Les relation internationales depuis 1945: Le rapport des forces en Asie

Accueil » Histoire » Les relation internationales depuis 1945: Le rapport des forces en Asie écrit le: 21 décembre 2012 par admin

Au début des années 1970, trois forces dominent l’Asie du Sud-Est : le Viêtnam, l’Inde et la Chine. Fort de sa puissante armée, le Viêtnam a de toute évidence les moyens et l’ambition de s’étendre largement en Asie du Sud-Est. Soutenu par l’Union soviétique, il défie à la fois les États-Unis, dont il met l’armée en échec, et la Chine populaire.
Certes l’Indonésie est sur le plan de la population le cinquième pays du monde (après la Chine, l’Inde, l’URSS et les États-Unis) ; mais constituée d’un chapelet d’îles, elle n’est pas une forte puissance militaire. En septembre 1965, un coup d’État amène l’élimination sanglante du parti communiste indonésien, l’éviction du président Soekarno et la prise du pouvoir par l’armée.

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La suprématie de l’Inde dans le subcontinent indien:

L’Inde est forte non seulement de son immense population, mais aussi d’une armée bien entraînée et du soutien sans faille de l’Union soviétique.
Un conflit de frontières l’oppose au Pakistan à propos du Cachemire qu’elle  avait progressivement annexé. À la suite des heurts entre communautés, en 1962, le Pakistan conclut en 1963 un accord de délimitation de frontières avec la Chine pour se prémunir contre la politique de son principal voisin, l’Inde. Une courte guerre éclate en août 1965, à laquelle la rencontre de Tachkent, organisée à l’initiative de l’Union soviétique en janvier 1966 entre les dirigeants pakistanais et indiens, met fin sans résoudre pour autant le problème du Cachemire.
Le Pakistan, Etat musulman, est en outre agité en raison des mauvaises relations existant entre ses deux provinces, séparés par plus de 1 500 km, le Pakistan occidental où la langue principale est l’urdu, et le Pakistan oriental, composé du Bengale oriental, où la langue principale est le bengali. Leur seul  point commun est l’appartenance à la religion musulmane. Les difficultés sont dues au fait que la richesse du Pakistan provient essentiellement des exportations de jute et d’autres produits agricoles cultivés au Bengale, pays surpeuplé et très pauvre, qui n’en profite pas.
Cela provoque, dès le début des années 1960, la création d’un mouvement de protestation dirigé contre le Pakistan occidental et la dictature du général Ayub Khan, au pouvoir depuis 1958. Le chef du parti bengali, le cheikh Mujibur Rahman, est arrêté en 1968 sous prétexte d’avoir conspiré avec l’Inde contre le Pakistan. En 1969, le régime d’Ayub Khan s’effondre de toutes parts. Il est d’ailleurs renversé en 1970 par un autre général, Yahia Khan, qui organise des élections au suffrage universel.
L’Awami League revendique l’autonomie du Pakistan oriental dans un régime fédéral qui laisserait le pays maître de son économie et de ses finances. Aux élections de décembre 1970, il obtient la majorité loin devant le Parti du peuple dirigé par un adjoint de Yahia Khan, Ali Bhutto, mais sans pour autant accéder au pouvoir.
En même temps que la tension monte au début de l’année 1971 entre l’Inde et le Pakistan, l’un soutenu par l’URSS, l’autre par les Etats-Unis et la Chine, Y Awami League réclame l’indépendance du Bangladesh, qu’elle proclame d’ailleurs le 26 mars 1971 dans un climat de guerre civile et de tension internationale. L’URSS et l’Inde signent en effet le 9 août 1971 un traité de paix, d’amitié et de coopération qui modifie l’équilibre stratégique dans la zone et permet à l’Inde de tirer parti de la situation. Le 3 décembre 1971, l’Inde intervient au Pakistan oriental. Le Pakistan réagit en envahissant le Cachemire. Les combats, qui tournent à l’avantage de l’Inde, aboutissent en décembre 1971 au remplacement de Yahia Khan par Ali Bhutto à la tête du Pakistan occidental, à l’indépendance du Bangladesh et finalement à la toute-puissance stratégique de l’Inde dans le subcontinent indien.

L’entrée de la Chine dans le système international:

