L’évolution des Nations unies

> > L’évolution des Nations unies ; écrit le: 18 décembre 2012 par La rédaction

Entre le mouvement de décolonisation et l’organisation des Nations unies, les interactions sont évidentes. L’ONU, par les débats renouvelés sur la décolonisation, pèse assurément dans le sens de l’indépendance des colonies, comme le montrent les votes sur l’inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée des Nations unies sur la question algérienne. Il faut toutefois attendre 1961 pour que les Nations unies votent une déclaration selon laquelle toute colonie doit immédiatement recevoir son indépendance.

D’un autre côté, la décolonisation provoque un bouleversement de la structure diplomatique internationale, en particulier à l’Organisation des Nations unies, où l’apparition de nouveaux États ébranle une majorité traditionnellement inspirée par les États-Unis à l’Assemblée générale. Les nouveaux membres se servent des Nations unies comme d’une tribune, où les positions occidentales sont mises en cause.
Le déclin du pouvoir du Conseil de sécurité. C’est précisément à ce moment que le pouvoir réel passe du Conseil de sécurité, paralysé par l’exercice du droit de veto, à l’Assemblée des Nations unies, où les pays du Tiers Monde ont la majorité et où le groupe afroasiatique fait la loi, privilégiant la lutte contre le colonialisme. Dans le même temps, le Secrétariat général de l’ONU, de simple organe d’exécution, devient un véritable gouvernement international. Cette orientation est adoptée par le suédois Dag Hammarskjöld qui succède comme secrétaire général de l’ONU (10 avril 1953-17 septembre 1961) à un autre Scandinave, le Norvégien Trygve Lie (février 1946-1953). Ce diplomate s’entoure de collaborateurs authentiquement « dénationalisés », ce qui lui vaut d’entrer en conflit avec l’URSS, à laquelle il refuse tout poste élevé dans l’appareil des Nations unies. Il organise avec efficacité la force d’urgence appelée à stationner sur le territoire égyptien après la crise de Suez de 1956, les groupes d’observateurs militaires chargés d’une enquête sur les troubles du Liban en 1958 et surtout l’intervention des Nations unies au Congo, où il trouve la mort le 18 septembre 1961 dans un accident d’avion.
Le déclin de l’autorité du Secrétariat général. Afin d’avoir prise sur le Secrétariat général, l’Union soviétique réclame la substitution à un seul homme d’un groupe de trois hommes : la « troïka », composée d’un occidental, d’un communiste et d’un neutre chacun disposant du droit de veto. Elle veut ainsi transposer, d’une certaine manière, le mécanisme du Conseil de sécurité. Ce projet n’ayant rallié qu’un nombre modeste de suffrages, l’URSS, dans le but de restreindre l’importance du Secrétariat et l’autonomie de ses activités, soutient le 3 novembre 1961 la nomination du candidat des Afro-Asiatiques, le Birman U Thant. Sa longue administration (1961-1971) est marquée par le déclin continu de l’autorité du secrétaire général, bien que, dans un premier temps, il réussisse à dégager les Nations unies de leur participation au conflit congolais, après avoir réduit la sécession du Katanga, et qu’il mette en œuvre la force de l’ONU destinée à s’interposer à Chypre, entre les communautés grecque et turque.
Une série d’autres facteurs contribue à diminuer la crédibilité des Nations unies et de ses institutions. L’influence du groupe afro-asiatique décroît à la suite de la violation de la charte par l’Inde elle-même qui s’empare par la force de l’enclave portugaise de Goa (1961), des conflits indo-pakistanais et sino-indien, et aussi des multiples coups d’État africains. Les diatribes enflammées lancées par les délégués afro-asiatiques contre les régimes sud- africain, rhodésien et portugais donnent une impression de verbalisme et contribuent à l’altération de l’image de l’ONU dans l’opinion internationale.

