Une Allemagne au singulier : Relations extérieures

> > Une Allemagne au singulier : Relations extérieures ; écrit le: 14 avril 2012 par La rédaction

On a vu plus haut que les relations extérieures de l’Allemagne étaient largement conditionnées et pour cause par la réunification, et qu’elles étaient toujours dominées par le vieux balancement entre l’Est et l’Ouest européens.

1990 : la frontière de l’Est

Rappelons d’abord les principales étapes et dates significatives en matière de frontière Oder-Neisse (Odra-Nysa). Le 21 février 1990, Tadeusz Mazowiecki, Premier ministre polonais, demande qu’un traité garantissant l’intangibilité de la frontière germano-polonaise soit conclu entre la Pologne et les deux Allemagnes avant la réunification. Malgré les pressions occidentales, le chancelier Kohi refuse de prendre des engagements sur cette question, affirmant qu’elle relève du Parle­ment et du gouvernement d’une Allemagne réunifiée. Toutefois, quelques jours plus tard, le 6 mars 1990, le chancelier Ivohl (CDU) et son ministre des Affaires étrangères Genscher (libéral) mettent fin à leur désaccord sur la question de la frontière Oder-Neisse avec la Pologne, dont l’inviolabilité est reconnue, le 8, par le Bundestag, à l’unanimité moins cinq abstentions. Le 9, Jaruzelski et Mazowiecki reçoivent à Paris le soutien de la France sur cette question.

Mitterrand souhaite qu’un « acte juridique international » garantisse l’intangibi- lité de cette frontière avant l’unification allemande. Le 14 mars 1990, la confé­rence dite « 2+4 » (RDA, RFA, plus Etats-Unis, France-Grande-Bretagne, URSS) sur les aspects internationaux de l’unification allemande tient une première réunion à Bonn au niveau des experts. Les participants acceptent la demande de la Pologne d’être associée aux travaux qui la concernent.

Le 5 mai 1990, la première réunion ministérielle de la conférence dite « 2+4 » sur les aspects internationaux de l’unification allemande se tient à Bonn. L’URSS s’oppose aux autres participants en refusant que la future Allemagne appartienne à l’OTAN. Le 8, à Moscou, Gorbatchev réclame un « traité de paix » et, le 17, est annoncée la suspension du retrait des troupes soviétiques de RDA, évident moyen de pression. Enfin, le 14 novembre 1990, le traité garan­tissant l’intangibilité de la frontière germano-polonaise sur la ligne Oder-Neisse est paraphé à Varsovie. Le 17 juin 1991, un traité de coopération et de bon voisinage est signé à Bonn par le chancelier Ivohl et Jan Bielecki, Premier ministre polonais.

 Un poids économique pesant à l’Est ?

Allons plus loin, notamment dans le domaine économique. Déjà en position dominante dans la CEE, l’Allemagne est en première ligne pour la conquête des économies de l’Est, selon l’expression de L. Carroué19. En effet, « dans cet espace de 128 millions d’habitants que représente l’Europe centrale et orientale,

la gravité des crises industrielles et sociales conforte la volonté de développer un système fondé sur le marché, rompant ainsi avec des décennies de planification et d’intégration au sein du Conseil d’assistance économique mutuelle (COMECON).

Certes, il est tout naturel de rappeler les liens historiques tissés par l’Alle­magne avec la Mitteleuropa pour expliquer ses efforts de pénétration écono­mique dans les anciennes démocraties populaires. Il ne faudrait pas pour autant oublier que les changements à l’Est s’inscrivent dans une dynamique de mondia­lisation des productions et des marchés dont les principaux acteurs sont les firmes multinationales — et en tout premier lieu, en Europe occidentale, les Konzerne allemands —, de sorte qu’on est fondé à se demander si, après l’effon­drement de l’Union Soviétique et la dissolution du COMECON, l’Allemagne ne va pas tenter de se substituer à l’URSS comme pôle de domination en Europe centrale.

Dans l’Europe alpine (Suisse, Autriche) et en Europe centrale, elle est déjà très présente dans les échanges économiques et industriels. En 1990 et 1991, deux éléments concourent directement au renforcement de son influence en Europe centrale. L’unification allemande tout d’abord, car elle valorise les liens tissés par l’ex-RDA avec ses partenaires obligés du COMECON qui serviront de points d’appui incontestables. En deuxième lieu, la disloca­tion de ce qui constituait l’URSS ouvre une brèche dans laquelle l’Allemagne s’engage en confortant ses positions puisqu’elle devient le pivot industriel et financier le plus stable et le plus important. Une domination va-t-elle en remplacer une autre ?

Dans cette perspective, l’unification allemande, avec l’incorporation de la population jeune de l’ex-RDA, est une première réponse. L’appel aux popula­tions d’Europe centrale de souche allemande, aussi discutables que soient histo­riquement cette démarche et ses justifications, en est une deuxième. Enfin, sans s’attarder sur les flux migratoires, il faut noter que cette exigence allemande pose à terme la question de la restructuration des polarisations frontalières avec la mise en place progressive de la libre circulation des hommes.

