Royaume-Uni

> > Royaume-Uni ; écrit le: 14 avril 2012 par La rédaction

Les principales forces politiques et sociales

Le parti conservateur et le legs du thatchérisme

Margaret Thatcher a été l’illustration d’un « conservatisme musclé », qui ,i plus profondément transformé la Grande-Bretagne que les trois décennies d’alternance tories-Labour qui l’avaient précédé. Elle avait succédé à Edward Heath à la tête du parti conservateur en 1975. À la suite des élections du 3 mai 1979, qui assurèrent la majorité à son parti, elle devint Premier ministre, et… le resta jusqu’en 1990. Elle a incarné un personnage de «dame de fer», d’amazone de la classe moyenne britannique d’où elle est issue. Elle a suspendu pour un temps le jeu de l’alternance des partis au gouvernement.

Elle avait trois tâches primordiales : arrêter le déclin économique ; mettre un frein au mouvement syndical ; faire observer strictement « la loi et l’ordre ». Sur le premier point, elle a obtenu des résultats remarquables (réduction de l’infla­tion et du chômage ; actionnariat généralisé), mais l’industrie est en bonne partie restée en état de faiblesse, la réduction des dépenses publiques n’a guère été réussie, les inégalités se sont accrues, de même que s’est accentuée la division Nord-Sud de la Grande-Bretagne. Sur le deuxième point, on peut noter que les syndicats ont été « domptés ». Quant au troisième, les échecs ont été nombreux, la violence s’est étendue, etc.

Le discours thatchérien a — comme l’écrit François Poirier — représenté la réponse pertinente de la droite aux défis de cette nouvelle période. On peut 1 analyser dans ses quatre composantes majeures : une dimension nationaliste, qui vise à redonner de l’allant à une société rongée par son déclin ; une dimen­sion “populiste”, qui se traduit par une attaque en règle aussi bien contre les “privilèges” d’une partie de l’establishment traditionnel que contre les “immu­nités’ des organisations ouvrières ; une politique monétariste, qui présente toute intervention publique dans l’économie comme une forme larvée de collecti­visme ; un discours obsessionnel sur la liberté et la responsabilité de chacun, qui fait de l’individu et de la propriété privée les principaux garants de la démocratie. A cela, s’ajoute l’idée que toute personne est habitée d’identités contradictoires sur lesquelles le gouvernement va jouer à fond pour briser les vieux réflexes de solidarité ouvrière.

Cette politique s’est fourvoyée dans une première impasse, qui a conduit, en 1989,    au remplacement de la “dame de fer” par John Major. Ne sut les ruines d’un modèle interventionniste né de la Seconde Guerre mondiale, marque pas inégalités accrues et par des dysfonctionnements, engagé par Thaïe lier, pour suivi et amplifié par John Major, copie a l’etranger aux l iais Unis de Reagan, dans la France de Chirac—, le thatchérisme fut largement repris à son compte par Tony Blair, le nouveau chef des travaillistes : c’est le signe qu’il fait désormais partie d’un certain consensus national. Mais cela se produisit avec un certain nombre d’avatars, du moins en ce qui concerne le Labour Party.

 Le creux de la vague pour le Labour, qui a « perdu les années 80 »

Le parti travailliste a payé cher son goût pour l’idéologie et le sectarisme, son élimination des modérés, et il n’est plus un parti de masse : il a « perdu les années 80 ». La situation pour le Labour a été d’autant plus difficile qu’il se radi- calise toujours quand il est dans l’opposition (et ne devient modéré qu’une fois au pouvoir !).

Au seuil des années 90, pour éviter la marginalisation, le parti travailliste a dû attirer ou récupérer de nouvelles couches sociales ; il a dû moderniser son langage, changer ses thèmes de propagande, inventer une politique moderne sans rompre avec ses traditions, ce  Neil Kinnock a commencé à faire entre 1983 et 1987. Les élections européennes du 15 juin 1989 voient en effet une victoire travailliste, d’autant plus significative que le scrutin est majoritaire pour 78 des 81 circonscriptions.

Le Labour ayant la majorité en voix et en sièges dans le pays, Neil Kinnock réclame en vain des élections législatives anticipées. Le prestige de Margaret Thatcher est d’autant plus sévèrement atteint que les Verts font une entrée fracassante à Strasbourg (15% voix au lieu de 0,5 % en 1984). Est-ce le signal d’une renaissance pour le Labour ? Dans la foulée, il tient son congrès en octobre 1989, confirmant l’abandon de la doctrine du désarmement unilatéral, se convertissant à l’Europe, insistant sur pragmatisme et rigueur en présentant son action future pour le cas où il reviend­rait au pouvoir. Et en 1990, le Parti travailliste profite de l’impopularité très grande de la réforme fiscale de Margaret Thatcher. Il a profité aussi de l’échec du « centre » des années 80, « Alliance » entre un Parti social-démocrate (SDP) et le Parti libéral, puis le SLD, Social and Libéral Democrats, c’est-à-dire « Démo- crates-sociaux et libéraux », résultat de la fusion de la majorité du SDP avec le Parti libéral.