Deux des cinq membres permanents du conseil de sécurité l’Union sovietique et la France veulent limiter le rôle politique du secrétaire général et refusent à U Thant toute délégation excessive en matière d’opérations de maintien de la paix. Et le général de Gaulle ne se prive pas de critiquer pulitiquement le « machin ».
Enfin, les interminables discussions sur le désarmement font également beaucoup de tort à l’ONU. Le 15 novembre 1945, par la première résolution qu’elle vote, l’Assemblée générale des Nations unies crée une Commission de l’Energie atomique (CEA) composée des onze membres du Conseil de sécurité et du Canada. C’est à cette commission que, en juin 1946, le délégué américain Bernard Baruch propose le plan qui porte son nom, consistant à mettre en place une « Autorité du développement atomique » chargée de contrôler la production mondiale de matières fissiles. Le délégué soviétique, Andreï Gromyko, rejette aussitôt ce plan, car l’Union soviétique refuse le contrôle international de ses installations atomiques. Il préconise, en revanche, l’interdiction de la production d’armes atomiques et la destruction des stocks existants. L’impasse est totale.
Le 13 février 1947, le Conseil de sécurité crée une Commission des armements de type classique. Le délégué soviétique, Litvinov, demande la réduction proportionnelle au tiers de toutes les forces terrestres, aériennes et navales. Les puissances occidentales réclament le recensement préalable des armements existants, mais se heurtent au veto de l’Union soviétique qui repousse tout contrôle.
L’impasse est donc aussi nette pour les armes conventionnelles que pour les armes atomiques. Et en guise de protestation contre le refus de substituer la Chine de Pékin à celle de Formose, l’URSS se retire des commissions de désarmement en 1950.
Quand les discussions reprennent, en 1954, le délégué soviétique, Vychinsky, accepte devant l’Assemblée des Nations unies un plan de compromis franco-anglais. L’URSS se rallie à l’imbrication des mesures de désarmement classique et nucléaire. Elle n’insiste plus sur la réduction proportionnelle des effectifs et armements conventionnels et elle paraît se rallier à la nécessité d’un contrôle. Mais à la conférence au sommet de Genève (18-23 juillet 1955), les chefs d’Etat ou de gouvernement ne peuvent se mettre d’accord. Désormais, l’affaire du désarmement sera surtout traitée en dehors du cadre des Nations unies, par le dialogue des deux super-Grands. Là aussi, c’est un échec de l’ONU.

L’évolution des blocs:

Peu à peu, les deux blocs en viennent à concevoir que leurs rapports ne tendent pas nécessairement vers la guerre ouverte. Les premiers signes de dégel remontent à la mort de Staline, mais la coexistence pacifique est à l’ordre du jour dans le rapport de N. Khrouchtchev au XXe Congrès du parti communiste de l’Union soviétique. La déstalinisation est à l’origine des fissures qui apparaissent dans le bloc oriental. Dans le bloc occidental, un nouveau pôle de puissance est en train de naître autour du Marché commun. La coexistence pacifique ne signifie pas pour autant la fin des tensions. Dans un système d’équilibre de la terreur, les crises de Berlin et de Cuba secouent le monde.

La déstabilisation et les crises polonaise et hongroise:

