Penser la rupture : rupture

> > Penser la rupture : rupture ; écrit le: 28 mai 2012 par La rédaction

Pour l’historien, la notion de rupture présente un caractère essentiel. Nombreux sont les débats contradictoires sur les grandes césures. Sont-elles recevables ? Quelles en sont les causes ? Pourquoi la prise de Constantinople par les Turcs met- elle fin au Moyen-Age ? Quand commence l’âge industriel ? La fin de la guerre froide, de ce point de vue, constitue un morceau de choix. Quels ont été les facteurs déterminants ? Quand la rupture s’annonce-t-elle et à quel moment achève-t-elle ses effets pour céder la place à un nouvel état du monde qui reste encore à qualifier ? Les facteurs sous-jacents et structuraux de continuité sur le siècle ne l’emportent-ils pas sur ces accidents de surface ?

Une fin de guerre consacre un nouvel ordre. Il suggère une modification, voire une rupture, au regard de l’ordre antérieur. Si la guerre est limitée l’ordre n’est pas remis en cause. C’est une correction de l’état des choses antérieur par usage de la force armée. Tout dépend de la dimension du but politique. Habitué que fut notre XXe siècle à des guerres d’une radicalité grandissante s’exacerbant jusqu’à la totalité, il apparaît que la sortie de guerre doit engendrer un ordre nouveau du monde. Idée valable hier, dépassée aujourd’hui, justement du fait de la rupture.
Qu’il soit permis de partir d’une expérience personnelle d’enseignant.

Durant une dizaine d’années, j’ai enseigné les problèmes stratégiques durant la guerre froide. Arrive novembre 1989. Il faut dire que quelque chose d’important, qu’un tournant, se produit. Bon an, mal an, on maintient l’essentiel de son discours. L’année suivante confirme le bouleversement et soudain on se rend compte que l’on peut dire les mêmes choses mais plus de la même façon. La ligne de perspective a basculé.
Dans ses modestes limites, cet exemple me paraît révélateur de la façon dont nous nous étions installés dans la guerre froide. Certes, il y avait bien quelques voix persistantes, mais combien discordantes, pour en dénoncer le caractère inacceptable. Songeons aux quolibets et aux critiques acerbes qui accueillirent la posture agressive adoptée par Ronald Reagan durant son premier mandat (et qui lui valut une confortable réélection). Ce fut l’occasion pour beaucoup, à l’Est, à l’Ouest et en France, de prétendre que la nouvelle administration était responsable du déclenchement d’une seconde guerre froide. Cette attitude impliquait rétroactivement que la première était terminée. Mais depuis quand exactement ? Nul n’en avait proclamé la fin. Même si d’autres auteurs, moins partisans, relèvent la responsabilité soviétique (déploiement des SS-20, ingérence en Pologne, invasion de l’Afghanistan), ils valident implicitement cette conception du déclenchement d’une seconde guerre froide .

Il y a là matière à de nombreuses recherches et à de grands débats de spécialistes. Par delà la symbolique, se posent d’autres questions : sur la signification de la guerre froide, sur sa cohérence comme période, sur ses scansions…etc. Il est certain que sa fin a fondé rétroactivement son unité. Est-ce vraiment suffisant d’un point de vue scientifique ? C’est bien là tout le problème.

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