Une Allemagne au singulier

> > Une Allemagne au singulier ; écrit le: 14 avril 2012 par La rédaction

La réunification

 Une réunification pilotée par l’Ouest

En Allemagne de l’Est, s’est produit une véritable crise déstructurante, provoquée par l’ouverture de la frontière entre la Hongrie et l’Autriche, entrai nant la fuite de milliers d’Allemands de PEst. Ici, en RDA, la révolution eut deux visages, concernant à la fois l’Europe de l’Est  et l’Allemagne, ce que montrèrent les conditions de la réunification allemande du 3 octobre 1990. La réunification largement facilitée par l’osmose croissante provoquée par VOstpo- litik, dans les domaines économique et culturel. L’« ouverture » de la RDA et les perspectives de réunification après 1989 surviennent alors que le « problème allemand » était considéré comme stabilisé sur la scène internationale. Mais les deux volets ne furent pas liés tout de suite.

Les premières turbulences se produisent dès 1987, mais, abandonné par l’URSS, le pouvoir se défait en réalité, dans son îlot emmuré, entouré de pays de plus en plus libéraux. Une (célèbre) modernisation industrielle se profile, de plus, en trompe-l’œil. Économiquement, on a affaire, en réalité, à une société à deux vitesses, qui sécrète ses mécontents. On ne peut certes pas parler de misère, le PIB est élevé, mais la RDA subit une faillite économique, socialement très inégalitaire. Mais longtemps le soutien de l’Eglise protestante avait été, de fait, apporté à l’État et au régime, et l’attitude ambiguë des écrivains doit être souli­gnée.

La condamnation du communisme et du camp communiste se produit ici par la fuite, l’émigration, d’abord avec des formes assez anciennes d’émigration, dont l’émigration légale. On observe une augmentation des fuites de réfugiés en RFA par la Hongrie à partir de l’été 1989 ; cela aggrave d’ailleurs le problème global des réfugiés pour l’Allemagne de l’Ouest. La Hongrie ouvre sa frontière avec l’Autriche le 10 septembre 1989. Les fuites deviennent alors, dès ce mois de septembre, massives et « médiatiques » : au total, plus de 110 000 réfugiés étaient passés, à partir de la RDA, à l’Ouest de janvier à septembre 1989 (ce dernier mois compris).

C’est un véritable exode, condamnant en tant que régime l’Allemagne de l’Est, contrainte, pratiquement, de laisser faire. Ce n’est pas une révolution explicite, mais un refus de la RDA en tant que République démocra­tique allemande. Frappante est d’ailleurs la jeunesse des réfugiés. Le 1er octobre 1989, plus de 7 000 Allemands de l’Est, qui s’étaient réfugiés dans les ambas­sades de RFA à Varsovie, et surtout à Prague, gagnent la RFA à bord de trains est-allemands. Ils sont autorisés à émigrer grâce aux efforts diplomatiques de Hans-Dietrich Genscher, ministre ouest-allemand des Affaires étrangères (FDP, Parti libéral). Mais dès le 2, les jardins de l’ambassade de RFA à Prague sont à nouveau envahis par des milliers de candidats à l’émigration, jeunes pour la plupart. Le 3, les autorités est-allemandes acceptent de laisser partir vers la RFA les quelque 10 000 nouveaux réfugiés de l’ambassade de Prague, mais décident en même temps de rétablir les visas entre la RDA et la Tchécoslovaquie. Jusqu’à la fin du mois, l’exode se poursuit, mais les réfugiés ne sont que quelques centaines par jour à pouvoir gagner la RFA après s’être réfugiés à l’ambassade de RFA à Varsovie ou être passés par la Hongrie.

Dans la nuit du 4 au 5, des milliers de candidats au départ tentent de prendre d’assaut les « trains de la liberté » venant de Prague lors de leur passage par la RDA. Des heurts violents se produi­sent avec la police, notamment à Dresde. Les 6 et 7, Gorbatchev est en Alle­magne de l’Est pour participer aux cérémonies du 40° anniversaire de la RDA. Il réaffirme son attachement au statu quo en Europe, mais encourage les partisans des réformes en Allemagne orientale. Les manifestations qui ont lieu, les 7 et 8, dans les principales villes de RDA sont sévèrement réprimées, en particulier à Berlin-Est.

On aborde à ce moment, en septembre-octobre 1989, avec les départs massifs, une nouvelle phase de l’histoire de l’Allemagne, marquée conjointement par de nombreuses manifestations politiques et des constitutions de groupes d’opposition en RDA. Elles entraînent le 18 octobre la démission d’Erich.

