Dans l’antre du cyclope

> > Dans l’antre du cyclope ; écrit le: 19 mars 2012 par La rédaction

Terre !” hurle un marin, et des cris de joie lui font écho sur le pont du navire avant de gagner tous les vaisseaux d’Ulysse. Voilà longtemps qu’après avoir quitté Troie, Ulysse et ses hommes rêvent de revoir Ithaque, leur patrie. Une mer souvent houleuse et quelques mésaventures sur des rivages inhospitaliers les ont éloignés de leur but. Depuis des semaines, ils errent sur les flots, à la recherche d’un havre de paix. Enfin, sous leurs yeux, s’étend un ensemble d’îles abondamment boisées et apparemment fertiles. Tirant leurs navires sur une plage, les marins s’y installent et s’y reposent. Ulysse, cependant, remarque non loin de là une île qui paraît plus grande que les autres. Il décide de s’y rendre en compagnie de douze hommes, fait armer un bateau et le charge de provisions et de vin.

Après une courte traversée, les Grecs découvrent une contrée riante et opulente où paissent de gras troupeaux. Explorant les lieux, ils finissent par arriver devant une caverne dont l’entrée est ornée de rameaux de laurier. Ulysse et ses compagnons pénètrent dans la grotte, s’installent et se mettent à festoyer grâce aux chevreaux et aux fromages qu’ils trouvent autour d’eux. Le soir tombant, le propriétaire de l’antre, un cyclope, géant possédant un œil unique au milieu du front, revient, poussant devant lui son troupeau de moutons qu’il fait entrer dans la caverne. Il obstrue ensuite l’issue de celle-ci au moyen d’un gigantesque bloc de rocher. Sans voir ses visiteurs, il commence à traire ses brebis. Soudain, il aperçoit Ulysse et ses hommes. “ Je me nomme Polyphème ! Que faites-vous chez moi ?” crie-t-il.

Ulysse répond : “Cyclope, nous sommes des Grecs de retour de Troie. Nous te demandons de nous accorder l’hospitalité. Rappelle-toi que c’est un devoir imposé par les dieux.” Le géant ne dit pas un mot. Il avance vers les Achéens d’un pas lourd, saisit deux matelots, leur fracasse le crâne et les dévore. Après cela, il se couche et s’endort. Furieux, Ulysse s’apprête à tuer le monstre, mais se ravise : seul Polyphème a la force nécessaire pour faire bouger le roc qui ferme la grotte. Il faut donc attendre sous peine d’être à jamais prisonnier de la caverne !

Au petit matin, le cyclope déjeune de deux autres marins, puis s’éloigne avec ses bêtes après avoir rebouché l’entrée de la caverne. Il importe d’agir : Ulysse, trouvant une grosse branche d’olivier qui traîne par terre, la taille en pointe. Il la fait ensuite durcir au feu, puis la dissimule.

La journée s’écoule, lourde d’angoisse. Avant la tombée de la nuit, le cyclope revient. Il fait rentrer son bétail, le trait, puis tue à nouveau deux Grecs dont il se repaît. A peine a-t-il achevé son effroyable repas qu’Ulysse s’approche de lui et lui tend une outre pleine d’un vin exquis, apportée du navire. Le cyclope saisit l’outre et la vide d’un trait : “C’est bon ! dit-il. Une autre” ! Il boit de nouveau, et demande : “Comment t’appelles-tu, toi qui m’as fait découvrir cette boisson divine ?” Subtilement, Ulysse lui répond : “Mon nom est Personne.” Le cyclope, égayé par le vin, déclare alors : “Eh bien, Personne, je te promets que je te mangerai le dernier car tu es un ami.”

A force de boire, Polyphème finit par sombrer dans l’ivresse la plus totale. Hébété, il s’endort sur place. Pendant ce temps, Ulysse et ses compagnons tirent le pieu d’olivier de sa cachette, et le chauffent aux braises du foyer. Ensuite, ils le plongent dans l’œil unique du monstrueux géant. Sous l’effet de la douleur, Polyphème pousse une horrible hurlement. Tous les cyclopes des environs accourent et le questionnent : “Qu’y a-t-il ?” Polyphème crie : “On m’a crevé l’œil ! Je souffre horriblement !
– Qui t’a fait cela ? demandent les autres.
– C’est Personne ! Personne est le coupable !” Les cyclopes se regardent, chuchotent, puis s’éloignent en se disant que leur ami est devenu fou. Au comble du désespoir, Polyphè¬me referme sa caverne et réfléchit au moyen de se venger. A l’aube, vient le moment de faire sortir son troupeau. Il déplace, à tâtons, le colossal rocher, puis, tendant les mains, laisse les moutons sortir un à un en leur caressant le dos au passage. Ainsi, aucun des Grecs prisonniers ne pourra sortir sans se faire remarquer. Ulysse, cependant, a recours à un nouveau stratagème. Il lie, au moyen de branches d’osier, ses compagnons sous le ventre de moutons. Lui-même s’agrippe au ventre d’un bélier. De cette façon, les animaux, et les Grecs qui se dissimulent en dessous, sortent de l’antre du géant.

Sitôt dehors, ils sautent sur leurs pieds, et, poussant le troupeau devant eux, regagnent leur navire. Ils y chargent les bêtes et se préparent à partir. Tandis que les marins rament, Ulysse crie à l’adresse du cyclope : “Toi dont l’œil est crevé, rappelle-toi que je ne suis pas Personne, mais Ulysse, roi d’Ithaque!” Ulysse, disant cela, ignore que Polyphème est fils de Poséidon, le dieu de la mer. Le cyclope supplie son père : “Poséidon ! Fais qu’Ulysse ne regagne sa patrie qu’au prix d’un très long voyage ! Fais qu’il perde tous ses compagnons et arrive seul à Ithaque, délaissé de tous et en piteux état ! Ainsi, mon père, tu me rendras justice.” Puis, dans un accès de rage, il saisit un roc et le lance. L’énorme pierre tombe juste derrière le vaisseau d’Ulysse. Une ample vague se forme qui emmène l’embarcation au large et permet au héros de rejoindre sa flotte. Ulysse se réjouit du tour qu’il a joué au cyclope. Il ne sait pas encore qu’il vient de se faire un terrible ennemi : Poséidon.

Vidéo : Dans l’antre du cyclope

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