Le XXe Congrès du parti communiste de l’Union soviétique est marqué par la présentation de deux rapports, dont l’un secret, par le secrétaire général du PCUS. Dans ce texte, Nikita Khrouchtchev admet la pluralité des orientations dans l’édification du socialisme. C’est la voie ouverte à une certaine autonomie pour les démocraties populaires.
La déstalinisation est à l’ordre du jour lors du XXe Congrès du parti communiste de l’Union soviétique (14-25 février 1956) au cours duquel les discours condamnent le « culte de la personnalité », évoquent les nouveaux rapports Est-Ouest et insistent sur l’importance des pays « neutralistes » et la diversité des voies nationales dans l’édification socialiste. L’essentiel réside dans le rapport secret où Nikita Khrouchtchev – devenu entre-temps l’homme fort du régime – dénonce l’ère stalinienne et le culte de la personnalité de Staline. La dissolution du Kominform (17 avril 1956) paraît laisser aux démocraties popu¬laires une plus grande indépendance vis-à-vis de l’Union soviétique. Mais les crises polonaise et hongroise vont montrer les limites de la déstalinisation.
Depuis 1953, un relâchement général s’opère en Pologne et en Hongrie ; des manifestations d’écrivains et d’étudiants critiquent certains aspects du régime. En Hongrie, l’affrontement oppose le secrétaire général du parti, Rakosi, au Premier ministre, Imre Nagy qui, après avoir dénoncé les abus de la police et la collectivisation systématique des terres, est relevé de ses fonctions le 14 avril 1955 et exclu du parti.
En Pologne, la « déstalinisalion » aboutit à la réhabilitation de l’ancien secrétaire général du parti ouvrier, Ladislas Gomulka, arrêté en 1951. En effet, à la suite des émeutes des ouvriers de Poznan (juin 1956), l’Union soviétique semble prête à intervenir dans la confrontation qui éclate en octobre entre staliniens et antistaliniens. Khrouchtchev se déplace même à Varsovie et finit par accepter le nouveau pouvoir polonais. L’épreuve de force tourne donc à l’avantage de l’antistalinien Gomulka, élu premier secrétaire du parti (21 octobre 1956), tandis que le ministre de la Défense, le maréchal soviétique Rokossovski, est éliminé du Bureau politique du parti et de son poste. Malgré ce véritable coup d’Etat, les Soviétiques acceptent ce changement, car les nouveaux dirigeants polonais déclarent rester fidèles au pacte de Varsovie.
En Hongrie, les événements sont beaucoup plus dramatiques. Sur fond de crise économique grave, l’effervescence politique se développe. Impuissant face a l’agitation, Rakosi est contraint à démissionner en juillet. Les manifestations d’octobre tournent à l’insurrection générale et nationale, après une première intervention militaire soviétique le 24 octobre. Sous la pression populaire, le nouveau gouvernement dirigé par lmre Nagy proclame la neutialité de la Hongrie (1-3 novembre 1956) et le pluripartisme, et dénonce le pacte de Varsovie. L’Union soviétique, qui dans un premier temps avait retiré ses troupes, décide d’étouffer dans l’œuf la révolution hongroise. Elle ne peut accepter ni le démenti politique qu’inflige cette affaire au dogme du caractère irréversible des conquêtes communistes, ni la perte stratégique de bases militaires au centre de l’Europe, ni la perspective d’élections libres en Hongrie. L’armée soviétique rentre à Budapest le 4 novembre et y brise toute résistance. Elle arrête Nagy et installe Janos Kadar au pouvoir. Celui-ci rétablit la toute-puissance du parti communiste hongrois ; la Hongrie réintègre le pacte de Varsovie et la normalisation suit son cours. La répression de la révolte hongroise par l’Union soviétique est approuvée par les communistes. Elle est en revanche dénoncée par les pays occidentaux qui y voient la preuve de la domination implacable du « Grand Frère » en Europe de l’Est. Après une parodie de procès, lmre Nagy est exécuté le 17 juin 1958. Et Janos Kadar devient le maître absolu du pays en décembre 1961.

L’Union soviétique a donc bien marqué les limites de l’autonomie qu’elle accordait à ses satellites. C’est un coup d’arrêt à la recherche de voies nationales vers le socialisme. Lors de la célébration du 40e anniversaire de la révolution d’Octobre (en novembre 1957), les partis communistes affirment l’unité du monde socialiste dans une déclaration que n’approuve pas Tito. Mais des fissures, avivées par les désaccords entre Chinois et Soviétiques, sont apparues dans le bloc de l’Est. Dans le camp occidental, aussi, l’Europe s’organise face aux Etats-Unis.

La relance de la construction européenne:

On assiste en effet à la construction d’un ensemble économique européen qui serait susceptible de contrebalancer la puissance américaine. A la suite de l’échec de la CED, l’occasion paraît favorable  d’explorer les voies d’une « relance européenne ».
La conférence des six ministres de la CECA réunie à Messine, sur invitation du nouveau ministre italien des Affaires étrangères, G. Martino, le 1er juin 1955, décide de cette relance par le développement d’institutions communes, la fusion progressive de leurs économies nationales, la création d’un Marché commun, l’harmonisation de leurs politiques sociales et la création d’une Communauté européenne de l’Énergie atomique.
Les travaux d’experts réunis à Bruxelles sous la présidence du ministre belge des Affaires étrangères, Paul-Henri Spaak, aboutissent aux projets d’Euratom et de Marché commun, où la dose de supranationalité est plus faible que celle existant dans la CECA. À la Haute Autorité sont substitués un Conseil des ministres et une Commission. Celle-ci est d’abord composée de 9 membres puis de 14. Les commissaires, qui sont des experts, sont désignés par les  gouvernements des Etats membres, mais ils ne les représentent pas. Ils sont chargés d’élaborer la politique à suivre. Le Conseil des ministres, qui réunit les représentants des gouvernements, est l’organe de décision. Il examine les propositions de la Commission et statue selon la règle de l’unanimité. Après un délai de six ans, le traité stipule que la règle de la majorité simple devrait prévaloir. Une assemblée et une cour de justice sont prévues.

