La crise dans le monde communiste

Accueil » Histoire » La crise dans le monde communiste écrit le: 20 décembre 2012 par admin

Les années 1960 se traduisent par un ralentissement du développement économique en URSS, qui ne peut surmonter ses problèmes agricoles et ne parvient pas à rattraper son retard pour la production de biens de consommation. Malgré les promesses de Khrouchtchev, pour qui le niveau de vie de l’Union soviétique devrait rejoindre et dépasser celui de l’Ouest, il y a en URSS non seulement un retard sur ce plan, mais un décalage technologique grandissant. L’intelligentsia soviétique met en cause la bureaucratie, c’est-à- dire, en dernier ressort, l’appareil du Parti. Ces difficultés sont la cause directe de la chute de Nikita Khrouchtchev, qui cumulait les fonctions de Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste et de président du Conseil des ministres, victime d’une révolution de palais le 15 octobre 1964.
Ses successeurs, Leonid Brejnev, secrétaire général du Parti communiste de F Union soviétique et Kossyguine, Premier ministre, sont confrontés au même problème de la modernisation de l’économie et de la société soviétiques. La ligne Brejnev, qui refuse de libéraliser la vie des Soviétiques, l’emporte et a aussitôt des répercussions tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. En février 1966, le procès intenté aux intellectuels Siniavski et Daniel et leur condamnation prouvent la volonté des idéologues du parti, soutenus par l’armée rouge, de mettre au pas l’intelligentsia afin qu’elle soit dans la ligne et serve la cause du parti. C’est le début du « regel culturel » et de l’exil intérieur d’Alexandre Soljénitsyne.

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Le modèle soviétique, terni par les révélations sur le Goulag, est contesté par la Chine populaire et par les démocraties populaires où se font jour à la fois des aspirations nationales et libérales.

Le schisme sino-soviétique:

La naissance de l’antagonisme entre la Chine et l’Union soviétique remonte aux années 1950, alors que des accords de coopération lient étroitement ces  deux pays. Le conflit est à la fois un classique conflit d’intérêt de puissance et de territoire, mais aussi une opposition idéologique, qui éclate au moment du XXe Congrès du parti communiste de l’Union soviétique, en 1956.
Dès 1957, face à un renforcement des liens entre les États-Unis et la Chine nationaliste, l’Union soviétique ne réagit pas. Le gouvernement de Pékin reproche aux Soviétiques de chercher la paix à tout prix et d’abandonner la stratégie révolutionnaire pour s’engager dans le révisionnisme. Après un voyage à Moscou, Mao Tsê-Tung lance en 1958 le « Grand Bond en avant » et les communes populaires et, dans le même temps, il fait bombarder les îlots de Matsu et Quemoy et renforce les liens de la Chine avec les éléments les plus révolutionnaires du Tiers Monde. C’est un double défi chinois à l’Union soviétique et aux États-Unis. Khrouchtchev condamne l’expérience des communes chinoises et il en vient finalement à suspendre son aide économique et technique et à rapatrier les milliers d’experts et stagiaires que l’Union soviétique entretenait sur le territoire chinois. Désormais, à la rivalité des partis, à l’affrontement idéologique, se superpose la lutte implacable de deux États qui éclate au grand jour en 1962. Éprouvée par les erreurs du « grand bond en avant », isolée du bloc socialiste, la Chine resserre ses liens avec l’Albanie (accords de janvier 1962). C’est dire l’isolement chinois.
En avril 1962, Moscou fomente des émeutes à la frontière du Sinkiang et soutient l’Inde dans le conflit qui l’oppose à la Chine à propos du Tibet. Il s’agit d’un conflit frontalier aggravé par la persistance du nationalisme tibétain, personnifié dans le Dalaï Lama qui se réfugie en Inde. En septembre et octobre 1962, la Chine lance une offensive victorieuse contre cette dernière. Les Chinois saisissent l’occasion de la crise de Cuba pour accuser les Soviétiques d’avoir capitulé devant l’impérialisme américain. Le 12 décembre 1962, lors d’une réunion des représentants des partis communistes à Moscou, Khrouchtchev estime que « le danger principal est le dogmatisme des dirigeants chinois » et il ironise sur la passivité du régime de Pékin face aux « empiétements impérialistes » à Hong Kong, Macao et Formose.
À partir de 1963, à la cassure doctrinale entre Moscou et Pékin s’ajoute un litige territorial, auquel l’accession de la Chine au club atomique, le 1er octobre 1964, donne tout son éclat. Les dirigeants chinois ripostent, le 8 mars 1963, en déterrant le problème des «traités inégaux» imposés ai XIXe siècle par la Russie qui aurait conquis sur la Chine d’importants terretoires, auxquels il faut ajouter un contentieux portant sur 600 îles sur les fleuves Amour et Oussouri. Les Soviétiques répliquent que les acquisition; faites au XIXe siècle sont inaliénables et que les frontières de l’URSS son: intangibles.