Honecker de ses fonctions (qu’il exerçait depuis mai 1971), de secrétaire général du parti unique, le SED, et de chef de PEtat. Il est remplacé par Egon Krenz — ancien chef de la Sécurité, la Stasi, bras droit d’Erich Honecker et dauphin désigné ! — le 18 pour le parti et le 24 pour PEtat. Les jours suivants, Krenz s’efforce de donner des gages d’ouverture tandis que, dans tout le pays, s’engage un dialogue sans complaisance entre la population et les autorités, qui célèbrent le « tournant » ( Wende) pris par la RDA.

Ce pseudo-changement provoque un scepticisme général. Mais d’autres démissions, en cascade, se produisent, toutefois insuffisantes aux yeux de l’opinion. En conséquence, les manifestations continuent, les plus importantes depuis le soulèvement de Berlin-Est en 1953, avec une exigence nouvelle, celle d’élections libres. Le 23 octobre, des centaines de milliers de personnes défilent dans la plupart des grandes villes : à Leipzig, elles sont 300 000. Dès la réouver­ture de la frontière avec la Tchécoslovaquie (1er novembre 1989), l’exode des Allemands de l’Est reprend. Dès le 3, ils peuvent gagner librement la RFA à partir de la Tchécoslovaquie, et ils sont 10 000 par jour à le faire. Cependant, les manifestations en faveur des changements rapides sont quotidiennes dans les principales villes. Le 8 novembre, le gouvernement — dirigé depuis 1964, avec quelques interruptions, par Willi Stoph— et le bureau politique du SED démissionnent tous les deux. Hans Modrow, un réformateur, chef du parti à Dresde, est chargé de former le gouvernement. Le double événement est capital. Le lendemain, 9 novembre, les autorités de RDA décident l’ouverture du mur qui divise Berlin depuis août 1961 : les Allemands peuvent se déplacer librement de l’Est à l’Ouest. Cette décision provoque une nuit d’allégresse à Berlin. Des milliers de Berlinois de l’Est franchissent le mur. Le même jour, le chancelier Kohi, lors de sa visite en Pologne, interrompue les 10 et 11 pour se rendre à Berlin-Ouest, promet une aide de 3 milliards de deutschemarks (10,2 milliards de francs) en crédits garantis.

Cette date du 9 novembre 1989 est décisive et fondamentale : la RDA existe toujours formellement, mais, de fait, plus la frontière, désormais ouverte. Pour l’heure, il ne s’agit que d’une seule ville, mais ô combien importante et symbo­lique. Les Allemands se déplacent désormais librement de l’Est vers l’Ouest. Tandis que cet événement historique est salué dans tous les pays occidentaux et que la joie des retrouvailles éclate dans les deux Allemagnes, des centaines de milliers d’Allemands de l’Est, en particulier les Berlinois, se rendent à l’Ouest : le week-end des 11 et 12, ils sont 2 millions, et 3 millions celui des 18 et 19. Mais, pour la plupart, ils rentrent ensuite chez eux : l’exode est interrompu. Le grand symbole est la destruction du mur de Berlin, qui permet à des millions d’Allemands de l’Est de visiter Berlin-Ouest, sans y rester : c’est une prodigieuse « accélération de l’histoire », quarante ans exactement après la création des deux Etats allemands ; il n’y a désormais pas d’autre alternative qu’une République fédérale d’Allemagne, étendue à toute l’Allemagne géographique ! Totale est l’incapacité des opposants à cette solution à proposer autre chose !

Le 5 décembre, la liberté quasi totale de circulation par toute la frontière interallemande, cette fois-ci, est proclamée et il est procédé à l’ouverture solen­nelle de la porte de Brandebourg dans la nuit du 21 au 22 décembre 1989. Entre-temps, un nouveau gouvernement est-allemand a été formé, le 17 novembre 1989, il est dirigé par Hans Modrow, comprend onze non- communistes sur 28 ministres. Modrow présente son gouvernement et réaffirme la légitimité de la RDA comme État socialiste. C’est lui qui propose dès le 17 à la République fédérale d’Allemagne (RFA) la négociation d’un nouveau traité (allant au-delà du « traité fondamental » de 1972), après avoir renouvelé son opposition à une réunification des deux Allemagnes.