L’autorisation accordée aux Polonais d’entrer dans la CEE sans visa débouche sur une forte croissance du travail clandestin, au grand dam des syndicats allemands. Le troisième atout de l’Allemagne en Europe centrale consiste dans la péné- S tration ou la prise de contrôle directe d’une partie des entreprises par les k Konzerne, afin de s’emparer durablement des marchés. En effet, le facteur le plus ÿ considérable des mutations en cours est la privatisation du potentiel économique g et industriel hérité du socialisme étatique. Face à la faiblesse des capitaux locaux  mobilisables, à l’éparpillement et à l’immaturité de l’initiative privée locale, l’intervention des capitaux occidentaux — et tout particulièrement allemands —pose à ces pays la question de la maîtrise de leur avenir.Loin d’être une ruée généralisée vers l’Est, l’intervention allemande est géographiquement et économiquement sélective. Elle donne la priorité aux pays 5 ou aux zones les plus développés, disposant d’un potentiel de haut niveau technologique et de traditions industrielles comme la Tchécoslovaquie, qui dispose d’un PIB double de celui de la Roumanie, ou la Slovénie dans ce qui était la fédération yougoslave.

Elle participe à un fantastique écrémage des tissus économiques, industriels et des populations permettant de s’emparer des composantes les meilleures. En dehors de la volonté de chaque gouvernement de diversifier les partenaires afin de ne pas dépendre totalement des Konzerne, il apparaît claire­ment que les interventions des autres firmes occidentales se moulent en négatif par rapport aux pôles de domination allemands qui commencent à émerger en Europe centrale, comme l’illustre le cas de l’automobile.

L’Allemagne orientale devient un véritable fief pour les Konzerne qui s’emparent des entreprises les meilleures à des prix défiant toute concurrence. Selon les données de la Treuhandanstalt (organisme chargé de la privatisation en Allemagne de l’Est), datant du 31 octobre 1991, les firmes ouest-allemandes captent 95 % des privatisations. Volkswagen et Mercedes-Benz viennent large­ment en tête, suivis par Siemens qui, y disposant désormais de 20 000 salariés, de 14 sociétés et de dizaines de sites industriels, y devient le premier employeur privé. »

 La puissance militaire allemande

Mais la place internationale de l’Allemagne et les conséquences de la réunifi­cation ne peuvent pas être seulement économiques. Elles posent inévitablement la question du statut militaire de l’Allemagne. « L’Allemagne n’est pas seule­ment un géant économique [écrit Laurent Carroué], c’est aussi l’une des prin­cipales puissances militaires. Dès le début de la guerre froide, la RFA a eu tout loisir de reconstruire un complexe militaro-industriel parfaitement intégré au tissu économique. Il fournit à l’armée — la plus nombreuse d’Europe occiden­tale — un équipement et des armes ultra sophistiqués, tout en exportant une grande part de sa production ainsi que le rappellent les scandales à propos de la fourniture à l’Irak d’armes chimiques et autres matériels de pointe.

Ce qui était avant le 3 octobre 1990 la République fédérale d’Allemagne possédait le troisième complexe militaro-industriel d’Europe occidentale, avec environ 250 000 salariés contre 325 000 au Royaume-Uni et 300 000 en France. Trois secteurs industriels dépendent étroitement des commandes mili­taires : la construction navale (25 % des ventes), l’industrie aéronautique et spatiale (50 %) et, dans une moindre mesure, l’électronique professionnelle. Deux facteurs expliquent la puissance d’un tel complexe. La Bundeswehr est la deuxième armée de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord après les États- Unis, avec 495 000 hommes. Même si des réductions importantes sont envisa­gées (entre 70 000 et 100 000 hommes), elle est la première armée convention­nelle d’Europe occidentale.

En second lieu, à côté du “marché intérieur”, le complexe militaro-industriel fait largement appel à l’exportation pour accroître ses débouchés.  De fait, l’Allemagne unifiée intervient tous azimuts : économiquement dominante dans la CEE, elle est largement ouverte sur l’Europe alpine et de l’Est, tisse des liens  étroits avec une URSS en complète mutation et multiplie les alliances avec le Japon et les Etats-Unis, souvent au détriment de la CEE.

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Dotée aujourd’hui d’un potentiel de production d’armements puissant et dynamique, elle possède un appareil militaire à la hauteur de ses ambitions, lui permettant d’intervenir bientôt dans toutes les régions du globe. La révision de la Constitution, envisagée par Hans Dietrich Genscher en septembre 1990, permettra de faire sauter le dernier verrou lui interdisant d’accéder au rang de grande puissance mondiale, effaçant ainsi définitivement les dernières obliga­tions nées de la défaite nazie de 1945 : l’interdiction faite à ses armées d’inter­venir hors du périmètre de l’OTAN. »

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