La naissance du Marché commun. Les traités qui l’instituent sont signés à Rome le 25 mars 1957. Le Marché commun est conçu comme une union douanière. Sa réalisation doit être progressive : trois périodes de quatre ans ; à chaque phase, les pays membres réduiraient leur tarif douanier à l’égard des autres membres. Un tarif extérieur commun serait établi à l’égard des pays tiers. D’autre part, les frontières s’ouvriraient progressivement aux mouvements internes de travailleurs et de capitaux. Les territoires d’outre-mer seraient admis à titre d’essai.
L’Euratom. A l’origine, le but d’Euratom est de fournir à de bonnes conditions l’énergie dont l’Europe a besoin et d’assurer une indépendance accrue à l’Europe des Six en matière atomique. En fait, l’objectif assigné à Euratom ne consiste pas à regrouper la production d’énergie atomique dans l’ensemble des six pays. Une agence d’approvisionnement dispose d’une option d’achat sur les minerais, matières brutes et matières fissiles produits dans les pays membres et du droit exclusif de conclure des contrats portant sur la fourniture de ces matières provenant de l’extérieur. Un contrôle minutieux, assorti d’inspections sur place, serait exercé par la Communauté. Malgré les espoirs mis dans cet organisme, Euratom se révèle être un échec. Les arrière pensées de la France, désirant réserver son indépendance atomique pour pouvoir construire sa bombe, et la volonté américaine de limiter le degré d’autonomie des pays européens dans ce domaine aboutissent à faire échouer les projets les plus ambitieux. Lorsqu’en 1957, les six pays européens, sur l’initiative française, envisagent de construire une usine de séparation isotopique qui leur aurait fourni leur propre uranium enrichi, les Américains abaissent le prix de ce produit à la disposition des pays européens, ce qui les dissuade d’entre-prendre ces coûteux investissements.
Les deux traités instituent donc une zone économique particulière, celle de l’Europe des Six, une Europe continentale.
L’AELE. Le Royaume-Uni, qui a refusé d’entrer dans le Marché commun, tente de réaliser une vaste zone de libre-échange comprenant tous les pays membres de l’OECE, ce qui engloberait donc le Marché commun et lui ôterait toute sa spécificité. Devant le refus français, les Britanniques créent avec d’autres pays européens (le Portugal, la Suisse, l’Autriche, le Danemark, la Norvège et la Suède) l’Association européenne de Libre-Échange (AELE) par le traité de Stockholm (20 novembre 1959).

De fait le Marché commun entre on vigueur le 1er janvier 1959 et prend malgré la concurrence de l’Association européenne de libre échange une réelle importance. La baisse des droits de douane et les élargissements de contingents de marchandises se succèdent régulièrement. Les modalités d’une politique agricole et d’une politique financière communes sont étudiées. Au point que le premier ministre britannique, Harold MacMillan, décide d’ouvrir  au cours de l’été 1961 des négociations en vue d’entrer dans le Marché commun.
Le règlement du conflit sarrois, s’il ne va pas dans le sens de l’intégration européenne, supprime le principal élément de tension entre la France et F Aile magne. Pour résoudre ce problème, le chef du gouvernement sarrois, J. Hoffmann, avait lancé en mars 1952 l’idée d’européaniser la Sarre, L’accord sur les modalités est difficile à trouver entre la France et l’Alle magne alors que la France en fait un préalable à la ratification de la CED cl que l’opinion publique sarroise évolue pour sa part vers le rattachement pur et simple à la République fédérale. Le plan Van Naters (du nom du rapporteur du Conseil de l’Europe) du 17 septembre 1953 propose que la Sarre devienne territoire européen et siège des institutions européennes, avec un gouvernement local, dans le cadre économique et monétaire français. Après l’échec de la CED, la France considère toujours la solution de la question sarroise comme la condition d’un accord plus global. Le 23 octobre 1954, Français et Allemands adoptent le plan Van Naters, en spécifiant que le statut sarrois serait soumis à référendum. La consultation populaire qui a lieu le 23 octobre 1955 tourne à l’avantage des partisans du rattachement à l’Allemagne, qui rejettent le statut européen proposé. Afin de régler les modalités du retour à l’Allemagne, les négociations franco-allemandes aboutissent à l’accord d’octobre 1956. La Sarre doit être rattachée à l’Allemagne sur le plan poli¬tique à compter du 1er janvier 1957 et à partir du 1er janvier 1960, sur le plan économique. En échange, la France obtient des livraisons de charbon sarrois et la canalisation de la Moselle, qui devait désenclaver la sidérurgie lorraine. Ainsi disparaît la principale source de tension entre la France et l’Allemagne.

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