Les premiers empires marchands : L’âge du bronze et les quatre premiers empires

> > Les premiers empires marchands : L’âge du bronze et les quatre premiers empires ; écrit le: 11 mai 2012 par La rédaction

Cette période fut l’une des plus extraordinaires de l’histoire de l’homme et la Méditerranée orientale en fut l’épicentre. Précisons d’abord que nous ne disposons pas, pour l’âge du bronze, d’une chronologie universelle. En Europe centrale, l’âge du bronze s’est étendu du XIVe au VIIIe siècle avant notre ère, avant que cette datation se trouve affinée grâce au fameux carbone 14 et à la dendrochronologie — c’est-à-dire l’étude des cernes des arbres. La chronologie de l’Europe méditerranéenne combine, quant à elle, certaines datations concernant l’Europe centrale et d’autres concernant le monde égéen, liées elles-mêmes à celles des sites égyptiens et mésopotamiens : cette chronologie, dite « historico-archéologique », situe l’âge du bronze méditerranéen entre 3000 et 1200 avant notre ère.

Comme les pays du Levant, les régions qui s’étendent de l’Anatolie à la Perse ont joué un rôle capital dans le développement de l’agriculture et du commerce et dans l’avènement d’une ère de prospérité sans précédent. Richesse et pouvoir se trouvent associés en Anatolie et en Mésopotamie dès le premier âge du bronze, et en Egypte dans le courant du IIIe millénaire. Ainsi, au moment où la Méditerranée occidentale et l’Europe continentale traversaient les différentes phases de développement des civilisations néolithiques, la Méditerranée orientale créait, de son côté, les conditions d’apparition de la forme politique la plus puissante et la mieux équilibrée de l’histoire de l’Ancien Monde. Ce nouveau type d’organisation sociale s’est développé en particulier dans quatre régions : l’Anatolie hittite, l’Egypte des pharaons, l’Egée minoenne et les civilisations mésopotamiennes. Ces sociétés sont couramment désignées comme les « empires de l’âge du bronze ».

Ces vastes unités régionales s’organisaient autour d’une autorité centrale — le « grand roi » ou, en Egypte, le pharaon —, qui déléguait localement ses pouvoirs à des princes ou à des rois dont il faisait ses vassaux. Un territoire immense se trouvait ainsi divisé en petits royaumes, avec à leur tête des dynasties locales soumises à une autorité suprême, le palais, assumant la direction politique et économique de l’Empire. En Orient, la civilisation sumérienne connaissait une période de grande prospérité, et son industrie métallurgique produisait des outils, des armes, des bijoux, des vases de bronze contenant de 5 à 10 % d’étain. Les sociétés mésopotamiennes plus tardives, intégrées aux empires akkadien, babylonien et assyrien, furent dépendantes du commerce international, à la fois pour l’importation de matières premières — les métaux en particulier — et pour l’exportation de produits manufacturés — textiles, outils de bronze, produits artisanaux variés destinés à l’Egypte, à la Syrie, à l’Anatolie, à l’Egée et même à l’Europe centrale.

Des liens furent ainsi tissés avec l’Egypte, relativement dépendante du commerce mésopotamien, et qui entretenait des liens politiques étroits avec les princes syriens régnant sur les terres de l’empire des pharaons à la Mésopotamie. Au Nord, les Hittites, maîtres de l’Anatolie, du nord de la Syrie aux côtes de la mer Noire, ont joué un rôle important à l’âge du bronze, en particulier lors de sa crise finale — rôle qui n’a été découvert que récemment. A l’Ouest, enfin, s’étendait l’Egée. dont la route était contrôlée par Troie, poste avancé en terre anatolienne, aux marges du monde égéen. Le destin de cette cité, qui fut si important pour la culture occidentale, se trouvait de fait lié à celui de toute la Méditerranée occidentale. L’archéologie a fait passer la cité troyenne de la légende à la réalité : nous savons aujourd’hui que la ville connut neuf stades successifs de développement, qu’elle était fortifiée et commandait le détroit des Dardanelles — donc l’entrée de la mer Noire et l’accès au Danube, ce qui en faisait l’une des routes stratégiques vers le cœur de l’Europe.

