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Méditerranée : Le « pays d’Ahhiyawa » est-il celui des premiers Grecs ?

Vous êtes ici : » » Méditerranée : Le « pays d’Ahhiyawa » est-il celui des premiers Grecs ? ; écrit le: 11 mai 2012 par La rédaction modifié le 8 octobre 2014

Méditerranée : Le « pays d’Ahhiyawa » est-il celui des premiers Grecs ?Les historiens en débattent depuis plus de soixante ans : le « pays d’Ahhiyawa », dont il est question dans les sources hittites, est-il Achaia, la terre des Achéens ? Plusieurs textes hittites ayant rapport à l’Anatolie occidentale mentionnent des hommes partant par la mer pour Ahhiyawa, un mystérieux royaume non soumis au Hatti et donné pour être à l’origine, d’après les documents les plus anciens, de rébellions dans les territoires anatoliens vassaux de l’Empire. Les rois du Hatti et d’Ahhiyawa se donnent le titre de « grands rois », s’appelant mutuellement « mon frère ». Le seul « grand roi » dont nous ayons connaissance au large des côtes occidentales de l’Anatolie étant celui de Mycènes, l’identification avec les premiers Grecs a d’abord semblé prometteuse. Mais il reste toujours possible de situer Ahhiyawa en Troade, dans le nord-ouest de l’Anatolie, identifiant la Wilusa des textes hittites avec Ilios, autre nom de Troie, qui s’est peut-être d’abord appelée Wilios.



Cette dernière hypothèse n’a pas été retenue à cause des références explicites, dans les sources hittites, à des hommes quittant Malayawa (Milet) par la mer pour rejoindre Ahhiyawa. D’après les analyses linguistiques, Ahhiyawa pourrait être un nom composé d’Akw-a, qui signifie eau, Ahhiya(k)wa désignant alors les îles ou la région des îles. Il faudrait donc reconnaître dans l’Ahhiyawa hittite, à la fois l’Egée et Mycènes. Sans nier l’intérêt de cette discussion, je pense que la simple évocation d’une « fuite par la mer » (ou par bateau) de Millawantha-Milet ne constitue pas en soi un argument pour situer Ahhiyawa à l’extérieur de l’Anatolie. Dans ces circonstances, les fuyards devaient éviter l’armée hittite qui surveillait les routes terrestres. Bien que certaines sources évoquent des armées du Hatti transportées sur des embarcations — une lettre du roi d’Ugarit au roi d’Alashiya, datée de la fin du XIIIe siècle, nous informe que la flotte d’Ugarit se trouvait au large de la côte du Lukka, certainement à la disposition des Hittites, comme l’étaient ses chars et son infanterie —, leur infanterie se serait surtout déplacée par voie terrestre. Choisir de fuir par la mer plutôt que par les chemins de terre n’avait donc rien d absurde.

La Wilusa hittite soulève la question de Troie et de la guerre de Troie. De très nombreuses études, certaines sérieuses, d’autres moins, ont essayé de retrouver la « vraie » guerre de Troie derrière le récit de Y Iliade. L’archéologue américain Charles Blegen (1887-1973), dont les fouilles ont permis de distinguer neuf niveaux d’occupation sur la colline d Hissarlik, dans le nord-est de l’Anatolie, a identifié l’un de ces niveaux, répertorié comme Troie VII, avec la cité légendaire. Depuis, le débat n’a cessé. La question cruciale est celle-ci : si les Achéens-Ahhiyawans sont bien présents dans les sources hittites, ces sources mentionnent-elles aussi Troie ? L’un des principaux documents dont nous disposons s’intitule les Annales de Tudhaliyas, daté des alentours de 1440-1404. Tudhaliyas, grand roi du Hatti ayant conquis le royaume d’Arzawa, en Anatolie occidentale, énumère vingt-deux Etats coalisés avec Assuwa contre Hatti. On pense que les premiers noms portés sur la liste sont ceux des cités du Sud, en commençant par le Lukka (la Lycie), puis « le pays du fleuve Seha ». Les deux

derniers noms, Wilusiya et Taruisa, seraient ceux de villes septentrionales. Phonétiquement, Wilusiya se révèle proche de Wilios-Ilios et il semble possible d’associer de la même façon Taruisa-Truisa-Troja et Treia. L’hypothèse n’en continue pas moins à susciter les réserves de certains spécialistes.

