Méditerranée : De la première croisade à l’avènement des Mamelouks (de 1100 à 1250)

> > Méditerranée : De la première croisade à l’avènement des Mamelouks (de 1100 à 1250) ; écrit le: 14 mai 2012 par La rédaction

La fin du XI siècle voit se transformer profondément le paysage politique méditerranéen. Dans la péninsule Ibérique, malgré la résistance des Almorávides, Berbères appelés à la rescousse par les petits royaumes de taifas, la Reconquista progresse : l’heureuse croisade de Barbastro, en 1064, a un grand retentissement dans tout l’al-Andalus, de même que la prise de Tolède par Alphonse VI de Castille (1085) et les exploits du Cid à valence 1094′. En 1147, une nouvelle vague berbère venue du Maghreb, celle des Almohades, arrête pour un temps l’expansion castillane et aragonaise, mais la coalition des rois chrétiens de la péninsule met en déroute les forces almohades à Las Navas de Tolosa (1212). Désormais la route du sud est ouverte aux chrétiens : après la prise de Séville (1248), l al-Andalus est réduit au petit royaume nasride de Grenade qui se maintiendra jusqu’en 1492.

La cité forteresse

De grands mouvements de population accompagnent naturellement les progrès de la Reconquista : les communautés mudéjares, lorsqu’elles ne sont pas expulsées, ne constituent plus que de faibles minorités au sein de la population ibérique. Au nord des Pyrénées, le royaume capétien porte un intérêt nouveau aux rivages méditerranéens. La croisade contre les Albigeois (1209) porte les Français du Nord dans le Languedoc, qui revient à la couronne vingt ans plus tard, après l’intervention de Louis VIII dans le Midi ; pour la première fois le domaine royal atteint la  Méditerranée. Sur ces terres nouvellement annexées, saint Louis fait édifier Aigues- Mortes, pour donner un port au royaume et faciliter ses entreprises de croisade.

En Italie du Nord et du Centre, se forment à la fin du XIe et au début du XIIe siècle les communes, véritables cités-Etats, gouvernées par des consuls du lieu et qui, avec le soutien de la papauté en lutte contre l’Empire, vont résister aux prétentions impériales de Frédéric Ier Barberousse puis de Frédéric IL Dans le Sud, au contraire, l’évolution monarchique l’emporte avec le royaume normand (1130) qui a annexé la Sicile, puis avec Frédéric II qui fait de ses possessions italiennes la base de son pouvoir et d’une grande politique d’expansion méditerranéenne.

Aux puissances occidentales en forte croissance s’oppose la faiblesse des États de la Méditerranée orientale. Avec les Comnènes, l’Empire byzantin s’efforce de résister à la poussée turque, victorieuse par deux fois à un siècle d’intervalle (à Mantzikert en 1071 puis à Myriokephalon en II76) : s’il reste un empire méditerranéen, il a perdu au profit des Normands l’Italie du Sud, et à celui des Seldjoukides la plus grande partie de l’Anatolie. Le coup fatal lui est porté par les troupes de la quatrième croisade : en 1204 Constantinople est prise et pillée, l’Empire partagé entre les vainqueurs. Seuls subsistent quelques lambeaux d’hellénisme autour de Nicée, de Trébizonde et de l’Èpire. La reconquête de Constantinople sur les Latins par Michel VIII Paléologue (1261) ne reconstitue pas un empire à prétention universelle, mais un Etat national hellénique, incapable de résister aux pressions croissantes et opposées des républiques maritimes italiennes et des Turcs.

la Crète acquit une importance clé

Dans le monde arabo-musulman, les tentatives d’unification menées par les Zengîdes (Zengî, puis Nur al-Dîn) pour faire face à l’expansion des croisés échouent. Reprises par Saladin qui se rend maître en 1171 de l’Egypte puis de la Syrie, elles retombent à la disparition du champion du djihâd anti-latin (1193). Ses possessions  sont alors partagées entre ses successeurs, les Ayyubides, qui préfèrent se déchirer entre eux et traiter avec les croisés plutôt que de mener la guerre sainte.

les Croisades

Les Croisades représentent un moment important de l expansion occidentale, le début du renversement des forces en Méditerranée au profit de la chrétienté latine. Dans l’histoire de la mer Intérieure, elles ont apporte un essor sans précédent de la navigation et ont inauguré la colonisation occidentale en terre d’islam. On a longtemps considéré qu’elles marquaient le debut du commerce du Levant : les républiques maritimes italiennes auraient participé aux Croisades pour s’ouvrir de nouveaux marchés. Cette vision simpliste ne resiste pas à l examen des laits. D’une part, Gênes, Pise, Amalfi et Venise avaient établi des liens commerciaux avec l’Egypte, la Syrie et l’Empire byzantin cent cinquante ans au moins avant le départ de la première croisade ; elles avaient même parfois cree de véritables comptoirs, tels ceux de Venise et d’Amalfi à Constantinople.