Le Levant se situait au milieu de ces empires centralisés traitant d’égal à égal. Il comportait des principautés importantes comme Ugarit, sur la côte syrienne, et Chypre qui fit à plusieurs reprises les frais de tentatives de la part de l’Egypte et des Hittites pour y établir un gouverneur. Les relations nouées entre ces grandes unités politiques étaient régies par un ensemble de conventions très formelles. Un « grand roi » s’adressait à un autre « grand roi » comme à son « frère », un « roitelet » à un  « grand roi » comme à son « père », un « roitelet » à un autre « roitelet » comme à un « frère ». Un exemple bien connu de liens entre vassaux, au cours d’une période légèrement postérieure, est la relation qui s’établit entre Salomon, roi d’Israël, et Hiram, roi de Tyr , telle qu’elle est relatée dans la Bible, au Livre des Rois.

La place de la civilisation hittite dans l’histoire de la Méditerranée orientale n’a été reconnue que récemment. Jamais mentionné dans les textes grecs, l’empire hittite est sorti de l’oubli à la fin du XIXe siècle, quand la découverte d’une correspondance diplomatique à Tell el-Amarna révéla l’existence d’un puissant royaume anatolien au IIe millénaire av. J.-C. Les fouilles allemandes entreprises à Bogazkôy permirent en 1906 de découvrir les archives d’Hattousa, la capitale de l’empire hittite, également appelé « le Hatti ». Outre la langue akkadienne, langue diplomatique de l’époque dans laquelle étaient rédigées les tablettes d’argile, d’autres utilisaient une langue indo-européenne maintenant reconnue comme étant la langue hittite. Depuis, notre connaissance des Hittites et de l’empire du Hatti s’est considérablement améliorée : vingt-six temples ont été découverts et plus de trois mille sceaux royaux ont été retrouvés. Les recherches archéologiques menées en Anatolie ont fourni une quantité considérable d’informations et permettent de se faire une idée de l’équilibre des empires du Bronze.

Une des caractéristiques fondamentales des sociétés du Bronze était l’économie palatiale que nous allons bientôt évoquer en détail. Mais nous pouvons également mesurer leur parenté grâce aux thèmes récurrents des mythes qui évoquent leurs héros fondateurs. Il y a beaucoup de points communs entre les traditions hittites (les trente et un fils de la reine de Karkemish abandonnés à la rivière dans des paniers tressés), les mythes égyptiens, les récits hébreux (l’enfance de Moïse) et les légendes mésopotamiennes (l’enfance du roi Sargon II), qu’on retrouvera par la suite en Perse (Cyrus) et à Rome (Romulus et Remus) : tous ces mythes parlent d’enfants abandonnés, finalement sauvés grâce à l’assistance maternelle de la nature, ignorants de leurs origines véritables et voués au grand destin de fondateurs de nations.

De telles similitudes ne résultent, ni de simples coïncidences, ni d’une imitation délibérée. Une profonde communauté de culture est manifeste dans le mythe d’Europe, princesse phénicienne enlevée par Zeus, qui lui apparaît sous la forme d’un taureau blanc et la transporte en Crète où elle donne naissance à Minos, grand roi de l’Égée et maître des mers. Selon la version la plus répandue du mythe, la mère et les frères d’Europe (parmi lesquels Cadmos, fondateur de Thèbes en Béotie) partirent en vain à sa recherche. Aucun d’entre eux ne revint au Levant, tous choisirent de rester en Occident. Le mythe d’Europe suggère que le rôle propre de la Crète, important berceau de culture, fut d’assurer la communication entre l’Orient et l’Occident.

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