Après vingt années d’isolement, dû à la fois à l’ostracisme des puissances occidentales et à la révolution permanente interne, la Chine entre dans le concert mondial à la fin des années 1970. A vrai dire, la diplomatie chinoise avait fait des progrès décisifs en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord et au Proche-Orient, à la suite de la conférence de Genève (1954) et de celle de Bandoeng (1955).
Dix ans après sa proclamation, la République populaire de Chine est un pays qui compte, même s’il est proscrit de l’ONU par la volonté américaine. Mais la révolution culturelle et le schisme sino-soviétique provoquent un repli sur soi, qui se manifeste par un recul de son influence dans le monde, y compris en Asie du Sud-Est. La Chine s’enferme dans la dénonciation de la double hégémonie soviéto-américaine, et tente de nouer des relations avec des pays qui refusent l’alignement, comme la France qui reconnaît la Chine populaire le 27 janvier 1964. L’isolement et les échecs de sa politique extérieure amènent la Chine à transformer ses orientations, à se rapprocher de l’Occident et à s’ouvrir à l’étranger. Son potentiel démographique et économique, sa puissance militaire en font aussitôt un des acteurs de poids. Mais quels sont ses desseins en politique étrangère ? Veut-elle s’affirmer au plan mondial comme la troisième superpuissance ? Ou limite-t-elle ses ambitions à son rôle de puissance régionale asiatique ? Passée du second rang dans le camp socialiste au troisième rang dans le concert mondial, la Chine veut-elle diffuser son propre message idéologique par un soutien aux mouvements de libération ou va-t-elle se convertir à la Real politik, en nouant des liens avec les États, quelles que soient leurs appartenances idéologiques ?
Inaugurée en avril 1971, la nouvelle politique extérieure chinoise a comme axes le refus de l’hégémonie soviétique et le rapprochement avec les États- Unis. Devant le congrès du parti communiste chinois, le 24 août 1973, Chou En-Lai met au défi Moscou de prouver sa volonté de détente : « Retirez vos troupes de Tchécoslovaquie, de la République populaire de Mongolie ou des quatre îles japonaises des Kouriles septentrionales ! »
Préparé par la mission secrète d’Henry Kissinger à Pékin en juillet 1971 et diverses démarches comme la tournée en Chine de l’équipe américaine de ping-pong, le rapprochement sino-américain est une surprise de taille. Depuis 1949, les Etats-Unis contestent, avec une remarquable continuité, toute représentativité à la Chine populaire, et ont foi en Formose. De son côté, la Chine de Mao a toujours refusé énergiquement la théorie des deux Chines et voué aux gémonies l’impérialisme américain. Ce retournement, concrétisé par le voyage étonnant du président Nixon à Pékin du 21 au 28 février 1972, est dénoncé par Moscou, mais il permet à la Chine de sortir de son isolement, au moment où l’Inde renforce ses relations avec l’Union soviétique.
Lorsque la Chine entre le 26 octobre 1971 à l’ONU, par substitution pure et simple de la Chine populaire à la Chine nationaliste, y compris pour le siège permanent et le droit de veto au Conseil de sécurité, l’événement a une portée mondiale. L’un des porte-parole du Tiers Monde accède au premier plan de la scène internationale.
La Chine qui entretient des relations, tant avec les pays proches de l’URSS qu’avec des États modérés, voire dictatoriaux, gagne du terrain sur l’Union soviétique. En Afrique, son aide aux jeunes États apparaît à la fois plus désintéressée que l’assistance soviétique et plus proche des besoins des pays sous-développés. Malgré l’insuffisance de ses moyens, elle s’engage dans des centaines d’actions de coopération : infrastructure routière et ferroviaire en Tanzanie et Somalie par exemple. Au Proche-Orient, elle accorde son appui aux mouvements palestiniens et elle tente de se démarquer aux yeux des pays arabes en dénonçant lors de la guerre de Kippour « la collusion » soviéto-américaine et en refusant de voter le projet de résolution de cessez-le-feu présenté par les deux grands le 22 octobre 1973. En Asie, la Chine voyant dans le traité soviéto-indien et le projet Brejnev de système de  sécurité collective des manœuvres destinées a l’isolei, sabote le plan soviétique. En Amérique latine, la Chine accorde au Chili de Salvadoi Allende une aide financière supérieure à celle donnée par Moscou. Elle cherche en vain – à s’opposer à l’influence prépondérante soviétique dans l’île de Cuba. Elle soutient les revendications des Etats latino-américains et elle souscrit au traité sur la dénucléarisation de l’Amérique latine. Eu septembre 1973, au sommet des pays non alignés, à Alger, l’Union soviétique est au banc des accusés. Le harcèlement chinois a porté ses fruits dans le Tiers Monde.
La Chine noue aussi des relations avec les Etats d’Europe occidentale et la Communauté européenne, dans lesquels elle voit des « zones interiné diaires », propres à ruiner l’hégémonie des Grands. Le discours de bienvenue de Chou En-Lai lors du voyage du président Pompidou en septembre 1973 est clair : « Nous appuyons les peuples européens qui s’unissent pour préserver leur souveraineté et leur indépendance nationales. »
Le rôle du Japon. Dans un continent en profonde mutation, la situation du Japon est originale : asiatique par sa géographie, il est radicalement différent de ses voisins et appartient en fait au monde occidental. Dirigé par des gouvernements conservateurs, lié étroitement aux États-Unis et à ses alliés, dont Formose, il se réconcilie avec la Corée du Sud (22 juin 1965). Désireux de sortir du tête-à-tête exclusif avec les États-Unis, et d’ailleurs engagé par le président Nixon (discours de Guam, 1969) à un effort adéquat en matière de défense, le Japon ne peut rester indifférent à la modification des rapports internationaux et en particulier à l’éveil de la Chine. Les deux pays concluent en mars 1971 un accord commercial. Le rapprochement se concrétise par le voyage du Premier ministre Tanaka (25-30 septembre 1972). Le Japon reconnaît la République populaire comme le seul gouvernement chinois.

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