Homère utilise en principe le nom de Troie pour désigner la cité, celui d’Ilios pour évoquer le pays. Il semble donc permis de penser que durant les XIVe et XIIIe siècles la cité qui coiffait la butte d’Hissarlik, que nous connaissons maintenant sous le nom de Troie, était aux prises avec l’empire hittite, d’autant que Wilusa signa un traité avec le Hatti durant le règne de Muwatallis (1296-1272). Ses caractéristiques méritent d’ailleurs qu’on s’y arrête. Tout d’abord, le roi de Wilusa nommé dans ce traité est appelé Alaksandus, patronyme rare en Anatolie mais qui rappelle distinctement celui du prince Alexandre d’Ilios, mieux connu sous le nom de Paris, le ravisseur d’Hélène. Parmi les dieux de Wilusa et du Hatti invoqués à la fin du texte, Apaliunas est très probablement une forme ancienne pour Apollon (qui est aussi l’Apeilon chypriote et l’Apellon dorique), protecteur de Troie d’après Homère. Les spécialistes les plus prudents se contentent de relever quatre ressemblances : Achaiwoi-Akkaiwoi- Ahhiyawa, Alaksandus-Alexandros, Taruisa-Troia, Wilusa-Wilios-Ilios, mais quatre ressemblances, c’est un peu plus qu’une coïncidence.

Du point de vue de la chronologie, Hérodote situe la guerre de Troie au milieu du XIIIesiècle av. J.-C., alors que II84 est devenu la date généralement admise pour la chute de Troie, sur la base des sources classiques. La Troie Vlla de Blegen, considérée par beaucoup de spécialistes comme la Troie d’Homère, est datée de 1250, alors que les références des textes hittites désigneraient la Troie VI de Blegen comme la ville fortifiée de la légende. Il est très probable que la guerre de Troie, telle qu’elle est décrite par Homère dans l’Iliade, n’a jamais eu lieu. Beaucoup d’historiens pensent que la société décrite par Homère comporte des éléments appartenant à trois époques différentes : la Mycènes de l’âge du bronze, l’« âge obscur » grec et le premier âge du fer. La matière épique ayant trait à la guerre de Troie a dû se constituer durant des siècles sous la forme de ce qu’il est convenu d’appeler « une accumulation de traditions », beaucoup d’entre elles probablement inspirées par une série d’événements historiques dont aucun n’est évoqué avec exactitude.

L’archéologie de l’Anatolie occidentale n’en étant encore qu’à ses débuts, ces légendes peuvent toutefois contribuer en l’état à confirmer l’identification de Troie dans les sources hittites. Il est clair que de violentes querelles ont opposé les Ahhiyawans-Achéens et les Hittites au-delà de l’Anatolie. Le traité d’Alaksandus n’empêcha pas les Hittites d’attaquer Wilusa peu de temps après sa signature, comme l’attestent deux lettres retrouvées dans les archives hittites : celle dite de Manapa-Tarhunta et celle de Tawagalawa, toutes deux datées du milieu du XVe siècle.

La lettre de Tawagalawa est particulièrement intéressante : elle fait référence à un accord de paix concernant une querelle entre le Hatti et Ahhiyawa. Cette lettre est aujourd’hui le principal document attestant de l’expansion d’Ahhiyawa-Mycènes et de la pression qu’elle exerçait en Asie Mineure, depuis que le frère du grand roi d’Ahhiyawa, nommé Tawagalawa (ou Tawakalawa, qui est l’équivalent d’Eteowokelewes ou Eteokles), fomentait une rébellion parmi les vassaux du Hatti en Anatolie occidentale, apportant son soutien au rebelle hittite Piyramandu. Cette lettre fut apparemment adressée par le roi hittite Hattusili III à un roi d’Ahhiyawa qui n’est pas nommé, lui demandant de renvoyer Piyramandu, qui s’est enfui de Millawatha-Milet avec Tawagalawa. Il est certain que l’Anatolie occidentale a connu un état de guerre quasi permanent dès 1450-1430, époque où fut rédigé l’acte d’accusation de Maduwatta. Cette tablette hittite indique que Maduwatta, un prince d’Anatolie occidentale, a été chassé de son pays par Attarissiyas, « l’homme d’Ahhiyawa ». Il s’agit là de la mention la plus ancienne d’Ahhiyawa. Notons aussi la parenté frappante entre le nom d’Attarissiyas et celui du père d Agamemnon : Atreus.

L’Egypte n’est pas restée ignorante de l’état de guerre chronique et de lutte permanente pour le pouvoir qui touchait l’autre rive de la Méditerranée : les textes hiéroglyphiques mentionnent les « îles de la Très Verte — c’est-à-dire de l’Égée — sans cesse troublées ». Les sources égyptiennes confèrent en outre le statut d’événement historique à ce qui demeure l’une des grandes énigmes de l’histoire de la mer Intérieure : l’irruption des Peuples de la mer en Méditerranée orientale.

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