Hommes et femmes en nations : Permanences

> > Hommes et femmes en nations : Permanences ; écrit le: 11 avril 2012 par La rédaction

 Le maintien du fait national

On croyait le module, l’échelle, le modèle, de la nation disparu à la leçon de la  Seconde Guerre mondiale et à l’aune de la construction européenne. En dépit le cela, et fort de la décolonisation, puis de l’éclatement des Etats-continents, le début de la décennie 1990 a vu le « retour des nations ». On se demande p,h lois combien il y a d’Etats dans le monde, mais les critères sont multiples : un article dénombre 168 monnaies propres frappées dans le monde, 239 codes de deux lettres attribuées par l’international Standards Organisation (ISO), 185 territoires faisant partie de l’Union postale universelle et émettant leurs propres timbres… L’ONU, pour sa part, comprenait en 1993 184 Etats membres, au la novembre 1994, la France reconnaissait 190 Etats ; la Suisse, 194 ; la Russie, 172, etc.

Ce que cette large « fourchette » dans la définition du nombre d’Etats met en évidence, ce n’est pas l’absence de définition du concept d’Etat, mais l’impor- i.ince d’un paramètre capital : la reconnaissance par d’autres. La reconnaissance Internationale d’un Etat est liée à l’attitude attentiste ou « dynamique » de chaque Etat susceptible de le reconnaître.

  La continuation de la course aux armements

La sécurité du monde doit d’ailleurs faire avec une multiplication, une prolifération —mot réservé autrefois au nucléaire— des armements, à l’Est et à l’Ouest, au Nord, mais aussi (surtout ?) au Sud. Comme écrit Michael T. Klare7, les réductions de forces américaines et soviétiques en Europe, plus générale­ment les négociations Est-Ouest sur le désarmement, vont libérer d’énormes surplus de matériel que, déjà, Moscou et Washington cherchent à donner ou à vendre au tiers-monde. Les autres producteurs d’armes ne sont pas en reste et, dans le Sud, de nombreux pays entendent s’équiper eux-mêmes.

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Tout récemment encore, les ventes d’armes au tiers-monde étaient essentiel­lement le fait des deux superpuissances et d’une poignée de pays industrialisés. De 1975 à 1982, six pays— États-Unis, URSS, Grande-Bretagne, France, RFA, Italie — livraient 84 % (en valeur) des munitions commandées par le tiers- monde. A eux seuls, les États-Unis et l’URSS fournissaient environ deux tiers des armes achetées par les pays en voie de développement. Au fil des ans, cepen­dant, on vit diminuer la part du marché occupée par les « six grands ». Aujourd’hui, trois groupes sont en concurrence. Le premier et le plus important inclut les deux superpuissances et les principaux pays européens, qui, les mieux à même de fabriquer les engins de haute technologie, continueront de trouver dans le tiers-monde des clients solvables désireux de se procurer les systèmes les plus modernes. Le second groupe rassemble les pays européens de moindre importance qui ont su se placer sur le marché en fabriquant des armes spécifiques (ainsi la Suède, avec ses canons de DCA, ou les Pays-Bas, dans la marine) et les nations du Sud qui, comme le Brésil et la Chine, ont trouvé des débouchés pour du matériel à faible ou moyenne technologie. La plupart de ces pays risquent de se heurter à l’avenir à la concurrence de nouveaux producteurs d’armes.

Le troisième groupe est composé de marchands et d’intermédiaires privés (travaillant parfois dans l’illégalité) qui vendent des surplus ou du matériel d’occasion, quand il ne s’agit pas de marchandises volées. Leur rôle a été modeste jusqu’en 1980, mais a crû énormément à l’occasion de la guerre entre l’Irak et l’Iran, qui a tant profité au marché noir. Le marché devrait encore gagner en complexité alors que de nouveaux producteurs du tiers-monde vont chercher à s’v tailler une place et que les autres producteurs uniront leurs efforts pour mieux l’emporter dans ce secteur fort embouteillé. Plusieurs pays du Sud ont déjà proclame leur intention de devenir de gros exportateurs d’armes, et parmi eux l’Inde, l’Indonésie, le Pakistan, Singapour, Taiwan et la Turquie. De leur côté, de grands consortiums tendent à mettre en commun les ressources propres des diverses firmes d’armements ; cela est particulièrement vrai en Europe occidentale, et ces groupes étendent leurs tentacules jusqu’en Asie et en Amérique latine.

