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Être femme en 1789 : Le quotidien des femmes

Vous êtes ici : » » Être femme en 1789 : Le quotidien des femmes ; écrit le: 26 décembre 2012 par La rédaction

Femmes et ordres:

Être femme en 1789 : Le quotidien des femmesLa société de l’Ancien Régime est une société d’ordres, donnée fondamentale qui intervient pour complexifier la relation des sexes : la hiérarchie des ordres (noblesse, clergé, tiers état) fait d’une femme noble ou religieuse, par le simple fait de sa naissance ou de son statut, une privilégiée et la met donc en position de supérieure, par rapport à une femme mais aussi par rapport à un homme du tiers état. Cette hiérarchie peut jouer en défaveur d’une prise de conscience du genre et d’une éventuelle solidarité féminine; elle conduit des femmes à défendre les privilèges de leur ordre plutôt que des revendications visant à améliorer la condition féminine.

Les privilégiées:

Les femmes de la noblesse:

L’éducation des filles de la noblesse revient essentiellement aux religieuses ; le rôle des mères est fondamental dans la transmission des valeurs et dans celle de la foi. Le mariage est la destinée unique des femmes nobles; mariées, elles partagent le mode de vie de leur conjoint ; tout comme les hommes, elles ne peuvent travailler sous peine de déroger, mais le fait d’être femme leur interdit tout accès à des charges (noblesse de robe) et à un quelconque pouvoir politique. En vertu de la loi salique (VIe siècle), les femmes sont exclues de la monarchie; elles n’accèdent au pouvoir suprême qu’en tant que régente, c’est-à-dire comme mère du futur roi, elles en sont en quelque sorte l’expression anticipée et temporaire, mais c’est là un pouvoir certain qui a favorisé la présence de femmes politiques autour des régentes. De plus, les femmes des grands lignages ont participé sous F Ancien Régime aux affaires publiques, plus particulièrement dans le domaine de la diplomatie, lors des conflits internes, telle la Fronde (1648-1653), ou dans le domaine religieux; ainsi Marguerite de Navarre (1492-1549) joua-t-elle un grand rôle dans le développement du protestantisme en France. Mais la Renaissance passée, le pouvoir des filles de France et femmes de la haute aristocratie décline ; il s’enfonce dans une sorte de clandestinité, pouvoir d’influence symbolisé par l’institution des maîtresses royales. Cet effacement des femmes participe de la volonté de la monarchie absolue de réduire le pouvoir des Grands. Les siècles qui précèdent la Révolution ont donc vu un rétrécissement du champ d’action politique des femmes. Toutefois, si les femmes de tout ordre ne sont pas éligibles et se voient interdire toute fonction officielle, les femmes nobles ou les communautés religieuses féminines, propriétaires d’un fief, peuvent désigner des députés de la noblesse ou du clergé aux états généraux, en vertu du droit féodal fondé sur la propriété et non sur la personne, quel que soit son sexe.



L’oisiveté devient le lot des femmes nobles. Mais les écarts de niveau de vie sont considérables, selon qu’elles appartiennent à la grande ou à la petite noblesse, à celle de sang ou de robe, ou qu’elles vivent en province ou à la cour.

Les femmes du clergé :

La prêtrise est fermée aux femmes, mais les ordres religieux accueillent un nombre important d’entre elles; la vocation seule n’explique pas l’engagement de certaines dans le clergé. Le couvent est souvent une planche de salut pour des femmes sans ressources, pour des nobles à la dot insuffisante pour attirer un parti, pour des filles – souvent les cadettes – qui n’ont pas trouvé à se marier. En dehors des fonctions religieuses, contemplatives, les ordres féminins se consacrent à la charité, à l’éducation et aux soins des malades. Leur pouvoir est donc indéniable, elles transmettent les valeurs chrétiennes aux jeunes générations et investissent les futures mères de ce rôle d’éducatrice morale et religieuse.

Les femmes du tiers état :

Le tiers état représente 98 % de la population ; il regroupe donc des hommes et des femmes de conditions économiques très différentes. La bourgeoisie est la grande gagnante du glorieux XVIIIe siècle. Sa réussite la différencie du reste du tiers état, qui fait côtoyer en son sein aussi bien le gros propriétaire terrien et donc son épouse et ses filles, le banquier et les siens, que les paysans, les serviteurs, les manants et les vagabonds, au masculin et au féminin.

