Les premiers empires marchands : Le rôle des îles
Il semble avoir été assez variable dans le contexte général de l’âge du bronze. Nous nous concentrerons ici sur les îles du bassin occidental de la mer Intérieure, mais il convient de garder présent à l’esprit que, durant toute cette période, la Sardaigne vit se développer une civilisation exceptionnelle, la culture des nuraghi, dont les vestiges, de grosses tours souvent associées à des villages fortifiés, donnent l’image d’une société guerrière et divisée, malgré sa richesse.
Les Cyclades et Rhodes jouèrent le rôle de relais entre la Crète et l’Anatolie. Une des caractéristiques remarquables des Cyclades fut, à cette époque, leur activité économique intense dans nombre de domaines : agriculture, métallurgie, mines d’argent, commerce, associant agglomérations rurales et urbaines. La cité d’Akrotiri, à Théra (aujourd’hui Santorin), important port égéen, est souvent appelée la Pompéi de l’ancienne Egée à cause de son état de conservation sous trente mètrès de débris produits par la formidable éruption volcanique de 1470 av. J.-C. Les vestiges correspondent à une structure urbaine impressionnante, avec des immeubles de plusieurs étages comme l’Egée n’en reverra de comparables que plus d’un millénaire plus tard, dans la Délos de l’époque hellénistique. Chypre, de son côté, se révèle d’une nature très différente.
A la fois proche de l’Egypte (le delta du Nil est à quatre cents kilomètres), du Hatti (à soixante-dix kilomètres) et du Levant (à quatre-vingt-quinze kilomètres), l’île était au carrefour de plusieurs mondes. Dans les documents en écriture cunéiforme ou dans les sources égyptiennes, Chypre apparaît sous le nom d’Alashiya. Les patronymes de ses habitants, lorsqu’ils nous sont parvenus, sont relatifs au Levant, bien que sa population fût multiethnique : des Egyptiens, des Sémites, des Hittites y vivaient, entre autres. Le rôle de Chypre dans le réseau commercial méditerranéen n’était pas seulement dû à sa situation géographique, mais aussi à ses précieuses mines de cuivre. Restée neutre durant le conflit qui opposa, au XIVe et au XIIIe siècles, l’Egypte et l’empire hittite pour le contrôle du Levant, Chypre ne se soumit jamais totalement à l’hégémonie hittite et sut résister aux tentatives d’annexion par les Egyptiens et les rois d’Ugarit.
Rhodes et les îles du Dodécanèse ( » les douze îles ») requièrent des recherches archéologiques plus approfondies, mais nous possédons déjà des informations impressionnantes en ce qui concerne le nord-ouest de Rhodes. Sur le site de Trianda, des vestiges du Bronze moyen présentent de nombreux traits culturels troyens. Au Bronze récent, la cité s’est étendue sur plus de quinze hectares, soit plus de la moitié de la taille d’Akrotiri, à Théra. Trianda était un port très important sur la route qui menait de Crète en Anatolie, mais aussi dans le commerce avec l’Orient. Les cent vingt-cinq chambres funéraires d’Ialysos ont procuré aux archéologues un grand nombre de données sur la période 1400-1300. La richesse de ces matériaux est telle que certains historiens, voyant en elle l’un des principaux centrès mycéniens dans les îles, n’hésitent pas à la mettre en rapport avec la » terre d’Ahhiyawa », souvent mentionnée dans les textes cunéiformes hittites du XVe au XIIIe siècle. C’est d’ailleurs vers l’empire hittite que nous allons maintenant nous tourner.
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