D’autre part, ces villes n’ont pas manifesté un enthousiasme immédiat pour répondre à l’appel d’Urbain II en 1095 : trois ans et parfois davantage se sont écoules avant que leurs flottes ne parviennent en Orient. Il n’en reste pas moins que leur concours a été indispensable pour réaliser la conquête des places côtières de Syrie-Palestine et pour établir des liaisons régulières entre les Etats francs nouvellement crees et l’Occident, d’où parvenaient argent, armes, chevaux et produits fabriqués indispensables aux Latins d’Orient. Les chefs croisés ont en échange de cette aide navale attribué aux républiques maritimes- italiennes des quartiers dans les villes conquises, des privilèges commerciaux et juridictionnels faisant échapper les marchands italiens à la loi commune des Etats latins d’Orient.

Les armements navals ont répondu à ces besoins : Gênes a été sollicitée pour faire passer en Orient les troupes de Philippe Auguste et de saint Louis, tandis que Venise a mis à la mer plus de deux cents navires pour transporter en 1202 les armées de la quatrième croisade. La conséquence directe de cet effort a été la quasi-disparition de la flotte arabe, dont on ne trouve plus guère de traces après la prise d’Ascalon par les Francs en 1153. La Méditerranée est devenue une mer latine. Les marchands occidentaux se sont substitués aux juifs et aux musulmans pour transporter les précieux produits de l’Orient lointain.

Le début de la colonisation européenne constitue une autre conséquence des Croisades. Dans chaque port de Syrie-Palestine conquis avec leur aide, les républiques maritimes ont obtenu des rois de Jérusalem, des princes d’Antioche ou des comtes de Tripoli des concessions particulièrement avantageuses. Des quartiers entiers passent aux mains des communes italiennes, avec tout ce qui est indispensable à la vie quotidienne de leurs ressortissants : église, entrepôt (ou fondouk), palais, four, bains, moulin, abattoir et quelques terres arables à l’extérieur de la ville pour pourvoir à leur approvisionnement. Acre, Tyr, Beyrouth, Tripoli, Laodicée et Antioche sont ainsi divisés entre les marchands italiens.

A la tête de chaque communauté, un consul, un baile ou un vicomte exercent quatre fonctions principales : ils maintiennent les droits de leur métropole respective sur ses possessions ; ils président les cours de justice, ayant compétence sur leurs ressortissants qu’ils protègent contre les exactions éventuelles des seigneurs locaux ; ils administrent les biens et les revenus de leur commune et interviennent en faveur des marchands, dans la rédaction des contrats, des testaments ou le recueil des biens des morts intestats. C’est dire que chaque commune bénéficiaire dispose dans les grands ports des Etats francs de tous les édifices nécessaires à la vie sociale et économique d’une communauté établie à demeure et qui cherche à échapper à toute dépendance extérieure. Ces concessions foncières sont naturellement complétées par d’autres droits : l’exemption des taxes sur les transactions et des droits de douane, regroupés sous le nom de comerchium, totale pour les uns, partielle seulement pour les autres, des privilèges juridictionnels, enfin, permettant aux ressortissants des communes italiennes de n’être jugés que par leurs représentants. Il y a là tout un ensemble de droits d exterritorialité qui font des quartiers italiens (et provençaux) de véritables colonies au sein des Etats francs de Syrie-Palestine.