Le 28 novembre 1989, Kohi présente au Bundestag un plan, en dix points, visant à la réalisation de l’unité allemande dans le cadre de « structures confédératives », ce qui suscite embarras à l’Ouest et réprobation à l’Est. Ainsi, le président Mitterrand, venu à Kiev s’entretenir avec le président Gorbatchev, estime le 6 décembre 1989 prématuré de parler de réunification de l’Allemagne et se rallie au projet sovié­tique de convocation de la CSCE en 1990, tout en étant profond surpris et déçu par le manque de détermination de Gorbatchev à empêcher la réunification. Du traité franco-allemand de 1963 à l’unification allemande (3 octobre 1990), la prédominance économique de la RFA dans le couple franco-allemand avait été équilibrée par la supériorité politique de la France. Mitterrand est surpris par l’écroulement brutal de PEmpire soviétique et il montre son inquiétude à l’égard de l’Allemagne.

Mais cette opposition, relative, est vite rendue caduque par la désagrégation 5 de l’État est-allemand lui-même. En particulier, les manifestations pour l’accélération des réformes se multiplient. La direction du Parti communiste (SED) se saborde tout entière le 3 décembre, sans attendre la réunion de son congrès ! extraordinaire, prévue pour le 15 décembre. En conséquence, la désagrégation ? de PEtat est-allemand accélère le débat sur la réunification, perspective encore g écartée quelques jours plus tôt. On observe une grosse différence avec l’évolu- | tion de beaucoup de pays « de l’Est » : 1989 en Allemagne n’est pas un 8 processus de réforme et de démocratisation, mais les organes du pouvoir s’effondrent comme un château de cartes. Comité central et Bureau politique, milices ^ ouvrières, parlement, etc., s’évanouissent littéralement et deviennent brutale

ment des objets d’histoire, voire de préhistoire. Les 8 et 9, la direction du SED est profondément restructurée. Réuni précipitamment le 9 décembre, le Congrès du SED change le nom du parti en Parti social-démocrate (SPD-PDS), élit à sa tête comme président l’avocat Gregor Gysi, décide les premières élec­tions libres du pays pour le 6 mai 1990, élections qui seront fin janvier avancées au 18 mars 1990. Le contexte est tissé de manifestations contre le SED et le fragile gouvernement Hans Modrow, de la perspective  inévitable, logique, incontournable  de la réunification, qui brouille les cartes : voter démocratie- chrétienne (CDU), n’est-ce pas voter pour la réunification et donc pour la société de consommation ?
Les archives temporairement ouvertes en 1998 montrent que le gouverne­ment de Bonn n’a aucun projet arrêté. Helmut Kohi va devenir ainsi le deuxième chancelier de l’unité dans l’histoire allemande, après le fondateur du Deuxième Reich, Bismarck, mais de manière bien différente. Il va montrer son génie poli­tique en sachant saisir l’occasion, en utilisant les événements, la conjoncture internationale et la volonté des Allemands de l’Est au profit de son objectif, celui qui correspond à l’inéluctable. Helmut Kohi a ouvert, au cours de la campagne électorale de 1998, fort risquée pour lui, ses archives à des historiens, qui ont publié des documents qui permettent de mieux comprendre l’action du chance­lier et, surtout, ses entretiens avec ses interlocuteurs étrangers.
Les 19 et 20 décembre le chancelier Kohi se rend à Dresde pour sa première visite officielle en RDA. Les deux pays s’engagent sur la voie de la « communauté contractu­elle » proposée le 17 novembre par Modrow. Le président Mitterrand, en visite officielle en RDA, se défend le 20 de vouloir « freiner » la réunification de l’Alle­magne. Les documents publiés depuis montrent avec netteté les réserves de Mitterrand quant à l’action de Kohi et, au contraire, la confiance qu’il a longtemps conservée en une RDA du XXIe siècle.
Le 22 Kohi revient en RDA pour inaugurer avec Modrow un passage dans le mur de Berlin, à la porte de Brandebourg.
Le 24, une totale liberté de circulation est instituée entre les deux Allemagnes. Le 30 janvier 1990, Gorbatchev, recevant à Moscou Modrow, Premier ministre de RDA, accepte l’idée de la réunification des deux Etats alle­mands en reconnaissant son caractère inéluctable. Le 1er février 1990, Hans Modrow, prenant en compte l’impatience de la population est-allemande, se rallie à l’idée de réunification de l’Allemagne et présente un plan en quatre étapes. Sa proposition de neutralisation militaire du futur Etat est rejetée à Bonn où le chancelier Helmut Kohi propose, le 6, une réalisation rapide de l’union économique et monétaire. Le 10 février 1990, Gorbatchev, recevant à Moscou Kohi, lui confirme que l’URSS accepte que les deux Etats allemands décident librement de la forme, du calendrier, et des modalités de leur unification. Mais il précise, le 12, dans un message à Modrow, que « le maintien d’une Allemagne unie dans la structure de l’OTAN ne peut être accepté ». Le 21 février 1990, Tadeusz Mazowiecki, Premier ministre polonais, demande qu’un traité garantissant l’intangibilité de la frontière germano-polo- naise soit conclu entre la Pologne et les deux Allemagnes avant la réunification.