 Le succès néotravailliste de Tony Blair

Les élections législatives d’avril 1992 ont été marquées par une forte augmen­tation de la participation électorale dans les fiefs conservateurs du sud du pays et par une démobilisation de l’électorat dans les fiefs travaillistes du Nord. Ces élec­tions sont marquées aussi par… l’erreur monumentale commise par les instituts

de sondage, qui, tous, donnent à tort le Labour de Neil Kinnock vainqueur. En réalité, J. Major l’emporte avec une majorité de 42,8 % des voix et de 21 sièges, contre 35,2 % des voix au Labour et 18,3 % aux « lib-dems ». Le parti travailliste fut rénové par Tony Blair, porté aux commandes le 21 juillet 1994 ; lui donnant une orientation centriste, symbolisée par la modification de la clause 4 des statuts du Labour Party, qui prévoyait, jusqu’en avril 1996, la nationalisation des moyens de production, il le transforma en un « New Labour », dont les effectifs s’accru­rent très vite (40 % de 1994 à 1998). En octobre 1996, le congrès travailliste de Blackpool consacra le recentrage du parti. En acceptant ouvertement l’héritage de M. Thatcher en matière de gestion économique — favoriser la libre entreprise, le libre-échange, la flexibilité du travail — et en axant son discours sur la réforme sociale, Blair conduisit son parti à une victoire sans appel en 1997.

Arrivé au terme de son mandat de cinq ans, J. Major annonce des élections législatives pour le 1er mai 1997. Depuis plusieurs mois, tous les sondages d’opinion prédisent à nouveau la victoire des travaillistes. Cette fois, ils ont raison. Le 1er mai 1997, la gauche britannique remporte en effet aux élections législatives une victoire historique qui lui permet de mettre fin à 18 ans de pouvoir conservateur en Grande-Bretagne, et dans des conditions humiliantes pour les conservateurs. Les travaillistes obtiennent la majorité à la chambre des Communes, avec 419 sièges (276 dans la chambre sortante) contre 165 pour les conservateurs (322 dans la chambre de 1992). Avec 46 élus, les libéraux-démo- crates de Paddy Ashdown obtiennent la meilleure performance jamais réalisée par une formation autre que l’un des deux grands partis. La Parti conservateur disparaît de la scène politique en Ecosse, en Irlande du Nord et au Pays de Galles

En conséquence, Tony Blair devient à 44 ans Premier ministre — le plus jeune que la Grande-Bretagne ait eu depuis 1812 — et la succession de John Major est ouverte au sein du parti tory. Robin Cook est le nouveau secrétaire au Foreign Office et Gordon Brown le chancelier de l’Echiquier. Le nouveau gouvernement connut un véritable « état de grâce » d’une année, mélange de chance (hériter d’une situation économique très favorable) et d’habileté. Comment ?

Mais l’événement le plus important fut en définitive que les travaillistes réus­sirent brillamment une relève loyale du thatchérisme, selon le mot de François Poirier, qui écrivait en 1995 : « Tandis que s’épuise le conservatisme britan­nique, le travaillisme, sous couvert de “modernisation” à l’américaine, accélère sa décomposition idéologique. Presque exclusivement soucieux de rassurer les classes moyennes, le parti de Tony Blair n’a de cesse de prouver qu’il n’est plus le porte-parole des syndicats et des catégories brutalisées par quinze années d’ultralibéralisme. Par “réalisme”, il promet de ne pas remettre en cause les principales contre-réformes engagées par Margaret Thatcher. Ce consensus conso­lide un modèle économique auquel le Royaume-Uni doit d’être devenu l’un des pays les plus inégalitaires d’Europe. [… C’est] à partir de la désignation de Tony Blair, en juillet 1994, pour remplacer John Smith décédé, que le mouvement s’accélère. Le nouveau chef du Parti travailliste veut un saut qualitatif par la prise en compte, complète et sans états d’âme, de tout ce que les conservateurs ont apporté de changements irréversibles. Il s’agit d’abord de projeter une nouvelle image du parti travailliste, visant à séduire les couches moyennes du sud de l’Angleterre qui commencent à se lasser des conservateurs. Il faut aussi élaborer une politique cohérente et responsable et ne pas prendre d’engagements “inte­nables”. Enfin, il faut se débarrasser des vieux principes de la gauche travailliste que sont, d’une part, la définition économique du socialisme comme “propriété collective des moyens de production et d’échange”, qui figure à l’article 4 des statuts depuis 1918, et, d’autre part, la référence de classe de la culture travailliste, incarnée dans le lien avec les syndicats affiliés. L’Etat providence cesse d’être le repêchage charitable des plus démunis pour mettre les ressources de la collectivité à la disposition de chacun. En second lieu, il existe un espace intermédiaire entre l’individu et PEtat-nation : la communauté, au sein de laquelle l’individu se réalise avec le concours des autres. Et le ciment de la communauté, ce sont deux valeurs anciennes que les conser­vateurs ont eux aussi caressées : la famille et la responsabilité. Les droits nouveaux de la personne qu’ont apportés les années 60 et 70 seraient incomplets sans les devoirs qui les équilibrent. »

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