Cette revendication territoriale n’atténue pas la confrontation idéologique Le 15 juin 1963, Mao Tsê-Tung adresse à Khrouchtchev une lettre par laquelle, en vingt-cinq points, il récuse la préminence du parti communiste de l’Union soviétique. Aux yeux des Chinois, « les tsars du Kremlin » sont des révisionnistes devenus un allié objectif des États-Unis. Une lutte s’engage entre les deux États pour le leadership du communisme mondial, malgré une courte trêve à la suite de la chute de Khrouchtchev.
Lorsqu’éclate en 1966 la révolution culturelle en Chine, les Soviétiques prennent parti contre Mao Tsê-Tung et tentent de dresser contre le pouvoir central les minorités nationales du Sinkiang. Après avoir fait exploser sa première bombe A le 16 octobre 1964, la Chine expérimente la bombe H le 17 juin 1967. L’accession de la Chine au rang de puissance thermonucléaire pourrait avoir incité les Soviétiques à envisager une attaque nucléaire « préventive » sur l’arsenal atomique chinois au Sinkiang. En 1969, l’affrontement semble imminent. Des combats ont lieu sur le fleuve Oussouri ; et la Chine, qui prend au sérieux la menace soviétique, se prépare à une volte-face diplomatique.

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La contestation en Europe orientale:

La contestation idéologique entreprise par Pékin altère, dans les années 1960, le prestige soviétique et a d’importantes répercussions sur les rapports entre l’Union soviétique et les démocraties populaires. Si l’Union soviétique tolère que la Roumanie prenne quelques initiatives, elle n’hésite pas à réprimer la révolution tchécoslovaque.
En Yougoslavie, le problème fondamental, qui est celui de la coexistence de plusieurs communautés nationales, se complique de la perspective de la succession de Tito et de la contestation étudiante importée ¿’Occident.
Tito réussit à apaiser les tensions entre Serbes et Croates et à désamorcer la contestation générale qui se développe en 1963, relayée en Yougoslavie par l’opposition libérale de Milovan Djilas. Mais à la suite de l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie, la Yougoslavie – qui la désapprouve – est plus que jamais isolée.
En Pologne, W. Gomulka au pouvoir depuis quatorze ans réprime vigou-reusement les émeutes de Gdansk (14-15 décembre 1970) ; les troubles qui s’étendent aboutissent au remplacement de Gomulka par Édouard Gierek au poste de Premier secrétaire.
La Roumanie manifeste d’abord une relative autonomie au sein du Conseil d’assistance économique mutuelle (COMECON) ; elle refuse la spécialisation économique que veut lui imposer l’URSS, puis garde une certaine neutralité dans le conflit qui oppose Moscou et Pékin et publie en 1964 une véritable déclaration d’indépendance. À partir du printemps 1966, les dirigeants roumains affectent de considérer que le pacte de Varsovie est bien une alliance comme les autres, que l’indépendance de ses membres n’est pas une fiction. Ils adoptent une politique extérieure originale, développant une attitude de neutralité active dans le conflit du Proche-Orient, établissant des relations diplomatiques avec l’Allemagne fédérale dès le 31 janvier 1967, au moment où la Hongrie, la Bulgarie et la Tchécoslovaquie se rallient à la « doctrine Ulbricht » qui pose la reconnaissance de la RDA et l’inviolabilité de ses frontières comme condition préalable à l’établissement de rapports normaux avec le gouvernement de Bonn. Lors de l’intervention du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, le 21 août 1968, Bucarest ne participe pas à l’opération et blâme même l’URSS de l’avoir réalisée. En août 1969, la Roumanie est le premier pays socialiste – en dehors de l’URSS – à accueillir un président américain en la personne de Richard Nixon.