Malgré les pressions occidentales, le chancelier Kohi refuse de prendre des enga­gements sur cette question, affirmant qu’elle relève du Parlement et du gouver­nement d’une Allemagne réunifiée. Toutefois, le 6 mars 1990, le chancelier Ivohl (chrétien-démocrate) et son ministre des Affaires étrangères, Hans Dietrich Genscher (libéral), mettent fin à leur désaccord sur la question de la frontière Oder-Neisse avec la Pologne : l’inviolabilité est reconnue, le 8, par le Bundestag, à l’unanimité moins cinq abstentions. Le 9 mars 1990, Wojciech Jaruzelski et Tadeusz Mazowiecki, chef de l’Etat et Premier ministre polonais, reçoivent à Paris le soutien de la France sur la question de la frontière germano-polonaise.

François Mitterrand souhaite qu’un « acte juridique international » garantisse l’intangibilité de cette frontière avant l’unification allemande. Le brutal et habile refus du chancelier Kohi d’accorder toute aide économique à la RDA provoque à l’Est l’émergence d’une idée simple : sans une unification rapide, c’est-à-dire une réunification, ou encore une adhésion à la RFA, nous — Allemands de l’Est — n’avons aucune chance d’instaurer l’écon­omie de marché et d’accéder à la société de consommation ! Une vie politique véritable apparaît, par renaissance du SPD et constitution de nouveaux partis politiques : 24 listes au total s’embarquent dans l’aventure électorale.

Les élec­tions est-allemandes du 18 mars 1990 sont abordées par une CDU orientale dirigée par Lothar de Maizière. Il a mené campagne avec deux petites formations nouvelles, une sœur de la CSU et « Renouveau démocratique », dans le cadre de l’« Alliance pour l’Allemagne ». Cette Alliance frise la majorité absolue, obtenant 193 sièges sur 400. La CDU seule a 41 % des voix et 164 sièges, elle est nettement majoritaire dans le Sud. De Maizière, mais au fond derrière lui Ivohl, a su canaliser à son profit la montée de la revendication unitaire dans une population de plus en plus pressée de rejoindre la société de consommation et la démocratie. Le SPD, dirigé désormais par Ibrahim Bohme, sorti des milieux de la dissidence littéraire, remporte 22 % des voix et 87 sièges. Il est arrivé en tête dans trois districts.

Indépendamment du SPD, le PDS (Parti du Socialisme démocratique), nouvelle étiquette du SED, a mené campagne de façon solitaire, ce qui lui réussit : il obtient 16 % des voix et 65 sièges, soit un score que personne n’aurait osé lui prédire ! Quant aux libéraux, ils n’ont que 5 % des suffrages et 21 sièges, îj La victoire de la droite lors de ces premières élections législatives libres depuis i 1933 est interprétée comme un plébiscite en faveur de l’unification rapide de ” l’Allemagne. Le parti chrétien-démocrate de Lothar de Maizière, très soutenu I par le chancelier ouest-allemand Kohi, remporte .164 des 400 sièges de la I Chambre du Peuple : un gouvernement de Maizière est formé le 12 avril 1990, 1 ministère de « grande coalition », retrouvant une tradition ouest-allemande, 5 avec la participation du SPD de l’Est, très bien représenté, avec sept porte feuilles, dont les Finances et les Affaires étrangères, alors qu’il y a seulement onze

chrétiens-démocrates parmi les ministres et un pasteur pacifiste au ministère de la Défense, Rainer Eppelmann. Ce gouvernement de coalition est investi par le Parlement par 257 voix sur 379 exprimées. Les partis de la majorité se pronon­cent pour un rattachement rapide de la RDA à la RFA et pour une appartenance de l’Allemagne unie à l’OTAN. Entre-temps, le 14 mars 1990, la conférence dite « 2 plus 4 » (RDA, RFA plus États-Unis, France-Grande-Bretagne, URSS) sur les aspects internationaux de l’unification allemande a tenu une première réunion à Bonn au niveau des experts. Les participants acceptent la demande de la Pologne d’être associée aux travaux qui la concernent.