L’éducation des filles de la bourgeoisie revient aux institutions religieuses, mais le rôle des mères est, dans ce milieu aussi, fondamental. Celle des filles du peuple est quasi inexistante, les écoles dépendent des paroisses et l’enseignement y fait une part majeure à l’éducation religieuse.

Les femmes de la bourgeoisie :

La bourgeoisie, qui possède le pouvoir économique et veut le pouvoir politique, s’oppose à la société d’ordres, d’autant plus que la réaction aristocratique ferme, notamment, l’accession à la noblesse aux nouveaux riches, exigeant pour l’accès à des charges quatre quartiers de noblesse. Dès lors, la bourgeoisie, et surtout sa partie la plus cultivée, est sensible à la pensée des philosophes; elle se familiarise avec les concepts d’égalité, de liberté, de représentativité et d’universalisme. Les bourgeoises les plus lettrées ont accès à ces réflexions qui peuvent les conduire à s’interroger sur leur condition de femme, interrogation que partagent certaines femmes de la noblesse.

Au quotidien, les femmes de bourgeois sont souvent aux côtés de leur mari, par exemple dans la petite industrie et le commerce : la cellule familiale et la cellule économique se confondent alors souvent ; la famille est conçue et vécue comme une cellule de production et de reproduction, conception partagée par les gens du peuple.

Les femmes du peuple :

Les femmes du peuple subissent, elles, la hiérarchie des sexes sans en avoir pleinement conscience ; les éventuels débats sur la condition féminine ne leur sont pas accessibles. Ces femmes assurent le rôle d’épouse et de mère; ce sont aussi des travailleuses. Le travail des femmes du peuple est considéré comme normal ; à preuve : le mariage avec un conjoint au salaire confortable ne conduit pas la nouvelle épouse à cesser de travailler.

Travailleuses, les femmes du peuple sont majoritairement des paysannes aux côtés de leur mari dans une France rurale. Dans les campagnes, les femmes, chefs d’un foyer fiscal, un feu, participent à l’assemblée paroissiale et à l’élection des délégués à l’assemblée du bailliage.

Dans les villes, les femmes sont insérées dans le tissu urbain qu’elles peuplent et animent de leur présence et de leurs petits métiers (porteuses d’eau, marchandes des quatre saisons, commerçantes, mais aussi prostituées). Bon nombre d’entre elles appartiennent à la domesticité ou exercent des activités spécifiquement féminines, telle la couture. Dans le Paris de 1789, où les femmes l’emportent numériquement sur les hommes (environ 54 % des 600000 à 700000 habitants de la capitale), deux groupes sont particulièrement importants : les blanchisseuses, dont le nombre ne cesse d’augmenter au cours du XIXe siècle, forment un ensemble homogène malgré l’hétérogénéité de leur statut (des petites chefs d’entreprises aux journalières) ; l’activité de ces travailleuses se localise autour des bateaux-lavoirs le long de la Seine, non loin des Invalides, dans le faubourg Saint-Marcel et dans le centre de Paris, le long des quais. Cette concentration géographique crée une force potentielle et favorise l’échange d’idées ; les blanchisseuses ont la réputation d’être ombrageuses, d’avoir la langue déliée et de faire naître et répandre les rumeurs. La Révolution les trouvera sans-culottes.

Second groupe qui retient l’attention, celui des dames de la Halle. Marchandes et ménagères s’affrontent parfois. Tous les marchés sont des lieux éminemment sensibles, véritable pouls du Paris populaire qui voit aussi la réconciliation des femmes contre la hausse du prix des denrées ou leur manque. La relation privilégiée des femmes à la nourriture, puisqu’il leur revient de satisfaire les besoins alimentaires des leurs, explique leur mobilisation, de tout temps, lors des crises frumentaires durant lesquelles elles battent le pavé ou les chemins creux de campagne; révoltes d’abord économiques, elles ne sont pas nécessairement dénuées de toute critique et de revendications politiques.

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