La Tchécoslovaquie et le « printemps de Prague ». A la différence de la Roumanie qui conserve un régime intérieur très rigoureux, la Tchécoslovaquie connaît depuis 1963 une certaine libéralisation. Lors du Congrès du parti communiste tchécoslovaque, en 1962, la déstalinisation se développe malgré le maintien au pouvoir du stalinien Novotny. L’aspiration à la réforme économique s’ajoute à l’aspiration à plus d’autonomie de la Slovaquie par rapport à la Bohême et à la volonté clairement exprimée à la suite de la guerre israélo- arabe de juin 1967 d’une politique plus ouverte. Une aile « libérale » menée par le secrétaire du parti slovaque, Alexandre Dubcek, conteste ouvertement Novotny, abandonné par les Soviétiques. Le 4 janvier 1968, il démissionne de son poste de secrétaire général du parti communiste. Le communiste modéré Dubcek lui succède, tandis que le général Ludvik Svoboda est élu en mars chef de l’État. De plus en plus populaire parmi les intellectuels et parmi les ouvriers, Dubcek croit pouvoir concilier le système socialiste et le respect des libertés. Le programme d’action du parti communiste tchèque, adopté en avril 1968, admet la création d’autres partis politiques et la libéralisation de l’information. C’est « le printemps de Prague ».
Une nouvelle loi constitutionnelle est préparée ; un nouveau gouvernement se met en place, dirigé par Cernik, partisan de la libéralisation et l’économiste Ota Sik. L’Assemblée nationale élit comme président le plus « libéral » des communistes tchécoslovaques, Smrkovsky. La préparation du Congrès du parti communiste tchécoslovaque est l’occasion d’une confrontation passionnée entre novotnistes et partisans des réformes.
Les Soviétiques considèrent le « printemps de Prague » avec méfiance. Les milieux dirigeants des démocraties populaires craignent la contagion qui est déjà sensible en Pologne et ils poussent les dirigeants soviétiques à intervenir. En juillet 1968, Dubcek refuse une concertation proposée par les dirigeants du pacte de Varsovie. Bien que le projet de révision des statuts du parti tchécoslovaque, adopté à l’unanimité le 9 août 1968 par le Présidium, rétablisse un certain nombre de libertés (vote secret et droit d’expression), les réformes ne vont pas aussi loin qu’en Hongrie : le parti communiste doit garder une situa¬tion prééminente, même si l’on parle d’un retour à un système multiparti. et loin de prétendre à un statut de neutralité formelle, on ne cesse de réaffirmer l’appartenance au pacte de Varsovie. Ce gouvernement communiste tchécos-lovaque bénéficie d’un large soutien populaire. Le 21 août, les troupes du pacte de Varsovie appartenant à cinq pays (URSS, Allemagne de l’Est, Pologne, Hongrie et Bulgarie) pénètrent sur le sol tchécoslovaque et se précipitent vers les objectifs les plus importants de Prague.
L’ambassadeur soviétique à Prague, Tchervonenko, et les Tchèques prosoviétiques font arrêter les dirigeants du « printemps de Prague ». Mais la résistance s’organise autour du président de la République, Svoboda. avec une grève de protestation décidée par le Congrès du parti réuni clandestinement.
Les dirigeants tchèques libérés et réintégrés dans leurs fonctions sont convoqués au Kremlin et signent le 26 août les accords de Moscou, qui marquent une limitation sérieuse à la libéralisation et aux réformes entreprises. Dès le 16 octobre, les Soviétiques imposent un nouveau traité impliquant le stationnement « temporaire » de leurs troupes sur le territoire tchécoslovaque. L’agitation antisoviétique n’en continue pas moins. En mars et avril 1969, à la suite d’un véritable ultimatum du maréchal Gret- chko, ministre soviétique de la Défense, des incidents aboutissent à l’éviction de Dubcek de son poste de secrétaire général du parti et à son remplacement par Gustav Husak ; la normalisation suit son cours. Une vaste épuration du parti est organisée. La censure est rétablie.
L’URSS préserve ainsi de la contagion les autres satellites et fait triompher une interprétation nouvelle du pacte de Varsovie connue sous le nom de « doctrine Brejnev ». La souveraineté nationale de l’État socialiste est limitée. Elle doit s’effacer au profit de l’intérêt général de la Communauté des États socialistes. Mais l’intervention en Tchécoslovaquie a soulevé une réprobation générale en Occident, y compris de la part des partis communistes italien, français et espagnol. Au sein du pacte de Varsovie, la Roumanie s’est prononcée contre cette action, tandis que l’Albanie s’en est même retirée en septembre 1968.
Lorsque la conférence des soixante-quinze partis communistes se réunit à Moscou du 5 au 17 juin 1969, c’est à la fois la reconnaissance pour l’Union soviétique de son rôle de direction du mouvement communiste international, mais aussi la fin du monolithisme, car la conférence proclame le principe des voies différentes vers le socialisme.

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