Ailleurs, à Constantinople comme en Egypte, il ne s agit que de comptoirs, soumis encore à la juridiction des pouvoirs locaux. Dans la capitale de l’Empire byzantin, les républiques maritimes italiennes ont obtenu au temps des Comnènes (I08I-II85) la concession de quartiers sur les rives de la Corne d’Or : Vénitiens, Pisans et Génois s’y livrent à de féroces concurrences qui débouchent sur des affrontements et sur la montée de la xénophobie au sein de la population grecque. Les Vénitiens sont expulsés de l’Empire en 1171, leurs biens confisqués, tandis que Génois et Pisans sont les victimes d’une émeute anti-latine en 1182. Sous la dynastie des Anges (1185-1203), les uns et les autres, profitant de la faiblesse de l Etat byzantin, obtiennent des dédommagements et des concessions accrues.

La quatrième croisade permet aux Vénitiens de se rendre maîtres de Constantinople et de prendre sous leur tutelle le nouvel empire latin. En Egypte, l’activité des marchands occidentaux ne donne pas nécessairement naissance à une colonie : les Fatimides et les Ayyubides conservent en effet le contrôle des fondouks qu’ils ont accordés aux communes italiennes, à Pise et Venise au XIIe siècle et à Gênes vers 1200. Ils imposent des mesures restrictives en limitant la circulation des marchands étrangers dans le pays, en intervenant dans le commerce des Latins et en concentrant dans l’espace les activités d’échange, pour mieux les surveiller. Les souverains égyptiens gardent autorité et gestion des quartiers concédés.

La communauté génoise

Dotées de ces privilèges plus ou moins étendus, les républiques maritimes italiennes n’ont d’autre but que d’établir leur domination sur la mer. Celle-ci s’exerce  grâce à l’usage simultané de deux types de bateaux qui caractérisent les flottes des grandes villes maritimes de la mer Intérieure : vaisseaux longs équipés essentiellement de rames, mais aussi d’un ou de deux mâts à voiles latines triangulaires, et vaisseaux ronds dont la propulsion est exclusivement à la voile. Ces deux types, dont F. C. Lane fait remonter la tradition jusqu’aux Phéniciens, ont beaucoup évolué au cours du Moyen Age. D’après les contrats passés entre la commune de Gênes et les émissaires de saint Louis, la galère du XIIIe siècle a une quarantaine de mètres de long, cinq mètres et demi de large. Elle est gréée de deux mâts à voile latine, pourvue de magondaux à l’avant, de pavois en abord et renforcée d’un château autour du mât médian. Birème, elle est mue par deux rameurs par rame et non par deux rangs superposés de rameurs comme dans l’Antiquité.

La propulsion à rames donne à ces bâtiments une grande facilité de manœuvre à l’entrée et à la sortie des ports et facilite la progression en calme plat, tandis que la voilure latine leur permet de mieux remonter au vent. Passant aisément de la guerre navale et de la course au transport des marchandises précieuses, ces galères ne transportent guère plus de vingt à trente tonnes de marchandises avec un équipage de cent quarante hommes, d’où un coût très élevé du fret. A la famille des galères peuvent être rattachés quelques autres types de bâtiments dérivés : la galéasse, plus courte, la galiote, petite galère birème, et la saète.

Dans la catégorie des vaisseaux ronds, ou de charge, la variété des types est considérable. Le plus commun est la « nef », navire par excellence, comme le rappelle son nom latin, navis. Les descriptions des nefs vénitiennes, comme la célèbre Roccaforte (38,19 mètres de long, 14,22 de large et 9,35 mètres de haut dans la partie médiane’:, et les mesures précises résultant des commandes passées par saint Louis aux chantiers génois nous mettent en présence de gros vaisseaux ronds de deux ou trois couvertes (ponts), exhaussés à leurs extrémités pour former des gaillards élevés à l’avant et à l’arrière, eux-mêmes surmontés d’une plate-forme occupée par les chambres des hôtes d’élite et par des châteaux crénelés et bretéchés. Ces vaisseaux, porteurs de voiles latines fixées à de longues antennes obliques, dirigés par deux timons latéraux,requéraient un équipage de plus de cent hommes, occupés à la manœuvre incessante des voiles, ce qui rendait onéreux les trais d’exploitation. Les nefs du XIIIe siècle portent dans leurs cales un maximum de cinq cents tonnes, ce qui correspond à une productivité de cinq tonnes métriques par homme d’équipage. Ces lourds vaisseaux ronds sont complétés par des moyens et des petits tonnages dont l’essor est le signe d’une large montée des échanges : lignum taride et bucius par exemple.

