :

il a détenu la cassette originale de la confession du financier occulte du RPR, Jean-Claude Méry— mort le 11 juin 1999 —, qui met par ailleurs gravement en cause Jacques Chirac. Ce second volet d’accusation apparaître au fil des semaines comme étant le plus important : un vaste système de financement des partis poli­tiques, RPR, PS et PR a fonctionné à partir des marchés publics d’Ile-de-France et notamment du marché de rénovation des lycées parisiens. Proche collabora­teur de J. Chirac à Matignon et à la Mairie de Paris, Michel Roussin est mis en examen le 1er décembre 2000.

Deux très gros scandales financiers éclatent en décembre 2000. Il apparaît d’abord qu’un système d’entente secrète a permis à trois partis politiques — RPR, Parti républicain (devenu Démocratie libérale) et le PS — de prélever une partie de l’énorme budget de la rénovation des lycées d’Ile-de-France entre 1990 et 1995. Il s’avère en outre qu’au moins une trentaine d’emplois fictifs ont existé à la mairie de Paris entre 1988 et 1998, au profit de militants RPR corréziens, d’épouses, de parents d’anciens ministres, de sportifs, etc. Puis, le 21 décembre 2000, le fils aîné de François Mitterrand, Jean-Christophe, ancien conseiller pour les affaires africaines et malgaches à la Présidence de la République, de 1986 à 1992, est placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête sur un trafic d’armes vers l’Afrique (Angola). Au moins 1,8 million de dollars lui auraient en l’enquête met en cause quelques hommes et intei médian es pittoresques et vénaux, ainsi que Charles Pasqua.

Qu’y peut comprendre le citoyen moyen ? Pontes ces « affaires » ne finissent- elles pas par être à ses yeux toute la politique officielle ? Tous les sondages montrent que les Français éprouvent un malaise de plus en plus grand devant leur classe politique, ayant le sentiment d’être mal représentés par des hommes politiques peu fiables, peu crédibles et honnêtes.

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