Les activités marchandes dans la période classique

Accueil » Histoire » Les activités marchandes dans la période classique écrit le: 12 mai 2012 par admin

Au début du VIe siècle, un nouveau type de navire fit son apparition. Il remplaça le strongylon, embarcation lente aux extrémités relevées dont les marins méditerranéens s’étaient servis depuis la préhistoire. Le nouveau navire était un bâtiment de guerre mû par cinquante rameurs et connu, pour cette raison, sous le nom de pentekontura. Les Phocéens furent, selon Hérodote, les premiers à l’adopter. Cette innovation eut des conséquences capitales. Tout d’abord, ces bateaux avaient tout pour séduire les pirates. Les textes montrent que la pratique de la piraterie, endémique en Méditerranée, s’intensifia encore davantage. Ensuite, la place disponible à bord de ces embarcations, plus réduite, entraîna des changements dans la nature des activités commerciales : il devint plus avantageux de transporter des marchandises de valeur, souvent peu encombrantes. C’est dans ce contexte que les Phocéens fondèrent Marseille, en 600 av. J.-C., et Emporion-Ampurias, en 520, dans des régions jusqu’alors dominées par les flottes étrusque et phénicienne.
Mais cette étape ne dura pas. Au milieu du VIesiècle, la pression exercée par les Lydiens sur les côtes anatoliennes entraîna un déclin de la navigation ionienne le long des routes habituellement contrôlées par les Grecs. L’exil des habitants de Phocée, en 542, marque les bouleversements intervenus dans le commerce et la navigation. Chassés de leur cité, les Phocéens tentèrent de s’installer chez les Grecs d’Occident, avec lesquels ils entretenaient des relations étroites — en particulier avec leurs cousins de Marseille. Mal reçus, ils tentèrent alors de s’établir en Corse, à Alalia (la moderne Aléria), menaçant les Étrusques, attachés à la région d’Elbe et pour qui le commerce le long des côtes, qui s’étendent de l’embouchure de l’Arno au delta du Rhône, représentait également un enjeu. Les flottes rivales s’affrontèrent au large de la Sardaigne. Les Etrusques avaient reçu le renfort de leurs alliés habituels, les Carthaginois. Peu auparavant, ceux-ci avaient commence a occuper les colonies phéniciennes de Sardaigne et de Corse, et ils tenaient à préserver le statu quo en Méditerranée occidentale. Les Étrusques subirent des pertes importantes mais ils contraignirent les Phocéens à abandonner Corsica pour toujours et à se réfugier en Campanie. Là, avec l’appui des Poséidoniens, qui bénéficiaient eux-mêmes de la protection de Sybaris, alliée traditionnelle des Ioniens, ils fondèrent la colonie d’Elea. ,
La menace que représentaient pour les cités ioniennes les avancées perses dans la région poussa les Grecs orientaux à se révolter contre leurs nouveaux maîtres. La bataille de Ladis, en 494 av. J.-C., et la défaite des Grecs mirent un terme à leur puissance maritime. Mais, depuis la première moitié du VIe siècle, deux cités étendaient leur pouvoir sur les mers : Égine et Athènes. Toutes deux n’avaient joué qu’un rôle mineur dans le grand mouvement de colonisation des siècles précédents, et n’avaient participé que de loin à la création des marchés et des routes commerciales aux VIIIe et VIIe siècles. Leur montée en puissance, au VIe siècle, fut rapide. Egine, qui avait déjà un sanctuaire à Naucratis, se lança sur les routes jusque-là familières aux Grecs orientaux. Elle imposa bientôt sa monnaie, la plus ancienne du monde grec, sur les marchés qu’elle fréquentait.
Après la prise de Samos par les Perses, en 510, Egine remplaça les Samiens dans le commerce avec Kydonia, sur la côte Crétoise. A la fin du VIe siècle, Hérodote parle de Sostratos, fils de Lasdamantes d’Ègine, comme du « plus grand marchand de son temps ». Les données archéologiques montrent que ce Sostratos joua un rôle important en tant que protecteur des sanctuaires de Naucratis et de Gravisca, et comme exportateur en Etrurie de poterie attique en quantités jamais atteintes auparavant. Athènes, de son côté, développa sa production de céramiques dans les années qui suivirent le règne de Solon, et réussit à imposer ses productions sur tous les marchés méditerranéens à partir du milieu du VIe siècle. Le développement, dans les mêmes années, d’une monnaie attique, dite Wappenmünzen, dont on a trouvé de nombreux exemplaires dans les naukrariai — les quartiers fréquentés par les marins —, révèle également les progrès remarquables de la navigation athénienne en haute mer.
Au début du Vesiècle, la rivalité entre les deux cités devint plus vive et prit la forme d’escarmouches et de batailles rangées. Vers 458, Athènes l’avait définitivement emporté et paraissait amorcer une irrésistible ascension vers le pouvoir. La fin des guerres avec les Perses et la fondation de la ligue de Délos lui conférèrent, ainsi qu’à ses alliés, une suprématie incontestée sur les mers. L’hégémonie d’Athènes livra l’Egée et la Méditerranée orientale aux cités attiques, qui firent commerce de l’or de Thrace, du bois de Macédoine et du blé de la mer Noire, pour ne mentionner que les principaux produits circulant à travers ce vaste réseau dont les bases avaient été jetées au cours des siècles précédents par les cités grecques et leurs colonies.