Très vite, les réticences de l’URSS quant aux conditions de la réunification se sont manifestées, comme les incertitudes sur l’avenir et l’inquiétude quant aux risques de chômage, d’où une poussée de xénophobie, tant à l’égard des Polo­nais que des résidents étrangers du tiers-monde. Le chancelier Kohi met fin le 23 avril 1990 à la polémique sur le taux de l’échange des marks Est contre des deutschemarks, polémique qui s’était développée après la divulgation, le 30 mars, d’un avis de la Bundesbank favorable à un taux de « deux pour un », sur la double base d’un taux de change de 2 à 1 (ce qui revient à réévaluer la monnaie orientale) : il accepte la parité « un pour un » pour les salaires, les retraites et une partie de l’épargne. Helmut Kohi et Lothar de Maizière, réunis à Bonn le 24, fixent au 2 juillet la date de l’union monétaire, tandis que les négo­ciations sur ses modalités, ouvertes le 27 entre les deux gouvernements alle­mands, aboutissent dès le 2 mai à un accord complet. Le 5 mai 1990, la première réunion, ministérielle cette fois-ci, de la conférence dite « 2 plus 4 » (RDA, RFA plus Etats-Unis, France-Grande-Bretagne, URSS) sur les aspects internationaux de l’unification allemande se tient à Bonn. L’URSS s’oppose aux autres partici­pants en refusant que la future Allemagne appartienne à l’OTAN. Le 8, à Moscou, Gorbatchev réclame un « traité de paix » et, le 17, est annoncée la suspension du retrait des troupes soviétiques de RDA.

Les élections municipales ont lieu le 6 mai 1990 en Allemagne de l’Est. Et commence une négociation entre les deux Allemagnes : l’aide économique de la RFA à la RDA est strictement limitée à l’utilisation… d’un reliquat de l’aide Marshall, tandis qu’une négociation de l’union monétaire entre les 2 Allemagnes est rondement menée. L’entrée en vigueur de cette union monétaire, sur les bases déjà annoncées à l’ouest, est fixée au 2 juillet 1990. En même temps, est négocié un « Traité d’Etat », signé quant à lui le 18 mai 1990. Ce traité d’Etat instituant, à la date du 1erjuillet, l’union monétaire, économique et sociale entre la RFA et la RDA est paraphé à Bonn.

Il consacre l’union monétaire, n’y ajoute explicitement pas grand-chose, mais, implicitement, il signifie l’unification des deux Allemagnes par la RFA, c’est-à-dire l’absorption de l’Allemagne de l’Est par l’Allemagne de l’Ouest, posant bien sûr, le problème du rapport de forces entre les deux anciennes Allemagnes. Le 21 juin 1990 les parlements de Bonn et de Berlin-Est ratifient le traité d’Etat. Us approuvent aussi, à une encore plus large majorité, une déclaration sur l’intangibilité de la ligne Oder-Neisse comme fron­tière occidentale de la Pologne. Le 22 juin 1990, lors de la deuxième réunion ministérielle de la conférence dite « 2+4 » (RDA, RFA plus États-Unis, France- Grande-Bretagne, URSS) sur les aspects internationaux de l’unification alle­mande les participants se montrent résolus à s’entendre sur le futur statut international de l’Allemagne. Ils décident d’accélérer les négociations afin qu’elles soient achevées en novembre, date fixée pour le sommet de la Confèrence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) à Paris.

Le 1er juillet 1990, à la date prévue, l’union économique, monétaire et sociale entre RFA et RDA entre en vigueur : le deutschmark devient le seul moyen de paiement et les contrôles aux frontières entre les deux pays sont supprimés. Le 16, Kohi, en visite en URSS depuis le 14, conclut un accord « historique » avec Gorbatchev : Moscou lève son opposition à l’appartenance de la future Allemagne unie à l’OTAN ; un traité sera conclu entre l’URSS et l’Allemagne unie, prévoyant le retrait avant trois ou quatre ans des 380 000 soldats soviétiques stationnés en RDA ; les effectifs de la future armée allemande seront réduits en trois ou quatre ans à 370 000 hommes ; l’Allemagne unie renoncera à la fabrication et à la possession d’armes atomiques, bactériologiques et chimiques. Par ailleurs, la signature d’un traité de coopération germano- soviétique est prévue d’ici un an. Le 17, à Paris, lors de la 3° réunion ministérielle de la conférence dite « 2+4 » sur les aspects internationaux de l’unification alle­mande, l’accord sur les aspects extérieurs de l’unification allemande, conclu la veille dans le Caucase par Kohi et Gorbatchev, est entériné.