La conquête de Constantinople

Comment sont armés et utilisés ces deux types de bâtiments ? Le coût élevé des fournitures, bois, cordages, voiles, ancres et clouterie, impose dès le XIIe siècle de construire à frais partagés. Selon l’importance du navire, le capital est divisé en seize, vingt-quatre ou trente-deux parts : « carats » à Gênes ou à Venise, seizains à Barcelone. Ces parts sont elles-mêmes divisibles, vendables et transmissibles, de sorte que le système limite les risques mais aussi attire vers l’armement maritime des capitaux qui, sans cela, ne viendraient jamais alimenter l’entreprise de la mer. Les contrats de nolisement, rédigés par-devant notaire, précisent les coûts du transport des passagers et des marchandises. Pour les premiers, une baisse relative des nolis se constate si l’on compare les tarifs d’affrètement demandés aux troupes de Philippe , Auguste avec les propositions faites aux envoyés de saint Louis.

Pèlerins et croisés doivent se contenter d’un espace réduit sur l’entrepont, tandis que les marchands profitent de conditions de voyage un peu plus acceptables. Ils bénéficient en effet de la gratuité du transport pour eux-mêmes, leurs serviteurs et une partie de la cargaison vers l’Orient. A Gênes, par exemple, le fret peut être acquitté au poids — ad cantaratam — ou bien le groupe d’affréteurs retient le bateau entier pour une somme donnée, ai scarsum. Selon le premier mode de calcul, les armateurs peuvent exiger la pesée des marchandises au départ et le paiement du nolis en monnaie génoise. Si, en revanche, les marchands s’engagent à revenir d’outre-mer sur le même bateau, et garantissent un chargement de retour proportionnel à la cargaison qu’ils emportent de Gênes, ils bénéficient alors d’une gratuité partielle sur certe dernière, mais devront payer le fret de retour en besants sarracénats d’Acre. Ce système complexe satisfait aux besoins de crédit des marchands, moins élevés en Syrie. puisqu’ils viennent de vendre leurs marchandises, qu’au départ de Gênes où tous les capitaux sont mobilisés pour l’acquisition du fret.

les deux types de navires  La nef et la galère

Sur ces bases s’est instauré au cours du XIIIe siècle un rythme plus ou moins régulier de transports maritimes entre les grandes métropoles portuaires d’Occident et les côtes du Levant. Les départs vers la Terre sainte, vers Constantinople ou vers l’Egypte se placent à deux moments de l’année. Au printemps, ils s’échelonnent du 15 mars au Ier mai, tout en précédant quelquefois la fin de l’hiver. Le second mouvement a lieu entre le 15 août et le 30 septembre, mais il peut exceptionnellement être différé jusqu’au 15 octobre. Quant aux retours, ils se répartissent en deux saisons, l’été et les mois de novembre-décembre. L’arrêt hivernal, souvent limité à quelques semaines, brise le rythme de la navigation. Ce calendrier du mouvement des navires implique- t-il l’organisation de convois sur les itinéraires orientaux, donc l’intervention de la – puissance publique dans la direction du trafic ? À Venise, l’institution des convois de galées d’État, les mude, n’est pas antérieure à l’extrême fin du XIIIe siècle. À Gênes, le regroupement sur quelques semaines des contrats d’investissement vers l’outre-mer, ainsi que l’obligation faite aux patrons de navires de respecter les statuts de la ville laissent supposer que le voyage des nefs s’effectuait en commun, au moins sur une partie du parcours ; non point sous un commandement unique, mais dans le but d’une assistance mutuelle. La recrudescence de la piraterie au XIVe siècle imposera l’obligation du convoi à partir de 1334.

Les contrats notariés italiens mettent en évidence la croissance étonnante des échanges entre II50 et 1250. Les routes maritimes se multiplient et s’entrecroisent ; des liaisons directes s’établissent entre l’Orient et la péninsule Ibérique, bientôt (1277) avec l’Angleterre et les Flandres. Les Italiens visitent régulièrement les ports du Maghreb, amplifient leur présence à Alexandrie, sauf au moment des grandes expéditions de croisade ; les Vénitiens dominent le commerce de la Constantinople latine et se risquent, encore sans grand succès, dans les régions pontiques. Les échanges se sont aussi multipliés : les transports de croisés et de pèlerins, parfois même de musulmans se rendant aux lieux saints de l’islam s’ajoutent au convoiement d’un fret de plus en plus diversifié. Il ne s’agit plus uniquement des échanges entre l’ouest et l’est de la Méditerranée : les flottes italiennes se rendent indispensables entre les pays d’Orient eux-mêmes. Le chargement de la nef marseillaise, le Saint Esprit, tel qu’il peut être établi à partir de cent cinquante contrats passés entre le 14 et le 31 mai 1248, pour la clientèle du patron de navire, illustre à merveille la variété des exportations occidentales vers l’Orient.