Mais ce n’est pas sur le marché égéen que se produisit le changement majeur. D’une manière encore plus décisive qu’au cours de la période archaïque, au début du Ve siècle et au terme de la paix avec les Perses, les colonies de Grande-Grèce et de Sicile (en particulier Syracuse) jouèrent un rôle nouveau. Les défaites essuyées par les Carthaginois à Himera (en 480) et au large de Cumes (en 474) démontrèrent à la fois le déclin de l’ancienne puissance maritime étrusque et l’arrivée en mer Tyrrhénienne de la puissante flotte de Syracuse. L’occupation ultérieure de Pithécusses par Syracuse, puis les raids que l’ancienne colonie de Corinthe lança en 453 contre l’île d’Elbe et la Corse montrent comment les vieux équilibres de la période archaïque, devenus de plus en plus fragiles, étaient en train de s’effondrer, alors que d’autres se mettaient en place. L’Extrême-Occident restait la sphère d’influence incontestée de Carthage — et allait le rester jusqu’au conflit avec Rome, au IIIesiècle. Quant aux routes qui sillonnaient la Méditerranée centrale, donnant accès à l’Etrurie et au golfe du Lion — deux marchés importants que les Eubéens, puis les Ioniens, avaient autrefois contrôlés —, elles devinrent l’enjeu de la rivalité qui opposait Athènes et Syracuse.
Les alliances passées entre Athènes et les colonies de Grande-Grèce (et notamment la fondation de Thourioi en 444) en sont la preuve, comme aussi l’expédition mi- diplomatique, mi-militaire de Diotymas à Naples en 433, au nom d’Athènes. Dans le même temps, grâce à une alliance solide avec Corcyre, le commerce adriatique en direction du delta du Pô tomba sous la coupe d’Athènes, qui inonda les riches plaines de la région de Padoue avec ses vases, notamment de style dit « Corinthien B », utilisés pour transporter le vin des anciennes colonies corinthiennes d’Ionie et d’Illyrie. Les cités maritimes étrusques se rallièrent à Athènes et firent front contre Syracuse en apportant leur appui à Athènes au cours de son aventure sicilienne en 415. Le destin de Corinthe était lié à celui de Syracuse, son ancienne colonie, alors que sa monnaie, qui avait remplacé celle d’Egine dans les échanges entre les cités grecques d’Occident, était en concurrence avec celle d’Athènes sur les marchés de la mer Tyrrhénienne.
Les rivalités nées au cours de la compétition pour le contrôle des routes commerciales reliant l’Orient et l’Occident sont susceptibles d’éclairer le contexte de la guerre du Péloponnèse, et surtout celui de la désastreuse expédition lancée par Athènes contre Syracuse, à la fin du Ve siècle. L’analyse de plus en plus précise des céramiques retrouvées dans toute la Méditerranée, et surtout celle des stocks d’amphores, devrait nous permettre de tracer un panorama plus clair des routes commerciales aux Ve et IVe siècles — routes qui semblent avoir été plus stables que celles de la période archaïque. La présence de Carthage au-delà de l’ancienne sphère d’influence des Phéniciens se révèle assez limitée. Les données recueillies sur les amphores du VIe siècle retrouvées dans la cité étrusque de Gravisca révèlent qu’un dixième d’entre elles étaient de type punique — proportion presque négligeable pour le grand centre marchand de la région tyrrhénienne. Une image similaire nous est donnée des routes commerciales étrusques vers la Ligurie et le sud de la France au Ve siècle et pour la plus grande partie du IVesiècle, avec des incursions occasionnelles dans le nord de l’Espagne.
La grande diffusion, au cours des périodes archaïque et classique, des amphores du type Corinthien B, marque l’indépendance de plus en plus grande de Corcyre, entrée en concurrence avec  Corinthe et devenue l’alliée d’Athènes. Â Spina, dans le nord-est de l’Italie, presque toutes les amphores retrouvées viennent de Corcyre. Ainsi son alliance avec Athènes stimula-t-elle de façon spectaculaire l’ancienne colonie de Corinthe. En revanche, le rôle de la Grande-Grèce et de la Sicile reste à préciser. Les amphores dites ioniques- massaliottes, relativement répandues au cours de la période archaïque, et qu’il faut sans doute attribuer aux colonies d’Occident, et les amphores de Grande-Grèce et de Sicile présentent des similitudes remarquables. Ce matériel devrait prochainement permettre aux archéologues d’en savoir plus sur la production des amphores dans les colonies grecques d’Italie, de tirer au clair les liens tissés avec Corinthe et le monde ionien, et de nous éclairer sur les activités des marchands grecs, étrusques et carthaginois dans le bassin occidental de la Méditerranée.
Entre le VIe siècle et la période classique, les circuits commerciaux changèrent assez souvent de maîtres mais presque pas de configuration. Le véritable changement touchant les routes, les modes de production et l’échange de ces marchandises qui sont au cœur de la Méditerranée intervint dans la seconde moitié du IVe siècle. Il fut marqué par la prépondérance croissante des amphores gréco-italiennes qui servaient au transport du vin produit par les vignes romaines et campaniennes, résultat d’une alliance passée entre la noblesse romaine et l’aristocratie des chevaliers campaniens. Mais cet épisode appartient déjà à l’histoire de l’impérialisme romain qui entrait alors, lentement mais inexorablement, dans sa phase de gestation. Au cœur de la péninsule Italique, peu à peu, un géant menaçant émergeait des brumes.

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