La Pologne, invitée à cette réunion, obtient des Allemands l’engagement que l’intangibilité de la frontière germano-polonaise le long de la ligne Oder-Neisse sera garantie par un traité peu après la réunification. Le 22, le Parlement est-allemand vote une loi qui rétablit les lânder en RDA, consacrant ainsi le retour du fédéralisme dans toute l’Allemagne. Mais le 24 une crise au sein du gouvernement est-allemand, due à un désaccord sur la question du mode de scrutin pour l’élection du Parle­ment de l’Allemagne unie, provoque le départ des libéraux de la coalition. Le 12 septembre 1990, le traité qui rétablit l’Allemagne unie dans sa pleine souve­raineté est paraphé à Moscou, lors de la quatrième et dernière réunion ministé­rielle de la conférence «2+4». Le 13, Moscou, qui s’engage à retirer les 380 000 soldats soviétiques de RDA avant la fin 1994, obtient de Bonn une « aide au départ » de 12 milliards de deutschemarks ainsi qu’un crédit sans inté­rêts de 3 milliards. Le 20 septembre, les Parlements de Bonn et de Berlin-Est ratifient le traité d’unification conclu le 31 août. Les deux anciennes Allemagnes se sont décidément lancées dans une véritable marche forcée vers l’unification.

Juridiquement, celle-ci est définitivement signifiée le 3 octobre 1990, lors des s cérémonies de réunification, comme une unification allemande, par adhésion à ! la RFA de l’ancienne RDA. Un traité d’amitié et de coopération est signé lors de a la visite de Mikhaïl Gorbatchev à Bonn et, le 10 novembre 1990, dans le Pala- | tinat. Le 14 novembre 1990, le traité garantissant l’intangibilité de la frontière « germano-polonaise sur la ligne Oder-Neisse est paraphé à Varsovie Et les S premières élections « pan-allemandes » sont fixées au 2 décembre 1990. La g coalition de centre-droit dirigée par le chancelier Helmut Kohi remporte alors | une nette victoire aux élections législatives, le premier scrutin libre dans l’Alle- « magne unie depuis 1932.

Un premier bilan peut s’établir pour l’automne 1990. L’unification est déjà, concrètement, à ce moment une forme de « prise en charge » par la RFA, les Allemands de l’Est étant les seuls habitants de l’Europe orientale à être théoriquement assurés de connaître d’ici quelques années un « miracle économique ».

Mais, à court terme, celui-ci va être plutôt chômage et désenchantement. Et l’Allemagne de PEst est le seul cas, en Europe centrale et orientale, où l’Etat a été mis à bas avec le régime ! En outre, comme l’a écrit André Fontaine dans sa préface à L’année dans le monde…, 1990 : « Le seul moyen d’arrêter l’hémor­ragie, désormais, c’était de persuader les Allemands de l’Est qu’ils pourraient trouver chez eux les libertés et les biens de consommation qu’ils allaient chercher à l’Ouest : autrement dit d’intégrer purement et simplement leur République dans la RFA. La très nette victoire des partisans de la réunification aux élections du 18 mars en RDA devait entériner cette évidence. Restait pour Gorbatchev à accepter que l’Allemagne unie demeure dans l’OTAN. La reconnaissance “défi­nitive” de la frontière Oder-Neisse, la réduction à 370 000 hommes des effectifs de la Bundeswehr et surtout l’octroi d’une série de très gros crédits allaient tout de même lui faciliter l’absorption de cette couleuvre. Avant de s’abreuver aux sources de l’abondance, les citoyens de la RDA, devenus ceux de la RFA, doivent certes s’habituer à la rude loi du chômage : les prix montent et avec eux les chif­fres du chômage, la législation sociale est moins protectrice, l’avortement est moins facile. Le leader social-démocrate Oskar Lafontaine se trompe pourtant du tout au tout lorsqu’il croit que les difficultés pratiques nées de la réunification la rendent impopulaire : il sera battu à plate couture lors des élections qui, en décembre, conduisent aux urnes, pour la première fois depuis près de soixante ans, l’ensemble des Allemands. »

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