On y trouve une large gamme de draps de Champagne, du Languedoc, de Flandre, d’Angleterre, de Bâle et d’Avignon, des fils d’or de Gênes et de Lucques, des futaines, des tissus de Paris et d’Allemagne, à côté de cargaisons de safran, d’étain, de corail, de mercure et de peaux de renard. L’exportation des textiles occidentaux vers l’Orient est dès la fin du XIIe siècle un phénomène de masse. Le bois et le fer, en principe interdits à l’exportation vers les pays musulmans, sont attestés dans des ventes réalisées par les marchands italiens. La péninsule Ibérique exporte, quant à elle, de l’huile d’olive, de la laine, des fruits, des draps et de plus en plus de marchandise humaine, à mesure que progresse la Reconquista : chaque étape des conquêtes chrétiennes jette sur le marché des contingents d’esclaves, pour la vente desquels Barcelone et Gênes surtout servent de plaques tournantes à la traite.

De l’Orient proviennent les épices traditionnelles, les parfums et les colorants, qui voisinent avec le sucre, le lin, le coton, la soie et l’alun (à partir des années 1260, quand Phocée passe aux mains de la famille génoise des Zaccaria), ainsi qu’avec quelques tissus de coton et de soie, des camelots et des brocards. Le fait nouveau est la place prise par les produits agricoles et les matières premières dans les exportations orientales. Les grandes métropoles italiennes, Marseille et Barcelone même, en forte croissance démographique et sans grande ressource frumentaire, ont besoin des céréales de Sicile et d’Orient. particulièrement en cas de mauvaise récolte dans leur arrière-pays. Les métaux non ferreux, dont manque l’Occident, sont aussi activement recherchés par les marchands. Largement déficitaire vers l’an Mil, la balance commerciale des pays occidentaux tend à se redresser, grâce aux exportations de textiles qui vont peu à peu étouffer les productions orientales et conduire au déclin de ces industries anciennes au Proche-Orient.

La Méditerranée du XIIe et du début du XIIIesiècle voit aussi se réaliser de grandes migrations humaines. Les marchands ont été évoqués, bien que leurs déplacements revêtent le plus souvent un caractère saisonnier. Mais il y a aussi ceux qui vont  zones rurales jusque-là majoritairement peuplées de chrétiens orientaux, alors qu’ils évitent d’occuper les régions anciennement islamisées. Des colons italiens viennent se fixer dans les comptoirs créés par leur métropole d’origine : une émigration de caractère national, qui prolonge le mouvement d’inurbamento par lequel les communes italiennes se sont peuplées au détriment de leur environnement rural (contado). Venise par exemple organise de manière systématique le peuplement latin de la Crète, découpée en six sestiers, à l’image des divisions urbaines de la mère patrie. Le document de la Concessio Cretae (1211) répartit les terres entre l’Etat et l’Eglise latine, mais aussi entre des feudataires vénitiens bénéficiant de cent trente-deux « chevaleries » et des émigrés du peuple qui se voient octroyer des « sergenteries ». Au total, peut-être près de trois mille cinq cents Vénitiens viennent peupler la grande île, un chiffre médiocre par rapport à la population grecque assujettie.

Cette colonisation occidentale, si importante au point de vue du peuplement et des échanges économiques, a eu peu de conséquences culturelles. S’il est paradoxal de dire comme Jacques Le Goff, dans une boutade célèbre, que « les Croisades n’ont eu d’autre fruit que l’abricot », force est de remarquer que les phénomènes de transmission de l’héritage arabe et antique se sont surtout produits par l’Italie du Sud et la péninsule Ibérique (Tolède). Ailleurs, il faut parler de coexistence plutôt que d’acculturation. Chrétiens et musulmans vivent dans des mondes séparés, bien que spatialement proches. Chacun est l’infidèle de l’autre.

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