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Au cours des années 90, le commerce des armes sera aussi relancé par la volonté de nombreux pays du tiers-monde de renforcer leur rôle de puissance régionale. Entrent dans cette catégorie l’Egypte, l’Inde, l’Irak et la Turquie, qui tous ont mis en œuvre des politiques de modernisation de leurs forces armées. L’Inde, qui entend jouer un rôle déterminant en Asie du Sud et dans l’océan Indien, est devenue le premier importateur mondial d’armes à la fin des années 80 et continuera d’acheter massivement à l’avenir. L’Egypte et l’Irak développent beaucoup leurs industries d’armement (coopérant au besoin pour certains projets) et achètent des avions et des missiles ultramodernes. La Turquie, longtemps à l’ombre des autres puissances de l’OTAN, a passé commande de 120 avions F-16 aux États-Unis et projette de dépenser environ 10 milliards de dollars nonr ses importations militaires an cours des prochaines années Mié » —ainsi en Amérique centrale, en Afrique subsaharienne, au Liban, en Mghanistan, aux Philippines. Les gouvernements ont importé de grosses quan­ti les d’armes légères, de véhicules tout terrain et d’autres équipements anti-insur- leclionnels. Cette prolifération d’armes en tout genre rend possible iVmergence de « superpuissances du tiers-monde » à même de conduire des C.uerres à un niveau jusqu’à présent réservé aux grandes nations industrielles.

Les relations internationales sont de la sorte en train de se transformer en profondeur. Des pays du tiers-monde autrefois dépendants des grandes puissances impériales vont acquérir leur propre sphère d’influence, dans laquelle ils pourront, .1 l’occasion, intervenir par la force pour réduire au silence des rébellions de •..il râpes locaux. De petits pays chercheront à s’aligner désormais sur les puissances icgionales. De nouvelles alliances et coalitions pourraient surgir entre plusieurs de i es puissances, contribuant à faire naître des blocs d’échelle continentale.  »

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Quelle paix ?

Comment lutter pour la paix ? L’absence, évidente, de tout nouvel ordre mondial réel rend difficile l’invention du devoir de paix, dont parle Monique Chemillier-Gendre au. « Depuis le déclenchement de la crise du Golfe9, les discours sur le nouvel ordre international ont fait florès sans parvenir à cacher ‘émergence de désordres accrus. La réflexion sur les moyens d’organiser la paix est, de ce fait, plus nécessaire que jamais.

On trouve les premières bases d’un ordre juridique international dans la Charte de l’Atlantique du 12 août 1941. Comment, aujourd’hui encore, ne pas souscrire avec enthousiasme à des principes dont, cinquante ans après leur formulation, la réaffirmation semble plus nécessaire que jamais : droit des peuples ; libre accès de tous (grands ou petits) aux matières premières ; garantie de l’amélioration de la condition ouvrière et de la sécurité sociale ; liberté des mers ; établissement de la paix et garantie de la sécurité ; désarmement… ? Ces principes furent ensuite le fondement de ce que l’on nomme le système des Nations unies, incluant les organisations spécialisées. Ils forment l’embryon d’un ordre juridique international. Pendant une longue période, le mécanisme a été utilisé par les grands pour se protéger les uns à l’égard des autres en faisant : usage du veto. Cependant, les événements de l’hiver 1990-1991 sont d’une ; autre nature. Pour la première fois, les grandes puissances ne se sont pas contentées de favoriser, ou d’armer, des conflits trop lointains. Elles sont allées porter f la guerre à un pays du tiers-monde. Le tiers-monde n’avait pas manqué jusque- [ là de dictateurs sanguinaires comparables à Saddam Hussein. Aucun n’avait mobilisé tant de puissance de feu directe contre lui, ou plutôt contre son peuple, qui a subi la force et gardé le dictateur. Les voies et conditions d’accès à un : nouvel ordre international ne peuvent pas s’improviser. Et personne ne croira ; sérieusement que la guerre du Golfe fonde un ordre plus juste. En cessant le combat, les armées ont, au contraire, laissé à voir un désordre accru. »

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